Archives pour avril 2009

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Bolivie – approbation de la nouvelle loi électorale : suite et fin.

avril 17, 2009

Mon précédent billet traitait de l’imbroglio politique autour du vote de la nouvelle loi électorale. Mardi 14 avril, le Congrès bolivien (Assemblée + Sénat) a approuvé le texte, largement modifié, après 10 jours de tension extrême.

De fait, jeudi dernier, date de mon billet, l’opposition a décidé de ne plus siéger au Congrès jusqu’à nouvel ordre. Elle a ainsi empêché tout vote de la loi, le quorum nécessaire n’étant pas atteint. Pour la première fois depuis le vote de la nouvelle constitution, le gouvernement d’Evo Morales avait donc l’obligation de trouver un compromis avec l’opposition, sil voulait que sa loi soit approuvée et que des élections se tiennent en décembre.

Après l’échec d’une première table ronde et le départ des députés d’opposition, le nouveau président a décidé de recourir à la grève de la faim. Quelques 3000 sympathisants en ont fait de même dans les principaux départements de la majorité.

L’opposition n’a cependant pas cédé à ce qu’elle a qualifié de « chantage ». Samedi dernier, tout en continuant sa grève de la faim, Evo Morales a donné son accord pour continuer les négociations et accepter les exigences de l’opposition.

Ainsi, suite aux 4 points de désaccord, de nouvelles mesures ont été adoptées :

  • Le registre (patron) électoral va être entièrement réélaboré. Il a été convenu de mettre en place un système biométrique à la place des cartes d’électeurs en vigueur. Cette option, longtemps demandée par l’opposition, avait été dans un premier temps exclue par le gouvernement, invoquant les grandes difficultés pour sa mise en application. Finalement, la tâche sera financée grâce à la coopération internationale et à de l’argent au départ prévu pour l’achat d’un avion présidentiel. Dans le même sens, la nouvelle loi attribue à la Cour Nationale Electorale les compétences et le budget nécessaire pour pouvoir mener à bien ce nouveau dispositif avant décembre. A noter qu’aucune prise de position contre le système biométrique ne s’est faite entendre (sur une éventuelle réduction des libertés fondamentales), comme ça a pu être le cas en Europe (notamment en Suisse e ce moment).
  • Le nombre de sièges indigènes à l’assemblée a été réduit de 14 à 7 (soit un pour chaque département, à l’exception de Potosi). Comme je l’ai déjà relaté, nombre d’organisations indigènes crient aujourd’hui à la trahison, en dépit des promesses d’Evo Morales de récupérer les sièges dans un futur proche.
  • Un accord a aussi été trouvé sur le vote des boliviens à l’extérieur. Un maximum de 300 000 boliviens (soit 6% des expatriés) pourront voter à chaque scrutin. Un pays ne pourra pas concentrer plus de 50 % des votes (comme ça peut être le cas en Argentine). A l’instar des organisations indigènes, les représentants des expatriés envisagent l’éventualité d’émettre un recours, invoquant une inégalité de fait des Boliviens à l’étranger.
  • Enfin, peut être la mesure la plus emblématique : le gouvernement accepterait les statuts autonomistes votés contre sa volonté dans les préfectures de l’opposition en aout 2008. Leur adéquation à la nouvelle constitution doit cependant d’abord être prouvée (contrôle de constitutionnalité). Le gouvernement s’est donc vu obliger de faire des concessions, y compris sur les points les plus polémiques telles les autonomies des départements de la « demi lune ».

Hier, Evo Morales a promulgué la loi devant des milliers de sympathisants tout en réaffirmant sa candidature pour la présidence. La campagne pour les prochaines élections générales de décembre et avril prochain est désormais lancée.

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L’approbation de la nouvelle loi électorale bolivienne ou le théâtre d’un énième affrontement politique.

avril 9, 2009

Le 7 février dernier, la nouvelle constitution politique de l’Etat (NCPE) plurinational bolivien fut promulguée, suite à son approbation par la population par la voie référendaire fin janvier. La NCPE stipule qu’une nouvelle loi électorale doit être approuvée par les parlementaires dans les 30 jours suivant sa promulgation, afin de pouvoir poser les bases des prochaines élections générales, prévues pour décembre 2009.

