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Yes they can, renchérit Ban Ki-moon

octobre 27, 2009

Je me permets juste de mentionner la tribune de Ban Ki-moon publiée dans le NY Times il y a deux jours, faisant écho à celle publiée par Kerry et Graham il y a une dizaine de jour.  Plus que jamais, le secrétaire des Nations Unies urge les parlementaires états-uniens de faire passer le texte avant Copenhague (tout en félicitant l’accord bipartisan trouvé) et entrevoit la possibilité d’une absence de “deal” sans cela. La tribune est volontairement optimiste mais n’arrive tout de même pas à cacher l’inquiétude généralisée qui se profile…

U.S. leadership is crucial. That is why I am encouraged by the spirit of compromise shown in the bipartisan initiative announced last week by John Kerry and Lindsey Graham. Here was a pair of U.S. senators — one Republican, the other Democratic — coming together to bridge their parties’ differences to address climate change in a spirit of genuine give-and-take.

We cannot afford another period where the United States stands on the sidelines. An engaged United States can lead the world to seal a deal to combat climate change in Copenhagen. An indecisive or insufficiently engaged United States will cause unnecessary — and ultimately unaffordable — delay in concrete strategies and policies to beat this looming challenge.

[...]

Can we seal a comprehensive, equitable and ambitious deal in Copenhagen that will reduce greenhouse gas emissions and limit global temperature rise to a scientifically safe level? Can we catalyze clean energy growth? Can we help to protect the most vulnerable nations from the effects of climate change? Can we expect the United States to play a leading role?

The best answer to all these questions was given last week by Senators Kerry and Graham: “Yes, we can.”

C’est toujours intéressant de voir à quel point la vie politique nationale définit et conditionne les agissements d’un pays au niveau international. Sans le passage d’une loi avant Copenhague, les représentants des USA ne pourront pas négocier de baisse des émissions au niveau global et signer un éventuel traité. Même avec cela, les USA pressionent toujours pour une limite d’émission propre à chaque  Etat, au lieu d’une limite globale (comme c’était le cas avec Kyoto). En poussant un peu, on pourrait tout de même dire que la réussite de Copenhague dépend de 100 Sénateurs Etats-Uniens… Comme dirait Ban, “en tant que peuple, en tant que nations, en tant qu’espèces, nous coulons ou nageons ensemble“.

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Suite des péripéties de la loi sur le changement climatique aux Etats-Unis

octobre 22, 2009

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Dans un billet fleuve datant de juin dernier, je résumais les principales mesures proposées par le projet de loi Waxman-Markey sur le changement climatique aux Etats-Unis. La loi était passée à l’arrachée à la chambre basse, les moins optimistes prévoyant de toute façon un enterrement au Sénat. Car pour que le texte passe au Sénat, il faut 60% des voix (soit … 60 voix), plus que la majorité simple requise en chambre basse (pour un détail sur les modalités de vote d’une loi aux USA, voir le très bon topo du Sénat français). Les sénateurs démocrates sont 56. Mais comme on a pu le voir, cela ne veut pas dire grand-chose, nombre d’élus démocrates étant plutôt sceptiques sur la loi et les retombées qu’elle aurait sur leurs électeurs. Il faut donc une fois encore trouver un accord bipartisan.

Toujours est-il que fin septembre, les Sénateurs John Kerry et Barbara Boxer ont proposé leur projet de loi sur le changement climatique. Le plus surprenant ? Celui-ci y va encore plus fort que le projet de loi Waxman-Markey !

A 2 mois du sommet de Copenhague, il semble que la loi n’aura pas le temps de passer (il faut encore qu’elle fasse la navette et elle n’a de toute façon même pas été approuvée par le Sénat, étape ô combien fondamentale), ce qui selon toute vraisemblance signe la mort d’un traité à Copenhague. Ce qui n’empêche pas le prix Nobel de la paix Barack Obama de faire un discours devant les Nations Unis sur le péril du changement climatique (l’hôpital qui se fout de la charité ? En tout cas, à entendre le discours, on a l’impression qu’il s’adresse plus aux états-uniens qu’à l’ONU)

Pourquoi en parler si concrètement si rien ne s’est passé alors ? Tout d’abord pour commenter les éléments nouveaux (sachant que le texte est entrain de passer en commission et qu’il risque de subir une fois de plus les foudres des lobbyistes). Surtout, pour dire que le Sénat n’a, paradoxalement, jamais été aussi près d’un vote.

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Quoi de nouveau ? Le projet de loi Kerry-Boxer et son titre éloquent. Il est plus avancé au niveau environnemental, économique et politique :

  • Environnemental : L’« avancée » la plus emblématique ? Le texte propose une réduction de 20 % des émissions d’ici 2020 par rapport à celle de 2005. C’est 3 % de plus que le projet de loi waxman-markey, ce qui est plutôt courageux étant donné déjà les gros doutes lors du vote par la chambre des représentants. Le texte prévoit aussi d’encourager les transports écolo (transports en commun, vélos etc.) en leur octroyant un pourcentage des revenus du futur marché du carbone. A noter aussi la proposition d’une régulation des usines au charbon.
  • Politique : clairement le domaine le plus intéressant. Car pour faire voter leur projet, les sénateurs démocrates ont besoin de républicains. On ne joue plus seulement sur la fibre « indépendance énergétique ou augmentation des emplois grâce à une économie verte ». On est clairement  dans l’optique « le projet de loi est une opportunité de redonner aux USA leur rôle de leader, à Copenhague notamment ». Ce qui me surprend toujours étant donné l’étendu de l’(in)action des USA en faveur du climat ces dernières centaines d’années.

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Car paradoxalement, l’effervescence est de mise aux USA suite à la publication début octobre d’une tribune commune dans le NY Times de Kerry et Lindsay Graham, un sénateur républicain très proche de McCain. La tribune s’appelle … « Yes we Can (passe the climate change legislation).

On peut y lire que (traduction personnelle) les sénateurs “refusent d’accepter l’argument que les USA ne peuvent pas mener le monde dans le combat contre le changement climatique”.

Un autre passage plus loin en VO insiste sur la nécessité de trouver un accord bipartisan : “But we speak with one voice in saying that the best way to make America stronger is to work together to address an urgent crisis facing the world.”

Idéalement, toujours selon la tribune commune du NY Times, la loi “empower our negotiators to sit down at the table in Copenhagen in December and insist that the rest of the world join us in producing a new international agreement on global warming.”

Et puis une telle législation serait selon le texte un sacré coup de pouce à la sécurité nationale puisque “we know that sending nearly $800 million a day to sometimes-hostile oil-producing countries threatens our security.”

Bon, certes, c’est l’Européen en moi qui parle. J’ai toujours eu du mal avec la rhétorique états-unienne en matière de politique extérieure (ce côté messianique). Clairement, il y a aussi l’enjeu de faire passer la loi en convainquant l’opposition. D’ailleurs, un tel ralliement grand public laisse augurer du meilleur pour l’avenir de la législation. D’autant plus que Lisa Murkowski, sénatrice républicaine de l’Alaska a aussi donné son soutient au projet de loi suite au papier paru dans le NY Times.

Très pragmatiquement, on ne peut que s’en réjouir puisque ce projet serait la première vraie avancée pour réduire les émissions de carbone nord-américaines. Et que ça pourrait créer une amorce de mouvement global (l’Europe elle n’a pas attendu pour agir) et donc un succès de Copenhague (qui parait bien mal engagé). Soulignons d’ailleurs que la proposition de loi Kerry-Boxer prévoit que l’Agence de Protection Environnementale émette des rapports annuels sur l’avancée des politiques de lutte contre le changement climatique grands pays « en développement » (comprendre la Chine et l’Inde surtout). Officieusement, c’est surtout un moyen de mettre la pression sur la Chine (à mon humble avis).

Last but not least, il faut noter que les républicains n’ont tout de même pas accepté de sauver la terre gratuitement (en gardant toujours à l’esprit que le texte peut encore très largement être changer avant et après le vote, si vote il y a). Deux conditions ont été mises sur la table pour que Kerry et Boxer obtiennent leur deal :

  • Autre condition : que le moratoire fédéral sur le forage (valide jusqu’en 2012) dans les eaux territoriales du pays soit levé. Il s’agit là d’un vieux serpent de mer faisant écho à un débat en juin 2008. Devant la flambée des prix du pétrole, W Bush voulait lever un moratoire fédéral existant depuis 1982 et empêchant toute plateforme au large de certaines côtes états-unienne. Persuadés qu’il se cache des mannes de pétrole sous la croute terrestre maritime, Bush et ses amis du lobby pétrolier voulaient commencer à forer tous azimut, soit disant pour faire baisser le cours du pétrole (car la découverte de gisement permettrait d’endiguer temporairement le pic oil) et surtout pour favoriser l’indépendance énergétique des USA. Sauf que les Etats concernés s’étaient largement opposés à une telle mesure (Schwarzy en tête), devant les dégâts que cela pourrait causer. Dans tous les cas, on estime la manne au maximum à 100 000 barils supplémentaires par jour (soit une goute d’eau). Climate Progress (encore lui) fait l’analyse suivante : un jour ou l’autre, cela va arriver puisque le pétrole sera de plus en plus rare. Autant gagner un accord pour faire passer la loi (très pragmatique). Et puis selon le même blog, les firmes pétrolières n’arrivent même pas à exploiter les ressources déjà présentes (34 millions de barils offshore !), la question est donc surtout idéologique.

