Archive de la catégorie «Actualité»

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Yes they can, renchérit Ban Ki-moon

octobre 27, 2009

Je me permets juste de mentionner la tribune de Ban Ki-moon publiée dans le NY Times il y a deux jours, faisant écho à celle publiée par Kerry et Graham il y a une dizaine de jour.  Plus que jamais, le secrétaire des Nations Unies urge les parlementaires états-uniens de faire passer le texte avant Copenhague (tout en félicitant l’accord bipartisan trouvé) et entrevoit la possibilité d’une absence de “deal” sans cela. La tribune est volontairement optimiste mais n’arrive tout de même pas à cacher l’inquiétude généralisée qui se profile…

U.S. leadership is crucial. That is why I am encouraged by the spirit of compromise shown in the bipartisan initiative announced last week by John Kerry and Lindsey Graham. Here was a pair of U.S. senators — one Republican, the other Democratic — coming together to bridge their parties’ differences to address climate change in a spirit of genuine give-and-take.

We cannot afford another period where the United States stands on the sidelines. An engaged United States can lead the world to seal a deal to combat climate change in Copenhagen. An indecisive or insufficiently engaged United States will cause unnecessary — and ultimately unaffordable — delay in concrete strategies and policies to beat this looming challenge.

[...]

Can we seal a comprehensive, equitable and ambitious deal in Copenhagen that will reduce greenhouse gas emissions and limit global temperature rise to a scientifically safe level? Can we catalyze clean energy growth? Can we help to protect the most vulnerable nations from the effects of climate change? Can we expect the United States to play a leading role?

The best answer to all these questions was given last week by Senators Kerry and Graham: “Yes, we can.”

C’est toujours intéressant de voir à quel point la vie politique nationale définit et conditionne les agissements d’un pays au niveau international. Sans le passage d’une loi avant Copenhague, les représentants des USA ne pourront pas négocier de baisse des émissions au niveau global et signer un éventuel traité. Même avec cela, les USA pressionent toujours pour une limite d’émission propre à chaque  Etat, au lieu d’une limite globale (comme c’était le cas avec Kyoto). En poussant un peu, on pourrait tout de même dire que la réussite de Copenhague dépend de 100 Sénateurs Etats-Uniens… Comme dirait Ban, “en tant que peuple, en tant que nations, en tant qu’espèces, nous coulons ou nageons ensemble“.

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Suite des péripéties de la loi sur le changement climatique aux Etats-Unis

octobre 22, 2009

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Dans un billet fleuve datant de juin dernier, je résumais les principales mesures proposées par le projet de loi Waxman-Markey sur le changement climatique aux Etats-Unis. La loi était passée à l’arrachée à la chambre basse, les moins optimistes prévoyant de toute façon un enterrement au Sénat. Car pour que le texte passe au Sénat, il faut 60% des voix (soit … 60 voix), plus que la majorité simple requise en chambre basse (pour un détail sur les modalités de vote d’une loi aux USA, voir le très bon topo du Sénat français). Les sénateurs démocrates sont 56. Mais comme on a pu le voir, cela ne veut pas dire grand-chose, nombre d’élus démocrates étant plutôt sceptiques sur la loi et les retombées qu’elle aurait sur leurs électeurs. Il faut donc une fois encore trouver un accord bipartisan.

Toujours est-il que fin septembre, les Sénateurs John Kerry et Barbara Boxer ont proposé leur projet de loi sur le changement climatique. Le plus surprenant ? Celui-ci y va encore plus fort que le projet de loi Waxman-Markey !

A 2 mois du sommet de Copenhague, il semble que la loi n’aura pas le temps de passer (il faut encore qu’elle fasse la navette et elle n’a de toute façon même pas été approuvée par le Sénat, étape ô combien fondamentale), ce qui selon toute vraisemblance signe la mort d’un traité à Copenhague. Ce qui n’empêche pas le prix Nobel de la paix Barack Obama de faire un discours devant les Nations Unis sur le péril du changement climatique (l’hôpital qui se fout de la charité ? En tout cas, à entendre le discours, on a l’impression qu’il s’adresse plus aux états-uniens qu’à l’ONU)

Pourquoi en parler si concrètement si rien ne s’est passé alors ? Tout d’abord pour commenter les éléments nouveaux (sachant que le texte est entrain de passer en commission et qu’il risque de subir une fois de plus les foudres des lobbyistes). Surtout, pour dire que le Sénat n’a, paradoxalement, jamais été aussi près d’un vote.

