Archives pour avril 2008

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Les Pixies sont les rois du monde !!

avril 7, 2008

Pitchfork vient de lancer sa TV. Cette semaine, ils proposent un incroyable documentaire sur la reformation des PIXIES en 2004 : loudQUIETloud.

LoudQUIETloud a cela de génial qu’il retranscrit à merveille une très lucrative opération de reformation : des freaks ont besoin d’argent, ils n’ont pas honte de le dire, et ils sont prêt à endurer les conditions qui les ont fait arrêter.

Après une ou deux décennies d’attente, les PIXIES en sont arrivés à un point où ils n’ont pas eu d’autre alternative que de relancer la machine. Et cette machine semble les dépasser. J’ai vu les Pixies en 2006, ils m’avaient impressionné, non pour leur performance mais surtout par l’intensité de la musique interprétée, un peu malgré eux. Comme si la musique qu’ils avaient composé les dépassait, que le monde entier se l’était attribuée sans vraiment que les protagonistes comprennent comment cela avait été possible.

Du moins, cela avait été ma théorie, il y a 3 ans. Elle est confirmée aujourd’hui.

La légende a fait son œuvre. De confidentiel, les Pixies sont devenus au fil des “années post dissolution” une référence qu’il se fallait de citer si l’on voulait, un temps soit peu, être crédible. A un tel point qu’ils sont devenus de l’avis général le groupe majeur des 80’s, voire le groupe majeur du rock tout court.

  • Pendant ce temps là, le batteur est devenu magicien (il FAUT voir ses chemises) et fait des tours de magies à ses fans en première partie (quand ce n’est pas Franck Black qui s’y met !!!)…
  • Kim Deal, la bassiste qui a par la suite créé les successful breeders avec sa sœur, ne se déplace jamais sans sa sœur ou sa mère, a prohibé l’accès à l’alcool à l’ensemble du groupe dans les loges et n’a tellement pas touché à sa basse depuis tellement longtemps qu’après le premier concert, ses doigts étaient en sang…
  • Joey Santiago, guitariste, en a marre des plans foireux et des showcases bidon avec son groupe au nom et à la musique douteuse (The Martinis), composé avec sa femme…
  • Finalement le seul étant plus ou moins indemne est Franck Black Francis (quoiqu’il faut voir cette séquence où il est seul dans le bus –I am a good person- pour penser l’inverse) tentant bon gré malgré de continuer aussi son bout de chemin musical.

Les Pixies sont des légendes vivantes auprès des millions (milliards ?) de fan de rock. En vrai, ils sont plutôt pathétiques. La tournée s’annonçait triomphante (vu la rapidité à laquelle les places se sont vendues), le docu nous l’infirme (tout comme les nombreuses critiques de concert qu’on a lu depuis, ne sachant que dire devant un tel manque d’envie). Ce docu aurait pu s’appeler « l’envers du décor » ou le « pourquoi du comment ».

Franck Black : Joey named the tour – Pixies sellout ndlr –
Joey, where did you get the inspiration ?

Joey Santiago : it’s because we sold out in a minute !

INCROYABLE. De répliques du genre, le docu en est truffé !

A l’instar de Some Kind of Monster, loudQUIETloud est un de ces docus musicaux qui va au-delà de la simple opération de communication, qui nous présente autre chose que le soit disant monde magique du sex drugs and rock n roll. On a à faire ici à des bons vieux white trash qui ne peuvent toujours pas se voir, mais qui ont eu la chance et la talent de marquer plusieurs millions d’esprit durablement.

A côté de cela, les chansons fantastiques s’enchainent (U-MASS en tête) tout au long du documentaire, avec des extraits live de la tournée dans les différentes villes US, canadiennes (ou islandaises). Et la seconde partie du docu s’attarde surtout sur les problèmes de drogue du batteur et sur le futur des Pixies… On sait aujourd’hui qu’il n’y a pas grand-chose à dire. Rendez vous dans 10 ans ?

Eloquent. Voire magique. Démystificateur, ça c’est sur.

http://pitchfork.tv/ / rubrique “ONE WEEK ONLY”
http://loudquietloud.com/

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“You gotta keep the devil down in the hole…”

avril 4, 2008

Ceci est un coup de cœur. Un grand cri d’amour pour une série que j’ai découverte il y a quelques mois et dont je ne me remets tout simplement pas.