Rendez vous au prochain épisode. Il s’agit surtout de savoir aujourd’hui si la loi va passer ou non avant Copenhague (qui s’approche à grands pas). Apparemment ça ne sera pas le cas. Nombre d’analystes insistent cependant sur le fait que sans le passage d’une loi sur le changement climatique avant le sommet, PAS DE TRAITE SIGNE. Car les négociateurs des Etat-Unis doivent avoir une base juridique pour s’engager sur une réduction des émissions au niveau international. Et il est bien sur hors de question qu’un nouveau traité se signe sans la ratification des USA par la suite (comme ça a été le cas avec Kyoto).

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Crypto-Hippies et Post-Psychédélisme

octobre 11, 2009

Suite de ce grand top de la décennie version indie.

B – LES CRYPTO-HIPPIES

Dans la catégorie indie US, je demande les hippies. Ils furent plutôt nombreux cette décennie, organisant un revival flower power assez pénible, pour être franc. Dans cette catégorie (totalement subjective !) figurent quelques albums sympas. Je me permets tout de même d’évoquer les CRYPTO HIPPIES fièrement représentés par Devendra Banhart et Cocorosie. Soit une musique à l’image de leur look : insupportable et désuet.

Joanna Newsom – Ys (2006)

Joanna Newsom est aussi une pote de Devendra. Sauf qu’elle a du talent. Ys est composé de 5 chansons, il s’écoute, se vit. Une fois par année, je prends un réel plaisir à m’immerger dans cette aventure relativement difficile à suivre (parfois un peu pompeuse) mais dont on sort heureux.

Fleet Foxes – Fleet Foxes (2008)

Un album objectivement bon. Je dirais pour ma part qu’il m’a beaucoup lassé et qu’il ma surtout permis de réécouter Crosby Still Nash and Young. L’engouement fut fort l’année dernière, je ne comprends toujours pas vraiment pourquoi. Les chansons sont catchy, l’esprit « give peace a chance » peut faire sourire. Mais ce n’est pas non plus un chef d’œuvre de la décennie.

Beirut – The Flying Club Cup (2007)

Le choix est discutable certes. Beirut devrait il figurer dans cette catégorie ? Peut être pas. Surtout, le premier n’est il pas meilleur que celui-ci ? Et bien, tout à fait subjectivement encore une fois, je dirais que non. Zach Condon a découvert la France, et nous renvoie une image désuète mais agréable. A l’instar de la pochette, il y règne un charmant côté rétro. Une petite perle.

Flotation Toy Warning – Bluffer’s Guide to the Flight Deck (à vos souhaits) (2004)

Alors oui, le groupe est anglais, donc a priori ne devrait pas figurer ici. Mais c’est tellement hippie ! Le disque est sorti en 2004. Depuis, AUCUNE NOUVELLE (à part une jolie interview il y a un petit bout de temps chez la Blogothèque). Reste un album trop méconnu, avec des chansons amples et touffues. Comme si Grandaddy découvrait les cuivres et la tristesse. Un bien bel opus.

Tunng – Good Arrows (2007)

A l’instar du groupe précédent, Tunng vient d’Angleterre. A l’instar du groupe précédent, Tunng a cependant tout à fait sa place ici. C’est moins ample que FTW mais tout aussi gentiment barré. Ici, on est plutôt dans l’esprit petites comptines à jouer autour d’un feu de camp. Les percussions sont DIY, les cœurs un peu partout. Magnifique de simplicité et de spontanéité.

The Polyphonic Spree – Together We’re Heavy (2004)

On sort là aussi de la Devendra Connexion. Mais on reste aux USA. Là, c’est limite caricatural. Des hippies par dizaines venant chanter sur la beauté du soleil et de la vie. Si vous cherchez quelque chose pour vous faire aimer la vie, cet album est pour vous. Grandiloquent, épuisant, jouissif. Et si par hasard ils passent par chez vous (très rare), n’hésitez surtout pas.

C – LES POST-PSYCHEDELIQUES

Mais quelle différence entre les crypto hippies et les post psychédéliques ? Et puis qu’est ce que ces catégories n’ayant d’autre but que de plagier high fidelity ? L’objectif ici est d’essayer d’articuler les albums entre eux. Parce que balancer cet ensemble de disques indie sans logique aucune aurait été faire une belle bouillabaisse.

Et donc qu’est ce que ces post psychédéliques ? Car les crypto hippies sont tout de même psychédéliques. En quoi cette catégorie se justifie-t-elle ?

Deux mots. Un groupe. ANIMAL COLLECTIVE. Le collectif de Baltimore a eu un impact fondamental sur la musique indie de la décennie. A un tel point que même Sigur Ros les a plagié pour son dernier single.

Animal Collective, en 6 albums, est devenu un groupe important. Car un des groupes les plus innovants depuis belle lurette. Certains affirment qu’ils sont surestimés. C’est peut être le cas. On ne peut en tout cas pas leur enlever qu’ils essayent de faire quelque chose de nouveau, comme par exemple, au hasard, inventer la pop du XXI ème siècle. Et ça sonne comment ? Comme les Beach Boys sous acide.

Et donc, les post psychédéliques c’est Animal Collective ? Non, AC est la justification principale de cette catégorie. Mais, y figurent aussi des disques plus ou moins proches dans l’esprit. Commençant tout de go par écarter les ersatz opportunistes : El Guincho ou Born Ruffians peuvent aller se coucher.

A tout seigneur tout honneur :

Animal Collective – Merriweather Post Pavilion (2009)
Animal Collective – Feels  (2005)

AC est le seul groupe dont je citerai deux albums. Car je n’arrive pas à me décider. Strawberry Jam et Sung Tongs sont aussi à écouter. En 5 ans, AC s’est affiné, ils sont devenus plus accessibles. L’apogée est l’album de cette année, consacrant le groupe, montrant à la face du monde à quoi la pop devrait ressembler. Du génie à l’état pur.

Grizzly Bear – Yellow House (2006)

Technikart, pour les descendre, affirme que Grizzly Bear fait du AC version folk. Ils ont raison. Des chansons alambiquées, des chœurs partout, des batteries nonchalantes. C’est très fouillé, c’est complexe, ça s’écoute 20 fois sans jamais sonner pareil. Grizzly Bear sont en plus signés chez Warp, fait assez rare, pour un groupe faisant ce genre de musique, pour être souligné. A écouter aussi le side project du chanteur – Department of Eagles. Tout aussi intéressant.

Beta Band – Hot Shot II (2001)

The Beta Band est il un groupe maudit ? Pendant une décennie, les Ecossais ont fait de nombreuses expériences sonores sans jamais réussir à vendre assez d’albums pour tourner. Dans les milieux initiés, ils sont à juste titre considérés comme des génies incompris. En 2004, ils se séparent dans l’indifférence la plus totale. Reste une poignée d’albums à écouter de toute urgence, Hot Shot II en tête. Ca fourmille d’inventivité, c’est frais, c’est catchy, c’est psyché.

Deerhoof – Friend Opportunity (2007)

En voilà un grand disque. Plutôt confidentiel. La BO parfait d’un manga dont l’action est en fête foraine. Ca part dans tous les sens, c’est brut. La chanteuse a une voix de poupée, le batteur le style de Keith Moon. Il y a de l’orgue dans tous les sens et des lyrics aussi simples que géniaux (« meet the perfect me »). C’est fluo, c’est dansant, c’est jouissif. Deerhoof est complètement barré et ils arrivent à communiquer leur délire. Enfin, surtout sur ce disque. Les autres étant plus durs d’accès.

Antony and the johnsons – I am a bird now (2005)

Ce disque n’a pas vraiment sa place ici mais je ne sais où le mettre. Antony and the johnsons, c’est de la chialure en règle. En concert, c’est la chose la plus émouvante que j’ai jamais vue. Sur album, c’est tellement touchant que c’en est difficile de l’écouter fréquemment. Antony chante ses angoisses et ses rêves, accompagné d’un piano feutré.  Sa voix est hors norme, ce disque est une charge émotionnelle démesurée.

Dirty Projectors – Bitte Orca (2009)

Ce disque est le petit dernier de ce groupe à géométrie variable, constitué autour d’un génie de la musique qui a fait Yale, un certain Dave Longstreth. La discographie est confidentielle et pléthorique. Elle est d’ailleurs plutôt inaccessible (des expérimentations musicales plutôt pénibles en fait). Et puis est sorti Rise above qui les a propulsés dans l’actualité. On a découvert un groupe faisant un musique particulière car millimétrée. Les Dirty Projectors, c’est un peu le pendant indie de la cuisine molléculaire, pour faire dans la métaphore. Je ne me remets pas de ce Bitte Orca. Car là où Rise Above force l’admiration, Bitte Orca nous prend par les tripes. Le groupe nous sert de la musique compliquée qui nous atteint directement au cœur. Et c’est magique. Un très grand disque.