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Quoi de nouveau ? Le projet de loi Kerry-Boxer et son titre éloquent. Il est plus avancé au niveau environnemental, économique et politique :

  • Environnemental : L’« avancée » la plus emblématique ? Le texte propose une réduction de 20 % des émissions d’ici 2020 par rapport à celle de 2005. C’est 3 % de plus que le projet de loi waxman-markey, ce qui est plutôt courageux étant donné déjà les gros doutes lors du vote par la chambre des représentants. Le texte prévoit aussi d’encourager les transports écolo (transports en commun, vélos etc.) en leur octroyant un pourcentage des revenus du futur marché du carbone. A noter aussi la proposition d’une régulation des usines au charbon.
  • Politique : clairement le domaine le plus intéressant. Car pour faire voter leur projet, les sénateurs démocrates ont besoin de républicains. On ne joue plus seulement sur la fibre « indépendance énergétique ou augmentation des emplois grâce à une économie verte ». On est clairement  dans l’optique « le projet de loi est une opportunité de redonner aux USA leur rôle de leader, à Copenhague notamment ». Ce qui me surprend toujours étant donné l’étendu de l’(in)action des USA en faveur du climat ces dernières centaines d’années.

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Car paradoxalement, l’effervescence est de mise aux USA suite à la publication début octobre d’une tribune commune dans le NY Times de Kerry et Lindsay Graham, un sénateur républicain très proche de McCain. La tribune s’appelle … « Yes we Can (passe the climate change legislation).

On peut y lire que (traduction personnelle) les sénateurs “refusent d’accepter l’argument que les USA ne peuvent pas mener le monde dans le combat contre le changement climatique”.

Un autre passage plus loin en VO insiste sur la nécessité de trouver un accord bipartisan : “But we speak with one voice in saying that the best way to make America stronger is to work together to address an urgent crisis facing the world.”

Idéalement, toujours selon la tribune commune du NY Times, la loi “empower our negotiators to sit down at the table in Copenhagen in December and insist that the rest of the world join us in producing a new international agreement on global warming.”

Et puis une telle législation serait selon le texte un sacré coup de pouce à la sécurité nationale puisque “we know that sending nearly $800 million a day to sometimes-hostile oil-producing countries threatens our security.”

Bon, certes, c’est l’Européen en moi qui parle. J’ai toujours eu du mal avec la rhétorique états-unienne en matière de politique extérieure (ce côté messianique). Clairement, il y a aussi l’enjeu de faire passer la loi en convainquant l’opposition. D’ailleurs, un tel ralliement grand public laisse augurer du meilleur pour l’avenir de la législation. D’autant plus que Lisa Murkowski, sénatrice républicaine de l’Alaska a aussi donné son soutient au projet de loi suite au papier paru dans le NY Times.

Très pragmatiquement, on ne peut que s’en réjouir puisque ce projet serait la première vraie avancée pour réduire les émissions de carbone nord-américaines. Et que ça pourrait créer une amorce de mouvement global (l’Europe elle n’a pas attendu pour agir) et donc un succès de Copenhague (qui parait bien mal engagé). Soulignons d’ailleurs que la proposition de loi Kerry-Boxer prévoit que l’Agence de Protection Environnementale émette des rapports annuels sur l’avancée des politiques de lutte contre le changement climatique grands pays « en développement » (comprendre la Chine et l’Inde surtout). Officieusement, c’est surtout un moyen de mettre la pression sur la Chine (à mon humble avis).

Last but not least, il faut noter que les républicains n’ont tout de même pas accepté de sauver la terre gratuitement (en gardant toujours à l’esprit que le texte peut encore très largement être changer avant et après le vote, si vote il y a). Deux conditions ont été mises sur la table pour que Kerry et Boxer obtiennent leur deal :

  • Autre condition : que le moratoire fédéral sur le forage (valide jusqu’en 2012) dans les eaux territoriales du pays soit levé. Il s’agit là d’un vieux serpent de mer faisant écho à un débat en juin 2008. Devant la flambée des prix du pétrole, W Bush voulait lever un moratoire fédéral existant depuis 1982 et empêchant toute plateforme au large de certaines côtes états-unienne. Persuadés qu’il se cache des mannes de pétrole sous la croute terrestre maritime, Bush et ses amis du lobby pétrolier voulaient commencer à forer tous azimut, soit disant pour faire baisser le cours du pétrole (car la découverte de gisement permettrait d’endiguer temporairement le pic oil) et surtout pour favoriser l’indépendance énergétique des USA. Sauf que les Etats concernés s’étaient largement opposés à une telle mesure (Schwarzy en tête), devant les dégâts que cela pourrait causer. Dans tous les cas, on estime la manne au maximum à 100 000 barils supplémentaires par jour (soit une goute d’eau). Climate Progress (encore lui) fait l’analyse suivante : un jour ou l’autre, cela va arriver puisque le pétrole sera de plus en plus rare. Autant gagner un accord pour faire passer la loi (très pragmatique). Et puis selon le même blog, les firmes pétrolières n’arrivent même pas à exploiter les ressources déjà présentes (34 millions de barils offshore !), la question est donc surtout idéologique.