S’il fallait la catégoriser, THE WIRE serait une série policière. Par ma part, je l’apparente plus volontiers à une chronique sociale hors du commun, un portrait sans artifice d’une des villes les plus mal loties des Etats Unis, en tout cas sur la côte Est : Baltimore.

B-More

Chaque saison de The Wire est consacrée à un aspect de la ville, que ce soit les docks du port de baltimore et la communauté polonaise (saison 2), le système scolaire sans issu (magnifique, incroyable, inoubliable saison 4) ou encore le monde politique et le milieu policier tendance côté obscure (saison 1 et 4). En fil rouge, l’extrême pauvreté des populations noir américaine dans le pays occidental le plus inégalitaire.

 

L’épisode final de THE WIRE a été diffusé sur HBO en mars 2008. En 6 ans, la série a fait école, auprès notamment de sociologues ou de populations noires américaines, se reconnaissant totalement dans le quotidien des gosses de la saison 4 (par exemple).

The Wire est impressionante de noirceur, ou plutôt de fatalisme. La série ne juge pas, elle montre sans concession un quotidien où chaque protagoniste (il n’y a pas une « tête d’affiche » mais des personnages plus ou moins récurrents) se retrouve face à ses contradictions et se fait le plus souvent rattraper par « son » monde, par ses origines sociales (voir saison 4 épisode 12 par exemple – je parle beaucoup de la saison 4 car je viens de la voir).

Sociologiquement parlant, impossible de ne pas penser à la sociologie de Chicago pour analyser le propos. Politiquement, on ne peut que constater l’impuissance de chacun (lorsqu’il y a une volonté de changement), pris dans une grosse machine à broyer, intraitable.

Tant de subtilité, tant de finesse, tant de désarroi dans une série est rare. HBO (la chaine payante la plus fameuse et talentueuse des USA) nous a livré par le passé (proche) des programmes exceptionnels certes (Six Feet Under, The Sopranos que beaucoup voit comme « la meilleure série de tous les temps), mais rien, à mon avis, de l’acabit de The Wire.
Chaque épisode nous plonge dans une profonde réflexion. C’est peut être d’ailleurs plus facile de la voir du côté européen, car moins dérangeant. Aux Etats-Unis, THE WIRE a toujours été diffusé en seconde partie de soirée, elle a bénéficié d’un succès critique certain mais le public n’a pas toujours été au rendez vous. D’aucuns disent que c’est parce qu’elle met le spectateur devant ses responsabilités, qu’elle lui montre un aspect des Etats-Unis qu’il essaye d’ignorer du mieux possible.

Pas de pseudo condescendance tout de même. A quand une série française sur le milieu carcérale par exemple ? Il est bien connu que les prisons de l’hexagone sont absolument indignes de l’homme, quel qu’il soit, quoi qu’il ait fait.

 

Je pourrais m’attarder sur le fait que l’auteur principal de THE WIRE, un dénommé David Simon, est un ex policier de Baltimore, ce qui n’accroit qu’un peu plus la crédibilité du propos (qui n’est mis en doute par personne). D’autres l’ont fait mieux que moi.
Je pourrais aussi m’attarder sur les conditions de tournage de la série (dans la ville, avec des acteurs en grande majorité non professionnels).

Mais je voulais surtout faire part de cet IMMENSE coup de coeur dont on ne ressort pas indemne.

 

http://www.thewire-france.com/
http://en.wikipedia.org/wiki/The_Wire_%28TV_series%29

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“Il n’y a plus de viande !” – la première crise de Cristina et l’éternelle héritage Péroniste.

avril 2, 2008

Cristina Fernández de Kirchner fait face à se première véritable crise, depuis 3 semaines en Argentine. Bien sur, on en entend très peu parlé en France. C’est bien compréhensible : il s’agit d’un problème strictement argentino-argentin, mettant en scène la Présidente récemment élue aux prises avec les agriculteurs/éleveurs.