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GRAND DEUX – L’INDIE ROCK US : entre guitares beuglantes, tradition, flower power et psychédélisme version XXIème siècle (le tout sur fond New Yorkais) – a)

septembre 21, 2009

Première partie de cette catégorie fleuve

Cette année est sortie la compilation Dark Was The Night, œuvre caritative en faveur de la lutte contre le SIDA. Composée de reprises par la crème de l’indie nord américain, DWTN fait aussi office de parfait état des lieux. Sortie grâce au travail de Matt Berninger, chanteur de The National, DWTN montre par ailleurs qu’il existe une certaine « conscience de classe » dans ce petit monde de l’indie, très « new yorko centré ».

Toujours est il que l’indie, comme à son habitude, s’est plutôt bien porté durant ces 10 ans, apportant son petit lot de pépites plus ou moins prisées et de nouveaux groupes plus ou moins intéressants. Revue, non exhaustive cette fois, de mes préférés. Pour plus de clarté (quoique), je vais subdiviser tout ce joyeux monde en trois sous catégories.

A – LES TRADITIONALISTES

Les traditionalistes ? Ok, ça fait un peu intégriste. Ca me permet surtout de mentionner ici des bons groupes ayant sorti des albums de très haute voltige sans pour autant avoir voulu à tout prix innover. En gros, les opus cités auraient tout aussi bien pu dater des années 90.

A tout seigneur tout honneur, puisque l’on parle de la compilation DWTN :

The National – Boxer (2007)

Voilà dix ans que ce groupe type d’indie new yorkais roule sa bosse, se bonifiant au fil des années. Boxer est leur meilleur oeuvre, à savoir un album touchant, très homogène. Matt Berninger chante mieux que jamais, réussissant à poser une ambiance propice à la mélancolie. Un album indie rock parfait si il en est, une très grande réussite dans la décennie.

The Walkmen – You and Me (2008)

J’enchaine direct sur The Walkmen, groupe au profil très similaire à The National (10 ans d’activité, new yorkais). A l’instar à ce dernier, les Walkmen ont réussi à créer un son caractéristique, assez indescriptible, notamment grâce à la voix si particulière de Hamilton Leithauser. Une fois de plus, You and Me parait être l’aboutissement d’une décennie de musique, condensant l’ensemble des (très bonnes) idées trouvées au fil des opus.  You and me dégage lui aussi quelque chose de très fort, une sorte de bande son pour une balade urbaine sous la neige. Surtout, il ne lasse pas, regorgeant de détails sonores. Vraiment un très bon album, typique dans son côté indie mais apportant une réelle touche de fraicheur.

Eels – Daisy of the Galaxy (2000)

Voilà 15 ans que Eels fait du Eels. Invariablement, Eels fait du Eels. A savoir des petites comptines douces amères agrémentées d’une voix rauque chatoyante (n’importe quoi). Alors pourquoi cet album et pas son précédent ou son successeur ? Tout simplement car c’est mon préféré. Et est ce qu’il mérite vraiment sa place ici ? Ba oui, car personne ne fait aussi bien du Eels que Eels. Et que ça fait chialer, ça fait sourire, ça rend nostalgique. A souligner aussi leur géniale touche en live : la chanson cachée. Comme sur un disque. Sauf que là, le groupe s’en va et revient jouer quelque chose, 20 minutes après le retour des lumières, avec ou sans gens. Une super idée.

Cake – Comfort Eagle (2001)

Voilà 20 ans que Cake fait du Cake. Invariablement, Cake fait du Cake. A savoir des mélodies hyper catchy avec de la trompette partout et des lyrics géniaux (sur les filles avec des mini jupes et de longs manteaux par exemple). Alors pourquoi cet album et  pas son précédent ou son successeur ? Tout simplement car c’est mon préféré. Et est ce qu’il mérite vraiment sa place ici ? Ba oui, car personne ne fait aussi bien du Cake que du Cake. Je suis quand même allé les voir 3 fois en 1 an, à chaque fois ce fut un fantastique karaoké géant.


Sufjan Stevens – Seven Swans (2004)

« Illinois » aurait tout aussi bien pu figurer à la place de Seven Swans. Mon choix peut largement être discuté et je pense avoir choisi Seven Swans du fait de la chanson titre d’anthologie.
Sufjan est l’un des grands gagnants indie du milieu de la décennie. Il a prouvé que la chanson à texte gentiment moraliste et chrétienne fait toujours recette.  Stevens est surtout un perfectionniste chevronné dont les arrangements et la production de ses albums sont archi travaillés, aussi touffus que propice à la réécoute intensive, sans jamais lasser (pour un aperçu typique, écouter Come on ! Feel the Illinoise !). Ca part dans tous les sens, ça utilise des vents et des cordes « à tout va » (y compris la harpe hein). Il y a un côté scout qui ne me dérange absolument pas mais dont je peux largement comprendre qu’il énerve. En attendant, et après des sorties d’albums en cascade faisant penser à du stakanovisme (pas moins de 5 sorties entre 2003 et 2006 !), Sufjan est aujourd’hui bien silencieux. Son ambition de vouloir composer un album pour chaque état des USA parait battre de l’aile. Dans tous les cas, l’originaire de Chicago est un des artistes majeurs de l’indie des années 2000. Sa dernière sortie en date (you are the blood sur DWTN) est tellement inattendue (une sorte de condensé de ses premiers albums inécoutables et de son travail d’orfèvre de la fin) qu’il est permis de s’attendre à tout (à signaler aussi l’épique Majesty Snowbird, nouveauté live du temps de la tournée Illinois).

The American Analog Set – Know by heart (2001)

De l’indie pur jus de la part d’un groupe pas vraiment majeur d’Austin, Texas. On a franchement envie de mettre des chemises à carreaux et des lunettes à grosse monture à l’écoute de ce disque. Know by heart est très agréable, même si typique de l’indie, avec ses guitares folks et ses structures quelques peu alambiquées. A écouter en faisant la sieste ou en regardant Juno.

Beulah – Yoko (2003)

Avec Of Montreal et Elf Power, Beulah est un des rares résidus du mythique collectif indie ELEPHANT 6. Yoko est leur « grand » album, navigant quelque part entre le Wilco expérimental et les decemberist. Là encore, c’est l’archétype du disque indie, c’est assez commun mais c’est très bien. Et puis la pochette est très chouette.

The Dodos – Visiter (2008)

Mon chouchou. Comme je le disais, sans grande nouveauté. Les Violent Femmes l’ont fait avant. Mais qu’est ce que c’est bien ! Qu’est ce que c’est frais, qu’est ce que ça part dans tous les sens, qu’est ce que c’est agréable et homogène. Un album qui sera dans les hautes sphères de mon top subjectif.

The Shins – Chutes too narrow (2003)

Là encore un de mes favoris. Sans le paraître, la musique des Shins est extrêmement complexe. Peu de groupes arrivent à composer de si belles et intelligentes balades. J’insiste sur « intelligentes » car The Shins est un groupe à texte. Ne pas prendre en compte les lyrics, c’est passer totalement à côté de la musique des Shins. Exemple :

“But I learned fast how to keep my head up,
’cause I know there is this side of me that
Wants to grab the yoke from the pilot and just
Fly the whole mess into the sea.”

Why? – Elephant Eyelash (2005)

De l’indie hip hopeu puisque Why? est sur le label Anticon, largement estampillé popop. Elephant Eyelash est un super disque, bancal, décalé (à l’instar du titre de l’album), à l’image finalement de sa pochette. Les chansons sont courtes, jouissives, le genre de musique fourmillant de trouvailles et donnant pleins d’idées de composition (du style composer un album de reprises des pixies à la manière de Why ?). En live, ça résonne comme des hymnes. Sans déconner, et à l’instar de Broken Social Scene (on y reviendra), Why ? est un de ces groupes qui pourrait prétendre à entrer dans le mainstream. « Dans tes rêves ».

Clap Your Hands Say Yeah – Some Loud Thunder (2007)

En voilà un beau groupe. D’autant plus qu’il s’est fait découvrir par le net, vendant son premier album auto produit par milliers. Malgré mon amour incommensurable pour celui-ci, j’ai finalement décidé de citer leur deuxième et dernier effort en date. Mine de rien, c’est un réel tour de force. La voix aussi bancale est toujours là mais la composition est devenue autrement plus complexe et intéressante. Ecoutez Goodbye to the mother and the cove, vous comprendrez. Ce groupe a du génie. Il est bien trop sous estimé.

En prélude à la catégorie “Les Glorieux Anciens” (teasing), je me permets de citer ici quelques albums de gros groupes indies des 90’s, roulant leur bosse depuis un bout de temps mais n’ayant rien perdu de leur talent ni de leur intérêt (pour la majorité tout du moins).