Depuis le début du mois d’avril, l’actualité politique bolivienne est précisément centrée sur ce point. La nouvelle loi électorale est en effet le terrain d’énièmes tensions politiques exacerbées entre le parti d’Evo Morales (MAS – Mouvement vers le Socialisme) et l’opposition représentée par trois partis (UN, MNR, PODEMOS). Cet affrontement politique se matérialise par la « guerre » que mènent depuis une semaine les parlementaires de la chambre des députés (majorité gouvernementale, chambre basse) et du Sénat (opposition majoritaire composée de 3 partis –chambre haute).

Les trente jours sont arrivés à échéance mardi 7 avril sans que la loi n’ait pu être approuvée par les deux chambres. Le Sénat a en effet effectué de profondes modifications (lors de la navette entre du projet de loi entre les deux chambres) celles-ci ayant été à leur tour fortement dénoncées par les députés du MAS. Les principaux points de désaccord sont au nombre de 4 :

- La nouvelle loi fait la part belle à la Bolivie rurale. 64 % des députés seraient en effet désignés par « El Campo » (la campagne) alors que celle-ci ne représente que 35 % de la population. L’opposition dénonce plutôt logiquement un net avantage accordé au MAS, étant donné que la partie rurale – la plus pauvre – est dans son immense majorité acquise à Evo Morales. Par conséquent, elle demande un découpage des circonscriptions qui soit proportionnel à la population.

- Comme relaté dans un précédent post, la nouvelle loi électorale prévoit aussi la présence de 14 sièges réservés aux minorités indigènes du pays (sur un total de 127). Plusieurs problèmes cependant : les indigènes voteraient deux fois (une fois pour un député « normal », l’autre pour le député indigène), cela créant une inégalité de fait entre les citoyens. En outre, les candidats indigènes seraient uniquement désignés par des organisations soutenant le gouvernement en place (Conamaq, Cidob, Csutcb). Le Sénat dans sa nouvelle proposition réduit le nombre des sièges à … 4.

- Autre point de friction majeur : le vote des expatriés. La nouvelle loi électorale accorde en effet le droit de vote aux boliviens résidant à l’étranger (mesure plutôt répandue en Europe). Outre les très grandes difficultés que va avoir la Cour National Electorale (CNE) à mettre en place le dispositif pour décembre prochain, l’opposition fait part de sa non confiance absolue dans les ambassades boliviennes à l’étranger. Selon elle, les fonctionnaires désignés par le pouvoir en place pourraient commettre des fraudes massives en transmettant de faux résultats.

- Enfin, l’opposition, représentée par le président du Sénat óscar Ortiz exige un nouveau patron électoral affirmant que le patron actuellement en vigueur est largement propice à la fraude. Cela fait écho aux nombreuses dénonciations de fraude notamment par un rapport du Sénat lors des référendums d’Août 2008 (où Morales mettait en jeu son poste) et de Janvier 2009 (pour l’approbation de la nouvelle constitution). L’opposition argumente en effet que depuis 2007, 700 000 électeurs (soit 30 % du corps électoral) sont en situation irrégulière, bénéficiant de plusieurs cartes de vote. Ce à quoi le gouvernement répond que les derniers scrutins ont été avalisés par des observateurs de l’OEA et de l’ONU.

Le 5 avril, le Sénat a ainsi présenté le projet de loi modifié à la chambre basse en argumentant que la loi contenait 21 violations de la nouvelle constitution. On l’imagine, les réactions des soutiens au gouvernement ne se sont pas fait attendre.

Les députés du MAS ont menacé de démissionner collectivement afin de paralyser la chambre basse et de permettre à Evo Morales de faire passer la loi par décret.
Les principaux représentants des mouvements sociaux (à savoir Damián Condori, dirigeant de la Confederación Sindical Única de Trabajadores Campesinos de Bolivia, et Fidel Surco de la Coordinadora Nacional por el Cambio) ont, pour leur part, à nouveau menacé de faire pression en entourant le Congrès National (Sénat + Chambre des députés), comme ils l’avaient fait pour le vote par l’assemblée constituante de la nouvelle constitution (à l’époque, le MAS ne bénéficiait pas de la majorité des 3/5ème requis).