A l’origine ?
La décision d’augmenter de 9 % l’imposition sur les exportations de soja. D’un côté Kirchner argumente que la hausse des prix du soja et des matières premières en générale a été significative. Le gouvernement a décidé que chaque tonne de soja exportée serait par conséquent taxée à hauteur de 44 %, contre 35 % auparavant.
De l’autre côté, les grands propriétaires sont outrés, crient au vol. Contre cette « une extorsion permanente », ils ont décidé de bloquer depuis 3 semaines des centaines de routes des principales provinces du pays… Ou quand une partie de la population réputée conservatrice se transforme en une horde de piqueteros, ces mouvements de blocage massifs des routes apparus à la fin des années 90 et ayant culminé lors de la dramatique crise économique de 2001. Doux paradoxe…

Résultat ? Une pénurie totale de viande, de lait, de fruits et légumes. Car le mouvement a pris de l’ampleur, il s’est transformé en une revendication anti Kirchner. Lorsque les grands propriétaires ont décidé de lacher du lest, la nourriture destinées aux villes a tellement mis temps à parvenir qu’elle est arrivée complètement avariée. Après avoir bénéficié d’un relatif soutien de l’opinion publique, l’absence de la sacro-sainte viande commence à sérieusement peser.

Cristina Kirchner, face à cela, a mis du temps à réagir. Plusieurs semaines même. Hier, elle a cependant livré un discours sur le sujet devant des milliers de personnes sur la Plaza de Mayo. “Nous, les Argentins, nous sommes éloignés de l’enfer et nous ne voulons pas y retourner“… “ce passé golpiste qui tente un retour ne peut pas revenir car l’Argentine est aujourd’hui un autre pays, plus ouvert, plus démocratique, plus tolérant“.

Au delà des faits “exposés à la va vite” ci dessus (prenez n’importe quel article digne de ce nom pour avoir plus de précisions), le plus intéressant dans tout cela est de voir combien l’héritage historico-politique de l’Argentine est encore présent aujourd’hui et divise la population de manière plus ou moins brutale.

Impossible de ne pas penser à Juan Domingo Peron, à l’origine du péronisme, mouvement politique ayant engendré le Parti Justicialiste auquel appartient Cristina Kirchner. Résumer ici l’histoire du péronisme reviendrait à résumer l’histoire de l’argentine depuis 1943, chose absolument impossible. Pour corser le tout, les spécialistes encore aujourd’hui n’arrivent à définir le péronisme : on l’a taxé de fascisme pour les plus extrêmistes, mais populisme c’est certain. Peron avait défini son mouvement comme une troisième voie. L’après Peron fut autre chose : nombreux furent les soit disant héritiers. Le Parti Justicialiste mena d’ailleurs directement à la crise dans les annés 80 et 90, à coup de politiques ultra libérales FMIesques et de parité $/peso…

Le péronisme était surtout connu pour avoir réussi à fédérer une grande partie de la société civile derrière lui, syndicats en tête. La manifestation d’hier ayant précédé le discours de Kirchner, cette convergence de milliers de personnes vers la Plaza de Mayo, a elle aussi été organisée par le gouvernement, notamment par Nestor Kirchner, le mari de Cristina et ancien président.
Pendant les premières semaines de crise, les commentateurs se demandaient comment allait réagir la présidente. Elle a opté pour le bras de fer et le rassemblement de masse contre ces “oligarques égoistes” tout droit venus du passé, qui ne veulent pas partager les richesses. Il serait aussi utile de parler de la politique de redistribution massive des Kirchner qui leur a valu leur succès électoral. On se bornera simplement à dire que, bien qu’assurrément clienteliste, elle a tout de même permis à la population de sortir la tête de l’eau mais nécessite de gros revenu, d’où l’augmentation des impôts.

Dès le départ du discours, Cristina a affirmé “qu’il ne s’agissait pas d’une confrontation entre les péronistes et anti péronistes“, signe que la population, aujourd’hui encore, est profondément marquée par ce phénomène qu’il est difficile pour un étranger de comprendre. Depuis près d’un siècle, la vie politique a été rythmée autour de ce mouvement fondateur (qu’on le veuille ou non).

Hier cependant, Cristina Kirchner a tenté de dire dès le début que la crise actuelle n’était pas un énième phénomène liée au péronisme. Elle a préféré livrer un discours de classe. Cependant, beaucoup de médias nationaux ou internationaux basent leurs analyses sur le justicialisme, voire attribue la pénurie de viande à un clivage sociétal quasi centenaire. Et à juste titre, la meilleure preuve étant que la Présidente a, à plusieurs reprises, agité le spectre d’un passé douloureux que personne ne veut revivre.