Mercury Rev – All is dream (2001)

Sorti le 11 septembre 2001, All is dream ne porte pas bien son nom. Mercury Rev, après avoir été un groupe trash, a viré baroque et grandiloquent. Avec des violons partout, des artworks décadents et une voix castrée. Beaucoup détestent. Mon côté grande folle adore ce dernier grand album d’un groupe estampillé 90’s et aujourd’hui assez ringard (il faut bien l’avouer).

The Flaming Lips – Yoshimi battles the pink robot (2002)

Les « lèvres brulantes » sont toujours là. Ils donnent toujours les meilleurs concerts du monde (en tout cas, ça donne vachement envie) et font toujours de la musique indie parfaite. Je ne comprends toujours pas comment ils n’ont pas pris l’envergure de U2.

Grandaddy – Sumday (2003)

Grandaddy n’est plus. Depuis 2006, ce grand groupe de l’indie US a cessé d’exister. Jason Lytle continue de faire du Grandaddy dans son coin, certes. Mais le groupe est officiellement séparé, ce qui est fort triste lorsqu’on y pense.
Et si Sumday était le meilleur disque du groupe ? Sans bouleverser leur tradition musicale, il sonne comme « l’album de la maturité » (promis, ce sera l’unique fois). Plus besoin de faire des chansons fleuve de 10 minutes pour prouver sa virtuosité. Les chansons durent 4 minutes en moyenne, elles sont superbes, tout comme la pochette (la seule dans l’histoire du groupe). Sumday n’est peut être pas aussi bon que « Under the western freeway » (effet de surprise en moins) mais il s’en approche carrément.

A suivre… en fin de semaine, les crypto hippies et les post psychédéliques !

En attendant, lâche tes coms !

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GRAND UN – LE RETOUR DU ROCK:

septembre 19, 2009

J’aurais pu mettre tout un tas de disque dans la catégorie POP ROCK. Ca aurait fait un joli gloubiboulga un peu fourre tout où s’entassent les cd sans vraiment de rapport. Il y aura bien une catégorie « ROCK » fourre tout mais je vais essayer, dans la mesure du possible, d’établir les liens entre les différents opus. Rob Gordon classe ses vinyles par ordre autobiographique  :

Dick: I guess it looks as if you’re reorganizing your records. What is this though? Chronological?

Rob: No…

Dick: Not alphabetical…

Rob: Nope…

Dick: What?

Rob: Autobiographical.

Dick: No fucking way.

C’est un peu l’idée finalement.

LE NEO ROCK est né le 28 aout 2001 avec la sortie du LP « Is this it ? » des Strokes. Suivirent pendant deux années une ribambelle de groupe en THE (sachant que THE THE a déjà existé dans les 80’s), criant, hurlant que le rock était de retour, que les amplis à lampe étaient l’unique moyen de reproduire un son parfait, que les 4 pistes ne serait jamais égalé. Largement sponsorisé Rock n Folk en France, les groupes en THE eurent des destins plus ou moins communs, passant du « meilleur groupe du monde » selon NME au groupe le plus ringard en quelques mois. Restèrent quelques albums géniaux, touchants, approximatifs ou parfaits. Et restèrent aussi quelques groupes aujourd’hui encore en vogue (on doit pouvoir les compter sur les doigts d’une main). Petit aperçu exhaustif de cette période haute en guitare qui s’est par la suite métamorphosée en copie des Cure.

The Dandy Warhols – 13 tales from urban bohemia (2000)

Un ami forumien affirma un jour que les Dandy Warhols étaient les précurseurs de la vague néo rock. Déjà de part leur nom. Ensuite, de par leur trajectoire (on y reviendra plus tard). 13 Tales from Urban Bohemia est sorti en 2000. Il est la superbe bande-son rock d’un trip opiacé (logique dans laquelle le groupe s’est hélas enfermé depuis 5 ans, sortant des albums à leur gloire, ne servant à plus grand-chose).  Résolument cool de par son ampleur, de par la qualité de ses chansons, il peut aujourd’hui être perçu comme le précurseur d’un retour des guitares (sans pour autant laisser présager le néo rock).

Pour moi, le néo rock est fondamentalement caractérisé par deux albums d’envergure, tant symboliquement que musicalement.

The White Stripes – White Blood Cells (2001)

Avant de devenir LE groupe étant responsable d’un des plus gros hits de la décennie (étant devenu l’hymne de la victoire italienne en 2006 et le générique d’une émission radio de l’horrible Luis Fernandez), The White Stripes est avant tout le groupe ayant clamé que «  c’était mieux avant » (jack white a aussi accessoirement affirmé que le jour où ils vendraient plus d’1 million d’album, ils se sépareraient – hm). White Blood Cells est un recueil de chansons simples (Little Room), efficaces (Hotel Yorba), courtes, parfaites pour apprendre à jouer de la guitare et se familiariser avec le blues. Il fut un réel choc à l’époque et semble ne pas vieillir (puisqu’il était déjà un ancêtre au départ). Aujourd’hui, le groupe s’est un peu enfermé dans son éthique chiante du vintage, il n’en reste pas moins qu’il sort régulièrement des disques honnêtes même si balourds (nous ne mentionnerons pas ici les side projects de jack white, tous assez atroces).

The Strokes – Is this it (2001)

Si les White Stripes sont les réacs des années 2000, alors les Strokes sont les petits bourgeois hype new yorkais partant à la conquête du monde. Is This It, de par sa fraicheur, de par sa pochette et  sa chanson censurées par le 11 septembre (NYC Cops ain’t too smart…), de par la qualité de ses chansons, de par son côté « manifeste » est une pierre angulaire des années 2000. Il fut un véritable uppercut permettant à de nombreux jeunes dont je fais partie de redécouvrir l’héritage musical new-yorkais (television notamment). Un disque très important.

La suite est plus laborieuse et la sélection beaucoup plus subjective. Quelques petits albums que j’ai particulièrement appréciés à l’époque et qui sont encore aujourd’hui écoutables.

The Detroit Cobras – Baby (2004)

Autre groupe de la ville des White Stripes partant du génial postulat qu’avant de créer de la nouvelle musique, il faudrait déjà connaitre l’ancienne (c’était définitivement mieux avant et nous sommes dégoutés d’être nés si tard !). Résultat ? Les Detroit Cobras sont un groupe de reprises de chansons obscures noire-américaines des 60’s. Et c’est vachement bien.

Kings of Leon – Youth and young manhood (2003)

Un de mes chouchoux. Les Kings of Leon sont aujourd’hui un des pires groupes de rock, reprenant les standards du hair rock en étant sérieux (looks nuls, chansons dégoulinants de solo, ego surdimensioné), contrairement à d’autres. Ce premier lp tend plus vers Lynyrd Skynyrd, à savoir du rock sudiste absolument parfait. Il parait que les disques de notre adolescence restent nos disques préférés tout au long de notre vie. Si c’est le cas, alors cet opus fera toujours parti de mes préférés dans 50 ans. A noter que la moitié des chansons de Youth and yound manhood sont issues d’un ep sorti la même année (Holy Roller Novocaines). Le problème est que lesdites chansons ont été retravaillées à la guitare électrique entre temps (et qu’elles sont déjà un avant gout de ce que le groupe fait aujourd’hui). Mon conseil donc : écouter l’album en replaçant les chansons reprises par les premières versions. Beaucoup plus cohérent et jouissif.

The Bees – Free the Bees(2004)

Avec les Bees, on lorgne carrément vers le psychédélisme de la fin des 60’s. Rien de bien nouveau, mais quelle belle copie. Un album très fun, avec pleins de guitares et de sons opiacés. Une jolie réussite qui reste en l’état avec les années.

The Libertines – Up The Bracket (2002)

Aujourd’hui, même ma grand mère connait Pete Doherty, celui ci ayant eu ses heures de gloire dans Voici & co. Au départ, les Libertines sont tout de même connus pour être un chic groupe rock anglais, qu’on a voulu faire passer pour légendaire. Sans non plus être l’album de la décennie, Up the Bracket est carrément honnête et écoutable (à la différence de son successeur) et reste ce que le groupe a fait de mieux (y compris en prenant en compte les carrières solo des uns et des autres). Soulignons tout de même le côté plagiat intégral des Clash (jusque dans la manière de chanter). Mentionnons aussi la vague de copies engendrées (style Arctic Monkeys, copie des Libertines, eux même copient des Clash – il parait que la musique se résume à ça).