Evo Morales, de son côté, a convoqué les deux chambres (Congrès national) pour approuver la loi (car le MAS serait majoritaire). Cependant, dans un premier temps et avant de passer en force, le Président a tenté d’apaiser les mœurs en assurant qu’à aucun moment les députés de la majorité n’avaient parlé de démission collective et en demandant aux dirigeants syndicaux de garder leur calme.

Précisément, on aurait pu croire à une avancées majeure dans cet énième affrontement. Mardi 7 et mercredi 8 avril, le gouvernement a en effet tenté depuis deux jours d’arriver à un compromis. Álvaro García Linera, vice président, s’est employé à chercher un compromis pour avoir un vote unanime et mettant en place une table ronde composée du vice président, des présidents du Sénat et de la Chambre des députés (Edmundo Novillo), des chefs de groupes partisans et d’autres parlementaires participant en tant qu’observateurs des négociations. Dans un tel contexte de tension, cette tentative de dialogue aurait pu apparaître non seulement non négligeable mais extrêmement louable. C’était sans compter sur la suite des évènements…

Les deux camps sont arrivés à un compromis sur les sièges indigènes, le vice président acceptant de baisser leur nombre à 8. Cela a suscité un tollé dans les organisations indigènes de soutien, Adolfo Chávez président de la Conderación de los Pueblos Indigenas de Bolivia (Cidob) ayant parlé d’acte de trahison et n’ayant pu cacher ses larmes… En revanche, impossible de s’entendre sur le terrain du patron électoral ni du vote des étrangers.

Depuis la nuit passée, les évènements ont pris un tournant quasi violent. Le congrès siège depuis plus de 20 heures dans une session fleuve. Les parlementaires en sont quasi venus aux mains lors des débats, sans parler des insultes à répétition. Les députés et les mouvements sociaux réitèrent leurs menaces. Pire même, Evo Morales a décidé de se mettre en grève de la faim. Plus que jamais, la Bolivie est déchirée par ses affrontements idéologiques.

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Chronique d’une victoire historique.

avril 2, 2009

Hier, mercredi 1 avril 2009, l’équipe nationale de football de Bolivie a humilié (selon les termes de la presse internationale) l’Argentine, dans le cadre des éliminatoires pour la participation à la prochaine coupe du monde football, 6 buts à 1.

70ème minute.

– Cual es el resultado?

- Cinco a Uno

- Carajo, somos los peores!

- No! ¡Cinco a Uno para Bolivia!

(Quel est le score?/Cinq à Un!/Putain, on est vraiment nul/Non ! Cinq à un pour la Bolivie !).

Si j’avais tenté de résumer l’esprit bolivien hier, juste avant le début du match, je n’aurais pas fait mieux. Cet échange de mots en dit sacrément long sur l’impossibilité théorique de victoire, côté bolivien.

24ème minute : Le gardien, Arias, se troue littéralement, et suscite la consternation générale. La Bolivie menait 1-0, elle se fait rattraper.

Mon pote Roger :

- Imbécil. Este Arias es un idiota. Que verguenza. Esos gauchos de mierda nos van a pegar.


A l’instar du continent européen (et surement du reste de l’humanité), le continent sud américain est traversé par les stéréotypes que chaque peuple entretient sur l’autre. A la différence près que ceux-ci sont plus ou moins les mêmes dans toute la région.

Exemple ? Les Chiliens et les Argentins sont les plus arrogants (et les plus blancs). Les Vénézuéliens sont des chauds du slip. Les Boliviens sont des bouseux.

Le problème, c’est que ces stéréotypes aussi bidons que prégnants ont déteint sur l’auto perception bolivienne. Depuis un mois que je suis ici, j’ai pu observer nombre de fois que les Boliviens se considèrent « en dessous » et se dévalorisent perpétuellement.

Le foot ne déroge évidemment pas à la règle. Et le fait que la Bolivie soit avant dernière au classement et ne se soit pas qualifiée pour une coupe du monde depuis plus de quinze ans n’arrange pas grand-chose.

33ème minute : Bolivie 2 – Argentine 1.

Ma pote Make :

- Disfrutenlo. No va a durar eso. Con este idiota de Arias, van a ganar 6 – 2. ¡Ya veras!

(ça ne va pas durer avec cet idiot de gardien, ils vont gagner 6-2, tu verras!)