Rendez vous au prochain épisode. Il s’agit surtout de savoir aujourd’hui si la loi va passer ou non avant Copenhague (qui s’approche à grands pas). Apparemment ça ne sera pas le cas. Nombre d’analystes insistent cependant sur le fait que sans le passage d’une loi sur le changement climatique avant le sommet, PAS DE TRAITE SIGNE. Car les négociateurs des Etat-Unis doivent avoir une base juridique pour s’engager sur une réduction des émissions au niveau international. Et il est bien sur hors de question qu’un nouveau traité se signe sans la ratification des USA par la suite (comme ça a été le cas avec Kyoto).

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Et ça passe !

juin 29, 2009

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La chambre des représentants des Etats-Unis a voté le projet de loi Waxman-Markey sur le changement climatique samedi dernier ! Historique selon les médias spécialisés.

Comme je l’ai écrit dans le précédent post, rien n’est encore fait, le projet devant encore être voté par le Sénat. Et pour cause ! Heureusement que le projet n’avait besoin que d’une majorité simple : le projet a été accepté avec … 7 voix d’avance (219 vs 212). Obama a qualifié l’évènement “d’étape courageuse et nécessaire“. Les débats  pré vote ont apparemment été houleux mais on peut qualifier le vote de “bipartisan” puisque pas moins de … 48 démocrates ont voté contre et 8 républicains pour.  Il est cependant permis de douter de l’avenir de la loi, étant donné la très maigre majorité qu’elle a eu à la chambre basse (et la majorité plus exigeante demandée au Sénat – cf mon post précédent là encore).

Al Gore a salué l’évènement, parlant aujourd’hui d’un rôle historique du Sénat pour notamment aider les USA à … restaurer leur leadership mondial. Rendez vous dans 7 – 9 mois pour la suite des évènements. En attendant, je ne peux que saluer un tel résultat. Et espérer que le texte ne soit pas trop travesti par la chambre haute (on peut même se prendre à rêver d’une hausse de la limite d’émission fixée d’ici à 2020).

Prochaine étape très importante de la vie législative US : le projet de loi sur la santé. Et ça promet d’être autrement plus difficile que le changement climatique !

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Le projet de loi états-unien sur le changement climatique – enjeux, tenants et aboutissants

juin 23, 2009

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Ce projet de loi est l’un des plus importants jamais introduit au Congrès. Il a une envergure morale similaire à la loi sur les droits civils des années 60 ou au Plan Marshall – Al Gore

Depuis le début du mois de mai 2009, la vie politique états-unienne est largement animée par les débats autour du American Clean Energy and Security Act (ACESA), aussi connu sous le nom de « Climate Change Bill » ou encore « projet de loi Waxman-Markey », du nom de ses auteurs. Mais pourquoi, comme l’a déclaré Al Gore, ce projet de loi est il si important ? Et quels en sont les tenants et aboutissants au niveau national comme international ?

Le projet de loi Waxman-Markey est vaste et a suscité de nombreuses interrogations. Pire même, ses instigateurs mènent depuis un mois des négociations acharnées pour le faire passer le plus rapidement possible afin qu’il soit ensuite soumis au Sénat, étape autrement plus difficile. Le texte doit en effet être voté dans la chambre haute à plus de 60 % (contre un vote à la majorité simple à la chambre basse). Or, les sénateurs démocrates bénéficient d’une faible majorité. En outre, les démocrates sudistes du Congrès sont clairement sceptiques, ayant peur des répercutions du texte sur leur industrie fortement polluante. Sans parler des Républicains qui se battent pour au moins vider le texte de son contenu.

Le Climate Change Bill a, de fait, subi de très nombreuses modifications depuis sa version initiale.suivre la trajectoire du texte permet de saisir la complexité de la manière de fonctionner du législatif états-unien. Et notamment l’immense rôle du lobbying Au-delà de l’enjeu environnemental fondamental, .

Le projet a d’abord était présenté comme très ambitieux, étant d’abord crédité (noté) par les greens (écolos) d’un honorable B + pour ensuite petit à petit se voir reléguer à un médiocre B -, suite aux nombreuses concessions faites par les parlementaires Waxman et Markey aux industries.