The Music – The Music (2002)

Pour avoir un aperçu des pires dérives du Neo Rock, écouter The Music. Un groupe d’anglais prétentieux, insupportables, à peine talentueux. Qui se rappelle aujourd’hui d’eux ? De la hype dont ils ont été crédités, de leur lamentable deuxième et dernier album ? The Music (rien que de par son nom) symbolise les dérives commerciales et mégalomanes du neo rock. Leur premier essai est aujourd’hui inécoutable. : un espèce de mélange boursoufflé (et propice à la migraine) de guitares led zeppeliniennes, de voix robert plantiennes et d’électro en vente chez leclerc. Pourquoi en parler alors ? Pour pouvoir éviter de parler de tous les autres groupes en The ou assimilés (bon allez, puisque vous le voulez – The Vines,  Whirlwind Heat, The Kaiser Chiefs, Kasabian, Electric 6, Yeah Yeah Yeahs, The Caesars, The Hives, Jet, The Killers, The Kills, The Bravery, The Von Bondies, etc.). Mentionnons aussi l’insupportable Gibus connexion, le phénomène créé de toute pièce par Rock n Folk, un soit disant retour du rock en France dont les plus grands noms étaient The Brats ou encore The Naast.

Outre les 60’s, les 80’s ont elles aussi été redécouvertes, The Cure en tête, dans les mois qui suivirent. La Hype en The était passée, il fallait dorénavant que le nom des groupes n’en porte plus les traces. Arrivèrent une ribambelle de groupes mélangeant post punk et nappes phréatiques, Interpol en tête (je n’ai jamais aimé mais j’admets que c’est un bon groupe).

Revenons aux Dandy Warhols qui ont sorti après 13 Tales, dans l’incompréhension la plus totale, Welcome to The Monkey House (2003). Soit un virage à 180°, dénué de toute guitare et largement agrémenté de voix bee geesiennes. Encore une fois plutôt précurseur.

Rappelez vous, The Rapture fut un jour le meilleur groupe du monde, Hot Hot Heat, !!! (Tchik Tchik Tchik), Radio 4, 80’s Matchbox B Line Disaster se tiraient la bourre avec plus ou moins de succès et étaient tour à tour le nouveau meilleur groupe de la terre. Puis il y eut une redécouverte britannique du post punk. Vinrent Franz Ferdinand, The Dead Sixties, Maximo Park, The Rakes, Art Brut  En ressortent quelques albums honnêtes.

Bloc Party – Silent Alarm (2005)

Une très grosse baffe pour ma part. Une voix parfaite (tellement robert smithienne), des guitares copiées sur Just de Radiohead, une batterie cognant comme pour illustrer l’apocalypse. Silent Alarm généra chez moi un engouement non feint. Et puis rien. Ou si peu.

Bright Eyes – Digital Ash (2005)

Oui alors pas vraiment du neo rock. Mais le folkeux a redécouvert The Cure, il en a fait un album absolument somptueux, une réelle perle qui n’a pas vieilli. Et puis ces paroles poétiques. La même année, il a sorti un autre album, folkeux cette fois (I’m wide awake, it’s morning). Et nul. Digital Ash sonne un peu, avec le recul, comme le chant du cygne de Connor Oberst qui aujourd’hui s’est noyée dans les accords en mineur.

The Horrors – Primary Colours (2009)

Encore un album dont on peut remettre questionner l’appartenance à cette catégorie. Le premier album des Horrors est paru en 2007, pas grand chose à voir donc avec le Neo Rock qui s’est gentiment éteint vers 2006. The Horrors est pourtant un des ces énièmes groupes que la Hype a drappé de blanc. Avant, bien sur, de devenir l’ex meilleur groupe de tous les temps. Normal en même temps puisque “Strange House” est un de ces albums “bien-sans-plus”, comme le neo rock en a tant connu.
Puis est arrivé Primary Colours. Il y a déjà la pochette Pronographienne. Puis les guitares shoegaze couplées avec une voix descedant de Ian Curtis. Un album supersonique, une chanson d’anthologie (sea within a sea), un énorme buzz (justifié cette fois) sur le net. Un groupe racé dont on a surement pas fini d’entendre parler. Un formidable hommage au meilleur des 80’s.

Albert Hammond Jr – Yours To Keep (2006)

Je me permets enfin de mentionner ce premier album solo du guitariste des Strokes. Pourquoi ? Car il égale largement Is This It. Car il fait parti d’un de mes petits préférés, depuis la première écoute. Il figure ici puisqu’il n’est pas vraiment du néo rock mais qu’il en est directement issu.

FIN DU GRAND UN (lache tes coms).

PLAYLIST SPOTIFY (on notera l’absence notable de grands albums (et donc de chansons) tel que celui de bloc party) :

http://open.spotify.com/user/gagalcibiade/playlist/0QTjN1fLaEht3jdhDmnqrJ

Whirlwind Heat

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Un TOP de la décennie musicale (2000 – 2009)

septembre 19, 2009

Bon allez, disons le de but en blanc. 2 mastodontes viennent écraser mon top de tout leur poids. Toute la question a été de savoir si j’incluais ou non l’année 2000. Si oui, alors il n’était même pas utile de réfléchir à qui allait être en haut de mon top. Si non, les choses se corsaient. Finalement, après maints débats, j’ai décidé que oui.

En attendant, la tâche est ardue. En 10 ans de musique (quasi la moitié de ma vie aussi), on peut largement imaginer le nombre de disques sortis, écoutés, aimés, négligés. J’ai donc décidé dans un premier temps de classer les disques retenus par catégories, celles-ci étant censées illustrer les différentes phases qu’ont eues les musiques actuelles de 2000 à 2009. Il y a eu des disques phares qui déclenchèrent une avalanche d’ersatz. Il y a eu des groupes importants qui ont engendré des petits frères un peu plus fades. Après un premier classement sectoriel et purement subjectif, le but est de faire deux classements : un « objectif », où je classe les disques ayant apporté, à mon sens bien sur, une nouveauté significative à la musique actuelle (un apport novateur). L’autre totalement subjectif, de mauvaise foi, où je détaille les disques que j’ai préféré, pas parce qu’ils sont parfaits mais parce qu’ils m’ont touché, pour des raisons ou d’autres.

Je ne me suis pas fixé de limite de disque, ni de limite de catégorie. J’essayerai tout de même de ne sélectionner qu’un disque par groupe et de commenter brièvement chaque album (lourde tache).

Pourquoi ce top ?

Car Rob Gordon est mon héros et que je pratique l’exercice depuis 2004. Parce que j’aime ça, que ça m’éclate de me triturer l’esprit en m’imposant d’établir une hiérarchie aussi inutile que jouissive. Parce que ça permet de faire un état des lieux sur des disques peut être aujourd’hui oubliés mais qui ont été et qui resteront à mon avis des disques dont on parlera encore dans 10 ans (en tout cas pour ceux tout en haut du classement).

Et pourquoi si tôt ? Parce que ces cons de Pitchfork s’y sont mis trop tôt. Parce que j’ai trop peur d’être complètement brain washé. Parce que j’ai (un petit peu) le temps maintenant.

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Et ça passe !

juin 29, 2009

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La chambre des représentants des Etats-Unis a voté le projet de loi Waxman-Markey sur le changement climatique samedi dernier ! Historique selon les médias spécialisés.

Comme je l’ai écrit dans le précédent post, rien n’est encore fait, le projet devant encore être voté par le Sénat. Et pour cause ! Heureusement que le projet n’avait besoin que d’une majorité simple : le projet a été accepté avec … 7 voix d’avance (219 vs 212). Obama a qualifié l’évènement “d’étape courageuse et nécessaire“. Les débats  pré vote ont apparemment été houleux mais on peut qualifier le vote de “bipartisan” puisque pas moins de … 48 démocrates ont voté contre et 8 républicains pour.  Il est cependant permis de douter de l’avenir de la loi, étant donné la très maigre majorité qu’elle a eu à la chambre basse (et la majorité plus exigeante demandée au Sénat – cf mon post précédent là encore).

Al Gore a salué l’évènement, parlant aujourd’hui d’un rôle historique du Sénat pour notamment aider les USA à … restaurer leur leadership mondial. Rendez vous dans 7 – 9 mois pour la suite des évènements. En attendant, je ne peux que saluer un tel résultat. Et espérer que le texte ne soit pas trop travesti par la chambre haute (on peut même se prendre à rêver d’une hausse de la limite d’émission fixée d’ici à 2020).

Prochaine étape très importante de la vie législative US : le projet de loi sur la santé. Et ça promet d’être autrement plus difficile que le changement climatique !

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Le projet de loi états-unien sur le changement climatique – enjeux, tenants et aboutissants

juin 23, 2009

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Ce projet de loi est l’un des plus importants jamais introduit au Congrès. Il a une envergure morale similaire à la loi sur les droits civils des années 60 ou au Plan Marshall – Al Gore

Depuis le début du mois de mai 2009, la vie politique états-unienne est largement animée par les débats autour du American Clean Energy and Security Act (ACESA), aussi connu sous le nom de « Climate Change Bill » ou encore « projet de loi Waxman-Markey », du nom de ses auteurs. Mais pourquoi, comme l’a déclaré Al Gore, ce projet de loi est il si important ? Et quels en sont les tenants et aboutissants au niveau national comme international ?