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Rien n’y fait, la défaite était soit disant ineluctable. Les médias racontaient que les 45 000 supporters boliviens à La Paz étaient venus pour voir les « étoiles argentines briller ». En espérant que leurs compatriotes sur le terrain ne se fassent pas trop taper. Sans parler des paris unanimes sur la victoire argentine ou encore de l’imploration collective du dieu Maradona d’y aller mollo.

Bolivia jugo como nunca pero perdio como siempre” (La Bolivie a joué comme jamais mais a perdu comme toujours…).

C’est la devise générale à la mi-temps. Malgré le 3-1 pour la Bolivie. Bon, tout le monde refait ses pronostiques tout de même. Parce que personne n’avait prévu ça au bout de 45 minutes (résultats les plus populaires : 1-1 ou 2-0 pour les Argentins). Certains téméraires osent même prédire une victoire 4-3 sur le fil pour la Bolivie. Le rêve est permis. Mais on se prépare quand même à la gifle que va nous foutre la réalité.

Les joueurs, eux, n’avaient pas vraiment l’air Boliviens pour le coup. Rien à faire des 3 défaites et 6 nuls jusque là. Football limpide, imparable, devant des Argentins trop occupés à essayer de respirer pour courir après le ballon. Messi s’est transformé en tomate, Tevez en escargot.

53ème Minute : Magnifique but de Botero, le héros du match. Je ne peux m’empêcher de souligner que Tevez est sur le point de faire un arrêt cardiaque.

Mon pote Chilo :

- La altura no tiene nada que ver con eso carajo! Casi nunca ganamos, eso es la mejor prueba.

messi


L’altitude… Un sujet sur lequel le visiteur lambda ne ferait mieux pas s’embarquer en discutant  foot avec l’autochtone. L’altitude est l’excuse du reste du monde pour justifier ses pauvres résultats footbalistiques en Bolivie, le cas échéant. Pour les plus néophytes, les 3600 mètres du Stade Hernando Siles de La Paz a été une affaire nationale, suite à l’interdiction par la FIFA de jouer à une telle altitude, faute d’oxygène.

L’arroseur arrosé, dans ce contexte, c’est Maradona. L’ex bibendum a largement fait campagne pour que la Bolivie puisse continuer à jouer si haut et doit surement s’en mordre les doigts aujourd’hui.

foot

Mais bon, le manque de globule rouge n’est quand même pas l’unique raison. Douze ans que la Bolivie n’avait pas gagné contre l’Argentine. Et puis 6 – 1 quand même ! Soit la pire défaite de l’histoire argentine dans des éliminatoires pour la coupe du monde. Et la première défaite de Maradona en tant qu’entraineur. Même de celle-ci, les Argentins s’en rappelleront. Au moins, ils pourront continuer à dire que leur idole ne fait jamais les choses à moitié.

La rumeur avant le match est qu’Evo Morales avait promis 1000 $ à chaque joueur pour chaque but marqué.

83ème minute : Bolivie 6 – Argentine 1.

Mon pote Roger :

- El Evo va a echar el que ha tenido la fantástica idea de pagar los jugadores con esas primas jajaja ! (Celui qui a soumis cette idée à l’Evo va pas tarder à se faire virer !)

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Sauf qu’en fait, c’est une entreprise du département de Santa Cruz qui avait fait la promesse, pour l’ensemble de l’équipe. Total ? 66 000 $ pour chaque joueur à se répartir. Peu importe la véracité du « qu’en dira-t-on », les Boliviens, hilares, ont remercié Morales pour la soit disant motivation insufflée aux troupes. Et ce toute la nuit, paradant dans la rue, comme si ils venaient de se qualifier pour Afrique du Sud 2010.

978670(raclée inoubliable)

Le lendemain, soit aujourd’hui, les quotidiens parlent de raclée, on bombe le torse, échange des regards complice sdans la rue en contemplant les différentes unes de quotidien. Et le sponsor principal de l’équipe s’est offert une campagne nationale : “BOLIVIA, el único país en el mundo donde $us 12,5 millones (soit la valeur cumulée des joueurs boliviens) valen más que $us 500 millones (valeur cumulée des Argentins). Bolivia 6 – Argentina 1. Felcidades Bolivia!!

Make, elle, peut pas s’empêcher de rajouter :

- Hasta la proxima derrota! (en attendant la prochaine défaite)

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