Tout d’abord, je vous propose un bref résumé des principaux points de l’ACESA, dans son état actuel, après avoir subi de nombreux changements suite aux longues négociations avec les lobbies. Si vous voulez connaître en profondeur les modalités du texte, vous pouvez trouver un ici un long résumé ainsi qu’un très bon résumé du résumé sur lequel je me suis appuyé ici (en anglais).

Principaux points du projet de loi Waxman-Markey :

  • 20% de l’électricité produite par les entreprises de service dans le domaine devra être propre (efficacité énergétique, énergies renouvelables) d’ici à 2020.
  • Des investissements conséquents dans les nouvelles technologies. D’ici à 2025,  $90 milliards sont prévus pour les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique, $60 milliards pour la séquestration de carbone, 20 milliards pour les véhicules propres et $20 milliards pour la recherche/développement.
  • De nouveaux standards d’économie d’énergie pour les secteurs du bâtiment, de l’industrie ou encore de l’électro ménager.
  • Protéger le consommateur de l’augmentation des prix de l’énergie. Selon l’Agence de Protection de l’Environnement US, les dispositifs mis en place par le projet de loi permettrait de limiter les couts : le cout de revient quotidien pour chaque foyer états-unien serait l’équivalent du prix d’un … timbre poste.
  • La réduction des émissions de carbone états-unienne de 17% d’ici à 2020 et de 80% d’ici à 2050 par rapport aux taux de 2005. A ce titre, et à l’instar du schéma de l’Union Européenne (EU-ETS), le projet prévoit l’établissement d’un marché du carbone à partir de 2012. Les entreprises des principaux secteurs émetteurs (pétrole, électricité) émettant plus de 25 000 tonnes de carbone par an se verront attribuer des quotas d’émission afin d’atteindre les pourcentages cités. Un marché de permis sera ainsi créé : les entreprises étant en dessous de leur limite pourront revendre leur permis tandis que les entreprises en excédent seront dans l’obligation d’en acheter pour respecter leurs quotas (pour chaque tonne de carbone ou équivalent en excédent, l’entreprise devra acheter un permis). C’est ce que l’on appelle un système « cap and trade ». Les entreprises pourront aussi utiliser les mécanismes de compensation (système « baseline and credit ») type Mécanisme de Développement Propre du Protocole de Kyoto (« carbon offsets ») pour atteindre leurs quotas. Ils ne pourront cependant pas acheter plus de 2 milliards de ce type de certificat par an, la moitié devant provenir des Etats-Unis.

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Après toutes ces années de déni, après toutes ces années d’inaction, nous avons enfin l’opportunité de faire un immense pas en avant en matière de changement climatique. Le projet de loi Waxman-Markey est imparfait, il est parfois décevant mais il représente une avancée concrète et immédiate. La planète n’attendra pas Paul Krugman

Malgré de fortes critiques, le projet de loi reste aujourd’hui le texte le plus important en la matière dans l’histoire du pays. Hélas, comme je l’ai écrit peu avant, absolument rien ne certifie qu’il sera adopté, ne serait ce qu’à la chambre basse. Il doit tout d’abord être approuvé par pas moins de 8 comités de la Chambre des Représentants (sortent de Commissions de l’Assemblée Nationale en France). Les médias ont largement couvert son approbation par le Comité de l’Energie et du Commerce le 21 mai, sans toutefois préciser que la route était encore longue. Nancy Pelosi, présidente de la Chambre, table sur une approbation ce vendredi ou lors de la première semaine de juillet. Le texte doit être voté au plus vite, au risque de se voir enterré dans des négociations sans fin et de voir d’autres textes d’envergure (le projet de loi sur le système de santé) prendre les dessus.

catLes débats sur le sujet ont été houleux. Les principaux lobbies du pétrole, du charbon et des autres grands pollueurs ont tout fait pour que le projet soit abandonné ou en tout cas vidé de son contenu.  A noter tout de même que l’ensemble de l’industrie US est loin d’être contre le projet de loi (ils sont réalistes), à l’instar du géant CATERPILLAR.
Il y a quatre points d’accroche majeurs : les limites globales fixées ainsi que les délais de la mise en place du marché du carbone, l’utilisation des systèmes de compensation pour faciliter l’atteinte des quotas, les contenus des standards fixés pour les différents secteurs et enfin, le plus important, l’attribution de rabais ou de crédit gratuit lors des premières années pour les entreprises les plus « en danger ».