Le projet de loi Waxman-Markey est vaste et a suscité de nombreuses interrogations. Pire même, ses instigateurs mènent depuis un mois des négociations acharnées pour le faire passer le plus rapidement possible afin qu’il soit ensuite soumis au Sénat, étape autrement plus difficile. Le texte doit en effet être voté dans la chambre haute à plus de 60 % (contre un vote à la majorité simple à la chambre basse). Or, les sénateurs démocrates bénéficient d’une faible majorité. En outre, les démocrates sudistes du Congrès sont clairement sceptiques, ayant peur des répercutions du texte sur leur industrie fortement polluante. Sans parler des Républicains qui se battent pour au moins vider le texte de son contenu.

Le Climate Change Bill a, de fait, subi de très nombreuses modifications depuis sa version initiale.suivre la trajectoire du texte permet de saisir la complexité de la manière de fonctionner du législatif états-unien. Et notamment l’immense rôle du lobbying Au-delà de l’enjeu environnemental fondamental, .

Le projet a d’abord était présenté comme très ambitieux, étant d’abord crédité (noté) par les greens (écolos) d’un honorable B + pour ensuite petit à petit se voir reléguer à un médiocre B -, suite aux nombreuses concessions faites par les parlementaires Waxman et Markey aux industries.

Tout d’abord, je vous propose un bref résumé des principaux points de l’ACESA, dans son état actuel, après avoir subi de nombreux changements suite aux longues négociations avec les lobbies. Si vous voulez connaître en profondeur les modalités du texte, vous pouvez trouver un ici un long résumé ainsi qu’un très bon résumé du résumé sur lequel je me suis appuyé ici (en anglais).

Principaux points du projet de loi Waxman-Markey :

  • 20% de l’électricité produite par les entreprises de service dans le domaine devra être propre (efficacité énergétique, énergies renouvelables) d’ici à 2020.
  • Des investissements conséquents dans les nouvelles technologies. D’ici à 2025,  $90 milliards sont prévus pour les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique, $60 milliards pour la séquestration de carbone, 20 milliards pour les véhicules propres et $20 milliards pour la recherche/développement.
  • De nouveaux standards d’économie d’énergie pour les secteurs du bâtiment, de l’industrie ou encore de l’électro ménager.
  • Protéger le consommateur de l’augmentation des prix de l’énergie. Selon l’Agence de Protection de l’Environnement US, les dispositifs mis en place par le projet de loi permettrait de limiter les couts : le cout de revient quotidien pour chaque foyer états-unien serait l’équivalent du prix d’un … timbre poste.
  • La réduction des émissions de carbone états-unienne de 17% d’ici à 2020 et de 80% d’ici à 2050 par rapport aux taux de 2005. A ce titre, et à l’instar du schéma de l’Union Européenne (EU-ETS), le projet prévoit l’établissement d’un marché du carbone à partir de 2012. Les entreprises des principaux secteurs émetteurs (pétrole, électricité) émettant plus de 25 000 tonnes de carbone par an se verront attribuer des quotas d’émission afin d’atteindre les pourcentages cités. Un marché de permis sera ainsi créé : les entreprises étant en dessous de leur limite pourront revendre leur permis tandis que les entreprises en excédent seront dans l’obligation d’en acheter pour respecter leurs quotas (pour chaque tonne de carbone ou équivalent en excédent, l’entreprise devra acheter un permis). C’est ce que l’on appelle un système « cap and trade ». Les entreprises pourront aussi utiliser les mécanismes de compensation (système « baseline and credit ») type Mécanisme de Développement Propre du Protocole de Kyoto (« carbon offsets ») pour atteindre leurs quotas. Ils ne pourront cependant pas acheter plus de 2 milliards de ce type de certificat par an, la moitié devant provenir des Etats-Unis.

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Après toutes ces années de déni, après toutes ces années d’inaction, nous avons enfin l’opportunité de faire un immense pas en avant en matière de changement climatique. Le projet de loi Waxman-Markey est imparfait, il est parfois décevant mais il représente une avancée concrète et immédiate. La planète n’attendra pas Paul Krugman

Malgré de fortes critiques, le projet de loi reste aujourd’hui le texte le plus important en la matière dans l’histoire du pays. Hélas, comme je l’ai écrit peu avant, absolument rien ne certifie qu’il sera adopté, ne serait ce qu’à la chambre basse. Il doit tout d’abord être approuvé par pas moins de 8 comités de la Chambre des Représentants (sortent de Commissions de l’Assemblée Nationale en France). Les médias ont largement couvert son approbation par le Comité de l’Energie et du Commerce le 21 mai, sans toutefois préciser que la route était encore longue. Nancy Pelosi, présidente de la Chambre, table sur une approbation ce vendredi ou lors de la première semaine de juillet. Le texte doit être voté au plus vite, au risque de se voir enterré dans des négociations sans fin et de voir d’autres textes d’envergure (le projet de loi sur le système de santé) prendre les dessus.

catLes débats sur le sujet ont été houleux. Les principaux lobbies du pétrole, du charbon et des autres grands pollueurs ont tout fait pour que le projet soit abandonné ou en tout cas vidé de son contenu.  A noter tout de même que l’ensemble de l’industrie US est loin d’être contre le projet de loi (ils sont réalistes), à l’instar du géant CATERPILLAR.
Il y a quatre points d’accroche majeurs : les limites globales fixées ainsi que les délais de la mise en place du marché du carbone, l’utilisation des systèmes de compensation pour faciliter l’atteinte des quotas, les contenus des standards fixés pour les différents secteurs et enfin, le plus important, l’attribution de rabais ou de crédit gratuit lors des premières années pour les entreprises les plus « en danger ».

L’objectif initial du texte était une réduction globale des émissions de 20% par rapport aux taux de 2005, d’ici à 2020. Finalement, les négociations sont tombées d’accord sur 17%. Soulignons aussi que la référence de l’année 2005 est largement contestable, le Protocole de Kyoto prenant par exemple appui sur les taux de 1990. Certes, il prône d’ici à 2012 une réduction globale de 5% des émissions, mais pour nombre d’observateurs, 17% est un taux encore bien trop faible. Même si certains affirment que c’est avant tout la mise en place le plus rapidement possible d’un tel dispositif qui est le plus important.

Mais la question la plus polémique est celle suscitée par les rabais ou plus précisément l’attribution de crédits gratuits, inévitables selon Waxman pour pouvoir faire voter le texte. On estime que pas moins de … 55% (!) des crédits seront donnés gratuitement lors des … 10 à 15 premières années de fonctionnement du marché ! Le principe est d’accorder des crédits gratuitement pour permettre aux entreprises de dépasser leur limite sans avoir à payer. Le but fondamental de ces « cadeaux » est de protéger le consommateur contre une subite hausse des prix. Les industries de l’électricité, plus grandes émettrices, répercuterait en effet leurs couts de transition vers les énergies propres sur les factures, ce qui provoquerait, on s’en doute,  une grogne générale. Ce secteur bénéficierait de la plus grand part du gâteau (30% du total des émissions prévues). Outre l’accompagnement de la transition vers la propreté, le but de ces rabais est aussi de limiter les « délocalisations » vers les pays où il n’y a pas de limites. On craint en effet l’émergence de « paradis fiscaux » du carbone (en premier lieu la Chine) où un grand nombre d’entreprise déplacerait leur production pour ne pas avoir à subir le joug des limites fixées par les Etats-Unis. A noter que ce risque est global et est largement pris en compte dans les négociations actuelles pour, espérons le, le prochain traité signé lors du décisif sommet de Copenhague à la fin de l’année.

Voilà les taux d’attribution, alloués selon des modalités et des périodes différentes. On observera que presque l’ensemble des secteurs concernés reçoit sa petite ristourne… Nombre d’écolos ont de ce fait largement fustigé voire condamné ces concessions. Ils ont notamment fait référence à l’échec qu’ont été les deux premières années de l’EU-ETS (2005 – 2007), lorsque le marché du carbone n’a servi à rien si ce n’est à permettre à nombres d’entreprises de grassement se payer. Le nombre de crédits délivrés avaient été trop grand : les entreprises, sans changer leurs stratégies, avaient atteint leurs limites facilement et revendu tous les crédits censé les aider (ce qui avait par conséquent entrainé une chute vertigineuse du prix du carbone)… Cependant, comme l’explique très bien le meilleur blog US sur le changement climatique, l’Union Européenne, grâce à ce système qui aujourd’hui marche du tonnerre, respectera ses engagements vis-à-vis du Protocole de Kyoto.

Et puis, le Climate Change Bill a appris des erreurs du passé… 80% des crédits gratuit seront octroyés à des entreprises régulés. Grâce à un scrupuleux contrôle, le bénéfice des crédits sera entièrement pour le consommateur, il n’y aura pas moyen d’en tirer un quelconque bénéfice.

krugmanEn dépit de tous ces cadeaux et ces concessions (il y en eu d’autres notamment sur les standards d’économie d’énergie), le très écouté Krugman affirme que cette loi doit absolument passer car elle créera un stimulus pour une réduction des émissions et l’adoption de nouvelles stratégies vertes. Et puis il parait que malgré tout ça, la loi permettrait une réduction des émissions équivalente aux émissions de la moitié des voitures sur terre, soit 500 millions de véhicules. Si ça, ce n’est pas un argument en béton armé franchement…

La volonté d’Obama de faire absolument passer la loi n’est pas que de l’angélisme écologique. Le vote du projet va bien au-delà du niveau domestique, conditionnant le sort des Etats-Unis au niveau international, économiquement et politiquement parlant.