L’objectif initial du texte était une réduction globale des émissions de 20% par rapport aux taux de 2005, d’ici à 2020. Finalement, les négociations sont tombées d’accord sur 17%. Soulignons aussi que la référence de l’année 2005 est largement contestable, le Protocole de Kyoto prenant par exemple appui sur les taux de 1990. Certes, il prône d’ici à 2012 une réduction globale de 5% des émissions, mais pour nombre d’observateurs, 17% est un taux encore bien trop faible. Même si certains affirment que c’est avant tout la mise en place le plus rapidement possible d’un tel dispositif qui est le plus important.

Mais la question la plus polémique est celle suscitée par les rabais ou plus précisément l’attribution de crédits gratuits, inévitables selon Waxman pour pouvoir faire voter le texte. On estime que pas moins de … 55% (!) des crédits seront donnés gratuitement lors des … 10 à 15 premières années de fonctionnement du marché ! Le principe est d’accorder des crédits gratuitement pour permettre aux entreprises de dépasser leur limite sans avoir à payer. Le but fondamental de ces « cadeaux » est de protéger le consommateur contre une subite hausse des prix. Les industries de l’électricité, plus grandes émettrices, répercuterait en effet leurs couts de transition vers les énergies propres sur les factures, ce qui provoquerait, on s’en doute,  une grogne générale. Ce secteur bénéficierait de la plus grand part du gâteau (30% du total des émissions prévues). Outre l’accompagnement de la transition vers la propreté, le but de ces rabais est aussi de limiter les « délocalisations » vers les pays où il n’y a pas de limites. On craint en effet l’émergence de « paradis fiscaux » du carbone (en premier lieu la Chine) où un grand nombre d’entreprise déplacerait leur production pour ne pas avoir à subir le joug des limites fixées par les Etats-Unis. A noter que ce risque est global et est largement pris en compte dans les négociations actuelles pour, espérons le, le prochain traité signé lors du décisif sommet de Copenhague à la fin de l’année.

Voilà les taux d’attribution, alloués selon des modalités et des périodes différentes. On observera que presque l’ensemble des secteurs concernés reçoit sa petite ristourne… Nombre d’écolos ont de ce fait largement fustigé voire condamné ces concessions. Ils ont notamment fait référence à l’échec qu’ont été les deux premières années de l’EU-ETS (2005 – 2007), lorsque le marché du carbone n’a servi à rien si ce n’est à permettre à nombres d’entreprises de grassement se payer. Le nombre de crédits délivrés avaient été trop grand : les entreprises, sans changer leurs stratégies, avaient atteint leurs limites facilement et revendu tous les crédits censé les aider (ce qui avait par conséquent entrainé une chute vertigineuse du prix du carbone)… Cependant, comme l’explique très bien le meilleur blog US sur le changement climatique, l’Union Européenne, grâce à ce système qui aujourd’hui marche du tonnerre, respectera ses engagements vis-à-vis du Protocole de Kyoto.

Et puis, le Climate Change Bill a appris des erreurs du passé… 80% des crédits gratuit seront octroyés à des entreprises régulés. Grâce à un scrupuleux contrôle, le bénéfice des crédits sera entièrement pour le consommateur, il n’y aura pas moyen d’en tirer un quelconque bénéfice.

krugmanEn dépit de tous ces cadeaux et ces concessions (il y en eu d’autres notamment sur les standards d’économie d’énergie), le très écouté Krugman affirme que cette loi doit absolument passer car elle créera un stimulus pour une réduction des émissions et l’adoption de nouvelles stratégies vertes. Et puis il parait que malgré tout ça, la loi permettrait une réduction des émissions équivalente aux émissions de la moitié des voitures sur terre, soit 500 millions de véhicules. Si ça, ce n’est pas un argument en béton armé franchement…

La volonté d’Obama de faire absolument passer la loi n’est pas que de l’angélisme écologique. Le vote du projet va bien au-delà du niveau domestique, conditionnant le sort des Etats-Unis au niveau international, économiquement et politiquement parlant.

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La nation leader dans les énergies renouvelables sera la nation qui dominera l’économie globale du XXIème siècle – Barack Obama

Tout d’abord, comme on le voit avec la citation, Obama lie l’écologie avec l’économie au niveau national. Il a très bien compris que le green business est l’avenir et qu’il est temps de s’y mettre après les huit années Bush. Les USA ont clairement un train de retard sur l’Union Européenne, voire sur la Chine qui mise depuis bien longtemps sur le secteur, ayant parfaitement compris qu’est en jeu leur future position au niveau de l’économie mondiale. Les anti « Climate Change Bill » ont trop peur des conséquences des ajustements qu’il faudra faire à court terme. Cependant, ce petit effort permettra à court et long terme de sauver l’environnement en faisant plein d’argent ! (J’entends les décroissants hurler. De savoir si la croissance verte est un mythe ou non est un autre débat – j’aurais pour ma part plutôt tendance à penser que c’est une chimère ou en tout cas qu’elle seule ne résoudra pas tout)

L’enjeu est donc double : l’ACESA permettra de créer moult emplois et aidera les USA à gagner le leadership dans le domaine de la construction et de la vente des technologies propres. A ne pas oublier non plus l’argument géopolitique : la loi Waxman-Markey permettrait de largement réduire la dépendance aux énergies fossiles…

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Je suis aujourd’hui plus optimiste que je ne l’étais auparavant sur le fait que les Etats-Unis puissent jouer un rôle majeur sur ce sujet, de paire avec l’Europe qui a été devant nous ces dernières années – Barack Obama

Dernier point de ce billet fleuve (et oui, ça me passionne !) : l’enjeu international. Le changement climatique peut aussi être un moyen de revenir sur le tout-devant de la scène internationale. Quoiqu’on en dise, les mandats de Bush ont été un désastre pour l’hégémonie US. La crispation de ‘l’Empire’ et son usage de la force (Irak) a donné une impression très vivace que celui-ci était sur le déclin et qu’on vivait les derniers soubresauts du monde unipolaire post-URSS. La stratégie de reconquête des cœurs d’Obama depuis son arrivée au pouvoir traduit, à mon humble avis, un changement total d’orientation. Fini le « vous êtes avec ou contre nous », les USA tente de redevenir un grand frère admiré de tous (c’est bien parti !). En ce sens, il doit faire preuve d’exemple. Aucune leçon ne peut être donnée tant qu’on ne balaye pas devant sa porte… On peut stigmatiser autant qu’on veut la Chine pollueuse, la désastreuse situation environnementale actuelle de notre belle planète est avant tout due aux émissions des 50 dernières années de « l’Occident » (et de la défunte URSS). Les Républicains affirment ne pas vouloir bouger tant que la Chine ne bouge pas. Obama a bien raison de penser que c’est l’inverse qui est vrai : pour arriver à ce que la Chine accepte d’adopter des limites d’émission, il faut que les Etats-Unis montrent l’exemple, et non l’inverse. Pour entrer dans toute négociation, la Chine exigeait cependant que les pays développés s’engagent à réduire leur réduction de 40% d’ici à 2020.

L’ACESA permettrait donc aux USA de dire au niveau international : « nous faisons nous aussi des efforts, nous voulons jouer les premiers rôles dans les négociations actuelles pour le futur Traité ».

Nous touchons donc à la fin de ce pavé. Bravo à ceux qui sont arrivés jusqu’au bout. La question à 10 000 $ est de savoir si ce projet va être voté par la Chambre des Représentants. Et si oui, quand et dans quel état. Les tractations continuent et je me dis parfois que je n’aimerais pas être à la place du député Waxman en ce moment qui se bat sans répis pour arriver à ses fins sans vendre son âme au diable (certains disent que c’est déjà fait). Il parait que ce sera pour ce vendredi, la semaine en cours ayant été qualifiée de rien de moins que « l’energy week ». La pression vient d’ailleurs d’être mise avec la sortie d’un nouveau rapport gouvernemental sur les conséquences du changement climatique aux Etats-Unis. En tout cas, le sujet est passionnant. J’espère avoir aidé à un peu mieux comprendre que ce projet est un bien plus qu’une loi en devenir. A mon humble avis, elle conditionne la future situation politique, économique et géopolitique des Etats-Unis dans les années à venir.

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Patriot Act bolivien

juin 8, 2009

Les débats (affrontements ?) les plus récents en Bolivie portent sur la nouvelle dénomination de l’Etat bolivien. D’un côté comme de l’autre, on commente largement le fait que le pays ne soit officiellement plus une République (ce qu’elle était depuis 200 ans) mais un Etat Plurinational. Le changement de dénomination reflète les transformations actuelles du cadre juridique et institutionnel bolivien, au-delà du vote d’une nouvelle constitution. De fait, la vie politique bolivienne est aujourd’hui caractérisée par nombre de mesures entachant plus ou moins gravement l’Etat de droit. Court résumé de 3 décisions récentes emblématiques du contexte actuel :