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La nation leader dans les énergies renouvelables sera la nation qui dominera l’économie globale du XXIème siècle – Barack Obama

Tout d’abord, comme on le voit avec la citation, Obama lie l’écologie avec l’économie au niveau national. Il a très bien compris que le green business est l’avenir et qu’il est temps de s’y mettre après les huit années Bush. Les USA ont clairement un train de retard sur l’Union Européenne, voire sur la Chine qui mise depuis bien longtemps sur le secteur, ayant parfaitement compris qu’est en jeu leur future position au niveau de l’économie mondiale. Les anti « Climate Change Bill » ont trop peur des conséquences des ajustements qu’il faudra faire à court terme. Cependant, ce petit effort permettra à court et long terme de sauver l’environnement en faisant plein d’argent ! (J’entends les décroissants hurler. De savoir si la croissance verte est un mythe ou non est un autre débat – j’aurais pour ma part plutôt tendance à penser que c’est une chimère ou en tout cas qu’elle seule ne résoudra pas tout)

L’enjeu est donc double : l’ACESA permettra de créer moult emplois et aidera les USA à gagner le leadership dans le domaine de la construction et de la vente des technologies propres. A ne pas oublier non plus l’argument géopolitique : la loi Waxman-Markey permettrait de largement réduire la dépendance aux énergies fossiles…

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Je suis aujourd’hui plus optimiste que je ne l’étais auparavant sur le fait que les Etats-Unis puissent jouer un rôle majeur sur ce sujet, de paire avec l’Europe qui a été devant nous ces dernières années – Barack Obama

Dernier point de ce billet fleuve (et oui, ça me passionne !) : l’enjeu international. Le changement climatique peut aussi être un moyen de revenir sur le tout-devant de la scène internationale. Quoiqu’on en dise, les mandats de Bush ont été un désastre pour l’hégémonie US. La crispation de ‘l’Empire’ et son usage de la force (Irak) a donné une impression très vivace que celui-ci était sur le déclin et qu’on vivait les derniers soubresauts du monde unipolaire post-URSS. La stratégie de reconquête des cœurs d’Obama depuis son arrivée au pouvoir traduit, à mon humble avis, un changement total d’orientation. Fini le « vous êtes avec ou contre nous », les USA tente de redevenir un grand frère admiré de tous (c’est bien parti !). En ce sens, il doit faire preuve d’exemple. Aucune leçon ne peut être donnée tant qu’on ne balaye pas devant sa porte… On peut stigmatiser autant qu’on veut la Chine pollueuse, la désastreuse situation environnementale actuelle de notre belle planète est avant tout due aux émissions des 50 dernières années de « l’Occident » (et de la défunte URSS). Les Républicains affirment ne pas vouloir bouger tant que la Chine ne bouge pas. Obama a bien raison de penser que c’est l’inverse qui est vrai : pour arriver à ce que la Chine accepte d’adopter des limites d’émission, il faut que les Etats-Unis montrent l’exemple, et non l’inverse. Pour entrer dans toute négociation, la Chine exigeait cependant que les pays développés s’engagent à réduire leur réduction de 40% d’ici à 2020.

L’ACESA permettrait donc aux USA de dire au niveau international : « nous faisons nous aussi des efforts, nous voulons jouer les premiers rôles dans les négociations actuelles pour le futur Traité ».

Nous touchons donc à la fin de ce pavé. Bravo à ceux qui sont arrivés jusqu’au bout. La question à 10 000 $ est de savoir si ce projet va être voté par la Chambre des Représentants. Et si oui, quand et dans quel état. Les tractations continuent et je me dis parfois que je n’aimerais pas être à la place du député Waxman en ce moment qui se bat sans répis pour arriver à ses fins sans vendre son âme au diable (certains disent que c’est déjà fait). Il parait que ce sera pour ce vendredi, la semaine en cours ayant été qualifiée de rien de moins que « l’energy week ». La pression vient d’ailleurs d’être mise avec la sortie d’un nouveau rapport gouvernemental sur les conséquences du changement climatique aux Etats-Unis. En tout cas, le sujet est passionnant. J’espère avoir aidé à un peu mieux comprendre que ce projet est un bien plus qu’une loi en devenir. A mon humble avis, elle conditionne la future situation politique, économique et géopolitique des Etats-Unis dans les années à venir.

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Patriot Act bolivien

juin 8, 2009

Les débats (affrontements ?) les plus récents en Bolivie portent sur la nouvelle dénomination de l’Etat bolivien. D’un côté comme de l’autre, on commente largement le fait que le pays ne soit officiellement plus une République (ce qu’elle était depuis 200 ans) mais un Etat Plurinational. Le changement de dénomination reflète les transformations actuelles du cadre juridique et institutionnel bolivien, au-delà du vote d’une nouvelle constitution. De fait, la vie politique bolivienne est aujourd’hui caractérisée par nombre de mesures entachant plus ou moins gravement l’Etat de droit. Court résumé de 3 décisions récentes emblématiques du contexte actuel :

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Le 20 mai 2009, le président Evo Morales a signé (et donc approuvé) le très polémique Décret Suprême n°0138. On peut raisonnablement parler d’entaille majeure à l’Etat de droit bolivien, le décret signant la fin de la présomption d’innocence pour les « terroristes ». Comme je l’ai signalé dans un précédent billet, il a régné pendant un mois un contexte de chasse aux sorcières malsain, suite à un attentat contre un clerc important de Santa Cruz. La stratégie gouvernementale étant semblable au coup d’éclat permanent (je pense  ici au qualificatif des médias/analystes pour première année « d’hyperprésidence » de Nicolas Sarkozy), le terrorisme « cruceño » a depuis été relégué au second plan. Néanmoins, le décret 0138 est surement le coup le plus dur porté à l’opposition de Santa Cruz. De fait, toute personne soupçonnée d’être terroriste ou d’avoir des liens avec les terroristes se verra immédiatement confisquer l’ensemble de ses biens et valeurs. Aucun jugement n’aura besoin d’être rendu pour l’application de la mesure.

Evo Morales a appuyé son argumentaire sur la nécessité de condamner les traitres à la patrie ayant tenté de diviser le pays. Au-delà de l’attentat ayant engendré le décret, chaque citoyen bolivien est dorénavant potentiellement sujet à la confiscation de tous ses biens, selon le libre discrédit du « fiscal » (personne chargée de mener l’enquête). Rappelons qu’en l’occurrence, Marcelo Soza, le « fiscal » aujourd’hui en charge de l’enquête sur le terrorisme, est sous pas moins de 6 chefs d’accusation
La rhétorique gouvernementale, l’atteinte portée aux libertés boliviennes ont soulevé, à raison, un tollé au sein de l’opposition. Le président du Sénat, Oscar Ortiz, a parlé de terrorisme d’Etat. Certains médias ont pour leur part parlé de « Patriot Act Bolivien ». Indéniablement, il s’agit d’une des mesures les plus préoccupantes adoptée par Morales depuis son accession au gouvernement.

Tentant de limiter la production des effets juridiques du décret, l’opposition a dénoncé l’anticonstitutionnalité du texte, parlant de pas moins de 15 violations. Le problème, et c’est là le deuxième cas emblématique, c’est qu’il n’y a aujourd’hui plus de contrôle constitutionnel en Bolivie. Le Tribunal Constitutionnel cessera en effet de fonctionner le 26 juin prochain, suite à la démission de la dernière magistrate en poste, Silvia Salame. Les quatre autres magistrats ont successivement démissionné depuis 2007, se plaignant des constantes pressions à leur égard et d’une réduction drastique du budget de leur institution. 4000 plaintes concernant 27 000 citoyens se sont accumulées pendant les deux années. En janvier, déjà, l’Union Européenne soulignait cette faille juridique problématique.

Le gouvernement argumente que le Tribunal Constitutionnel est une institution politique car ses membres ont été nommés par les gouvernements précédents. La nouvelle constitution stipule que les membres du TC seront élus par le peuple (les candidats seront préalablement sélectionnés par l’assemblée plurinationale – chambre basse). Le gouvernement affirme donc attendre les prochaines échéances électorales pour refaire fonctionner l’institution. Dans l’entre temps, le vice président (Alvaro Garcia Linera) voit la fin du fonctionnement du TC comme positive, cela faisant  un « poste politique » de moins.