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Le 20 mai 2009, le président Evo Morales a signé (et donc approuvé) le très polémique Décret Suprême n°0138. On peut raisonnablement parler d’entaille majeure à l’Etat de droit bolivien, le décret signant la fin de la présomption d’innocence pour les « terroristes ». Comme je l’ai signalé dans un précédent billet, il a régné pendant un mois un contexte de chasse aux sorcières malsain, suite à un attentat contre un clerc important de Santa Cruz. La stratégie gouvernementale étant semblable au coup d’éclat permanent (je pense  ici au qualificatif des médias/analystes pour première année « d’hyperprésidence » de Nicolas Sarkozy), le terrorisme « cruceño » a depuis été relégué au second plan. Néanmoins, le décret 0138 est surement le coup le plus dur porté à l’opposition de Santa Cruz. De fait, toute personne soupçonnée d’être terroriste ou d’avoir des liens avec les terroristes se verra immédiatement confisquer l’ensemble de ses biens et valeurs. Aucun jugement n’aura besoin d’être rendu pour l’application de la mesure.

Evo Morales a appuyé son argumentaire sur la nécessité de condamner les traitres à la patrie ayant tenté de diviser le pays. Au-delà de l’attentat ayant engendré le décret, chaque citoyen bolivien est dorénavant potentiellement sujet à la confiscation de tous ses biens, selon le libre discrédit du « fiscal » (personne chargée de mener l’enquête). Rappelons qu’en l’occurrence, Marcelo Soza, le « fiscal » aujourd’hui en charge de l’enquête sur le terrorisme, est sous pas moins de 6 chefs d’accusation
La rhétorique gouvernementale, l’atteinte portée aux libertés boliviennes ont soulevé, à raison, un tollé au sein de l’opposition. Le président du Sénat, Oscar Ortiz, a parlé de terrorisme d’Etat. Certains médias ont pour leur part parlé de « Patriot Act Bolivien ». Indéniablement, il s’agit d’une des mesures les plus préoccupantes adoptée par Morales depuis son accession au gouvernement.

Tentant de limiter la production des effets juridiques du décret, l’opposition a dénoncé l’anticonstitutionnalité du texte, parlant de pas moins de 15 violations. Le problème, et c’est là le deuxième cas emblématique, c’est qu’il n’y a aujourd’hui plus de contrôle constitutionnel en Bolivie. Le Tribunal Constitutionnel cessera en effet de fonctionner le 26 juin prochain, suite à la démission de la dernière magistrate en poste, Silvia Salame. Les quatre autres magistrats ont successivement démissionné depuis 2007, se plaignant des constantes pressions à leur égard et d’une réduction drastique du budget de leur institution. 4000 plaintes concernant 27 000 citoyens se sont accumulées pendant les deux années. En janvier, déjà, l’Union Européenne soulignait cette faille juridique problématique.

Le gouvernement argumente que le Tribunal Constitutionnel est une institution politique car ses membres ont été nommés par les gouvernements précédents. La nouvelle constitution stipule que les membres du TC seront élus par le peuple (les candidats seront préalablement sélectionnés par l’assemblée plurinationale – chambre basse). Le gouvernement affirme donc attendre les prochaines échéances électorales pour refaire fonctionner l’institution. Dans l’entre temps, le vice président (Alvaro Garcia Linera) voit la fin du fonctionnement du TC comme positive, cela faisant  un « poste politique » de moins.

Le troisième fait emblématique est le vote de la chambre basse d’une loi autorisant l’utilisation de l’ancien registre électoral pour les prochaines élections, en cas de non établissement du nouveau patron. Cette question a précisément été l’un des points les plus importants de la nouvelle loi électorale.  La loi est encore loin d’être promulguée, le Sénat majoritairement acquis à l’opposition n’ayant pas dit son dernier mot. Néanmoins, il s’agit ici d’un énième signe de la volonté de passage en force de la majorité (alors qu’on aurait pu imaginer un déplacement de la date des élections en cas de problème). La Cours Nationale Electorale a cependant certifié qu’elle mettra en place le nouveau registre à temps, malgré les nombreux problèmes de délais et de moyens.

Au risque de me répéter, ces trois mesures permettent de dresser un énième constat du climat délétère régnant aujourd’hui en Bolivie. Au-delà de la très forte opposition politique entre majorité et opposition, le gouvernement est entrain de mettre en place un cadre juridique pour le moins problématique car largement propice à la non prise en compte voire à la mise sous silence de ladite opposition.

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Terrorisme

mai 11, 2009

Depuis un peu moins d’un mois, la Bolivie vit un scénario digne des meilleurs blockbusters hollywoodiens.  Le 15 avril 2009, un attentat fut perpétré à Santa Cruz contre la maison du cardinal Terrazas, important personnage de la vie politique et religieuse « cruceña » (de Santa Cruz) et connu pour ses prises de position contre le gouvernement d’Evo Morales. Le religieux fut sain et sauf, ne se trouvant alors pas dans son lieu de résidence. Ce qui n’empêcha pas l’ensemble de la classe politique de logiquement condamner la tentative d’assassinant, les médias l’interprétant comme une énième conséquence de l’atmosphère délétère dans laquelle est plongée la Bolivie depuis quelques mois.