Le troisième fait emblématique est le vote de la chambre basse d’une loi autorisant l’utilisation de l’ancien registre électoral pour les prochaines élections, en cas de non établissement du nouveau patron. Cette question a précisément été l’un des points les plus importants de la nouvelle loi électorale.  La loi est encore loin d’être promulguée, le Sénat majoritairement acquis à l’opposition n’ayant pas dit son dernier mot. Néanmoins, il s’agit ici d’un énième signe de la volonté de passage en force de la majorité (alors qu’on aurait pu imaginer un déplacement de la date des élections en cas de problème). La Cours Nationale Electorale a cependant certifié qu’elle mettra en place le nouveau registre à temps, malgré les nombreux problèmes de délais et de moyens.

Au risque de me répéter, ces trois mesures permettent de dresser un énième constat du climat délétère régnant aujourd’hui en Bolivie. Au-delà de la très forte opposition politique entre majorité et opposition, le gouvernement est entrain de mettre en place un cadre juridique pour le moins problématique car largement propice à la non prise en compte voire à la mise sous silence de ladite opposition.

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Terrorisme

mai 11, 2009

Depuis un peu moins d’un mois, la Bolivie vit un scénario digne des meilleurs blockbusters hollywoodiens.  Le 15 avril 2009, un attentat fut perpétré à Santa Cruz contre la maison du cardinal Terrazas, important personnage de la vie politique et religieuse « cruceña » (de Santa Cruz) et connu pour ses prises de position contre le gouvernement d’Evo Morales. Le religieux fut sain et sauf, ne se trouvant alors pas dans son lieu de résidence. Ce qui n’empêcha pas l’ensemble de la classe politique de logiquement condamner la tentative d’assassinant, les médias l’interprétant comme une énième conséquence de l’atmosphère délétère dans laquelle est plongée la Bolivie depuis quelques mois.

La logique voulait que des partisans du MAS aient perpétré l’attentat suite aux prises de position du cardinal et aux « révélations » (de longue date) d’Evo Morales sur son athéisme (ayant provoqué pas mal de remous dans le pays) accompagnées de la proclamation dans la nouvelle constitution de la Bolivie en tant qu’Etat laïque.

Deux jours plus tard, spin off incroyable, la police lança l’assaut sur un hôtel de Santa Cruz (« Hotel de las Americas »), eduardo-rózsa-durmiendo-tuant trois individus et en capturant deux. L’incompréhension, le flou total a primé pendant les deux jours suivants. La version officielle a d’abord fait état d’échanges de coups de feu (et donc de légitime défense de la part des forces gouvernementales) jusqu’à ce que le témoignage du gérant de l’hôtel ne contredisent le discours officiel. La suite nous a appris qu’il n’y avait effectivement pas eu de coups de feu, que les hommes avaient été abattus alors qu’ils dormaient (avec des armes gros calibres … sous l’oreiller – voir la photo hallucinante ci contre, montrant que les soldats ont d’abord pris des photos avant de tirer !).

S’en suivirent deux semaines faisant état d’une situation digne d’un vaudeville. Chaque jour, une nouvelle révélation venait donner une tout autre envergure à l’affaire. Ainsi, on a appris rapidement que les trois tués furent irlandais, hongrois et croates (l’un deux ayant jusqu’à trois nationalités). Ce qui souleva logiquement les interrogations des Etats en question, qui eurent dans un premier temps une réponse plutôt sèche du président Evo Morales (pour finalement se rétracter sous les pressions au bout de quelques jours). De fait, la rhétorique étatique s’est immédiatement orientée vers le terrorisme, Evo Morales affirmant dès le départ que les « terroristes » planifiaient de l’assassiner. En quelques jours, toute la Bolivie a appris l’existence d’un nouveau mot : magnicidio (soit la volonté de vouloir assassiner le chef d’Etat). Il est difficile de relater le flou dans lequel était plongé le pays, certains points n’ayant par ailleurs toujours pas été éclaircis (quel est le rapport entre une tentative d’assassinat un clerc foncièrement à droite et la volonté de tuer un président socialiste, par exemple ?)

Petit à petit, les médias révélèrent le passé du « chef de la bande » : Eduardo Rózsa-Flores. Ledit homme était plus qu’un mercenaire. Bolivien, Croate, Hongrois, catholique puis juif puis musulman, le terroriste a aussi été journaliste (à La Vanguardia, rien que ça), réalisateur, acteur (dans un film remarqué à l’époque et biographique). Encore plus incroyable, il avait donné une interview à la fin de 2008 à un journaliste hongrois. Celle-ci ne pouvait être diffusée que s’il venait à disparaître (une sorte de témoignage posthume). Jamais la réalité n’a autant dépassé la fiction.

La suite fut non moins agitée. Après la surprise initiale, on commença à mener l’enquête. D’un côté, un enquêteur (fiscal) fut nommé par la justice : Marcelo Soza. Celui-ci est aujourd’hui très controversé, étant actuellement sous rien de moins de six… chefs d’accusation. Ce qui n’a pas empêché le corps judiciaire de lui confirmer son soutien. D’un autre côté, une commission de parlementaire s’est saisie du dossier et mène parallèlement l’enquête. Conséquence : un certain flou règne autour des avancées du dossier et sur la personne vraiment en charge.

Au niveau politique, « le terrorisme cruceño » n’a rien arrangé. L’enquête a démontré que Rozsa voulait constituer une milice pour, selon lui, « défendre » Santa Cruz.  Et qu’à terme, l’objectif était l’indépendance.

nexosIl n’en fallu pas plus pour raviver les questions brulantes de l’autonomie des quatre départements de la demi-lune. De fil en aiguille, l’enquête a directement lié l’élite politique cruceña au cas de terrorisme, le gouvernement et le fiscal allant même jusqu’à mettre en cause … le préfet de Santa Cruz (soit la plus haute autorité de la région), sans oublier les principaux entrepreneurs, d’autres personnages emblématiques (comme le vice président d’un des deux clubs de foot de la ville), ou encore une ONG bolivienne. Concrètement, l’enquête a situé le quartier général des « terroristes » au même endroit que le QG de l’opposition de Santa Cruz demandant l’autonomie. Rapidement, le fiscal Soza a affirmé que les élites ont soutenu financièrement les mercenaires, permettant même leur venue (précisons que le propos est simplifié à l’extrême).

Il y a deux semaines, Evo Morales a mis en cause la porosité des frontières (tous les miliciens ét5860G_comando_conjunto_La_Plata_en_Sana_Cruz_APant entrés illégalement sur le territoire bolivien). 40 % de l’armée a été envoyée à Santa Cruz pour les « contrôler ». L’opposition dénonça bien sur une manière détournée de mettre un peu plus la pression sur les autorités. C’est d’ailleurs toute la rhétorique des autonomistes qui abonde dans ce sens, accusant le gouvernement de profiter de l’aubaine pour tenter de les assommer définitivement. S’en suivit une levée de boucliers des 4 départements, constituant chacun des comités de défense des droits de l’homme censés contrôler et limiter les pleins pouvoirs de Soza et des députés dans l’enquête.  Le gouvernement n’y va d’ailleurs pas de main morte, accusant à tout bout de champ l’opposition autonomiste de « traitre de la patrie » voire affirmant qu’on a voulu créer … un nouveau Kosovo (ce qui mena les opposants à dire que s’il s’agissait là d’un nouveau Kosovo, alors Morales n’était rien de moins que Slobodan Milosevic).

Mais malgré les nombreuses dénonciations de l’opposition, les faits sont là : une partie des autonomistes a fait le choix de la violence. Ainsi, Carlos Alberto Guillén, vice président du club de foot Blooming s’est porté garant pour Rozsa lors de l’achat d’une voiture et a payé la première semaine d’hotel aux cinq mercenaires.

J’ai tenté de résumer au mieux les faits de ce dernier mois. La tache est pour le moins ardue, étant donné les « cataclysmes médiatiques » à répétition.

Du côté de l’analyse politique, on peut finalement discerner deux types d’opposition en Bolivie. « L’opposition horizontale » est de type parlementaire, droite/gauche, idéologique, on a pu l’observer lors du vote de la loi électorale transitoire.
Les évènements récents mettent en scène une « opposition verticale », soit une opposition entre le national et le régional, où les enjeux ne sont pas les mêmes. Le préfet Rubén Costas, mis en cause, a par exemple déclaré dans La Prensa du 5 mai 2009 que le modèle politique cherché par Santa Cruz est le socialisme et plus précisément la social-démocratie. Evo Morales ou pas, les autonomistes s’opposeraient à quelque gouvernement que ce soit, si celui-ci est contre l’autonomisation de Santa Cruz. Pour être allé récemment dans cette ville, il est vrai que l’autonomie est une revendication qui va bien au-delà de la différenciation politique et qui est réellement percevable partout (sur les édifices, dans les noms des autorités, dans les conversations – voir photo personnelle ci contre). Les revendications autonomistes de datent pas d’hier, elles ont d’ailleurs partiellement mené à la démission de Carlos Mesa en 2005 (de paire avec les mouvements sociaux). On assiste néanmoins aujourd’hui à ce qui est surement un des affrontements les plus violents entre l’Etat central et les régions les plus riches de la Bolivie. Le tout sur fond de polar , de conspiration et de grandes controverses Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’observateur politique néophyte que je suis arrive difficilement à suivre.