La logique voulait que des partisans du MAS aient perpétré l’attentat suite aux prises de position du cardinal et aux « révélations » (de longue date) d’Evo Morales sur son athéisme (ayant provoqué pas mal de remous dans le pays) accompagnées de la proclamation dans la nouvelle constitution de la Bolivie en tant qu’Etat laïque.

Deux jours plus tard, spin off incroyable, la police lança l’assaut sur un hôtel de Santa Cruz (« Hotel de las Americas »), eduardo-rózsa-durmiendo-tuant trois individus et en capturant deux. L’incompréhension, le flou total a primé pendant les deux jours suivants. La version officielle a d’abord fait état d’échanges de coups de feu (et donc de légitime défense de la part des forces gouvernementales) jusqu’à ce que le témoignage du gérant de l’hôtel ne contredisent le discours officiel. La suite nous a appris qu’il n’y avait effectivement pas eu de coups de feu, que les hommes avaient été abattus alors qu’ils dormaient (avec des armes gros calibres … sous l’oreiller – voir la photo hallucinante ci contre, montrant que les soldats ont d’abord pris des photos avant de tirer !).

S’en suivirent deux semaines faisant état d’une situation digne d’un vaudeville. Chaque jour, une nouvelle révélation venait donner une tout autre envergure à l’affaire. Ainsi, on a appris rapidement que les trois tués furent irlandais, hongrois et croates (l’un deux ayant jusqu’à trois nationalités). Ce qui souleva logiquement les interrogations des Etats en question, qui eurent dans un premier temps une réponse plutôt sèche du président Evo Morales (pour finalement se rétracter sous les pressions au bout de quelques jours). De fait, la rhétorique étatique s’est immédiatement orientée vers le terrorisme, Evo Morales affirmant dès le départ que les « terroristes » planifiaient de l’assassiner. En quelques jours, toute la Bolivie a appris l’existence d’un nouveau mot : magnicidio (soit la volonté de vouloir assassiner le chef d’Etat). Il est difficile de relater le flou dans lequel était plongé le pays, certains points n’ayant par ailleurs toujours pas été éclaircis (quel est le rapport entre une tentative d’assassinat un clerc foncièrement à droite et la volonté de tuer un président socialiste, par exemple ?)

Petit à petit, les médias révélèrent le passé du « chef de la bande » : Eduardo Rózsa-Flores. Ledit homme était plus qu’un mercenaire. Bolivien, Croate, Hongrois, catholique puis juif puis musulman, le terroriste a aussi été journaliste (à La Vanguardia, rien que ça), réalisateur, acteur (dans un film remarqué à l’époque et biographique). Encore plus incroyable, il avait donné une interview à la fin de 2008 à un journaliste hongrois. Celle-ci ne pouvait être diffusée que s’il venait à disparaître (une sorte de témoignage posthume). Jamais la réalité n’a autant dépassé la fiction.

La suite fut non moins agitée. Après la surprise initiale, on commença à mener l’enquête. D’un côté, un enquêteur (fiscal) fut nommé par la justice : Marcelo Soza. Celui-ci est aujourd’hui très controversé, étant actuellement sous rien de moins de six… chefs d’accusation. Ce qui n’a pas empêché le corps judiciaire de lui confirmer son soutien. D’un autre côté, une commission de parlementaire s’est saisie du dossier et mène parallèlement l’enquête. Conséquence : un certain flou règne autour des avancées du dossier et sur la personne vraiment en charge.

Au niveau politique, « le terrorisme cruceño » n’a rien arrangé. L’enquête a démontré que Rozsa voulait constituer une milice pour, selon lui, « défendre » Santa Cruz.  Et qu’à terme, l’objectif était l’indépendance.

nexosIl n’en fallu pas plus pour raviver les questions brulantes de l’autonomie des quatre départements de la demi-lune. De fil en aiguille, l’enquête a directement lié l’élite politique cruceña au cas de terrorisme, le gouvernement et le fiscal allant même jusqu’à mettre en cause … le préfet de Santa Cruz (soit la plus haute autorité de la région), sans oublier les principaux entrepreneurs, d’autres personnages emblématiques (comme le vice président d’un des deux clubs de foot de la ville), ou encore une ONG bolivienne. Concrètement, l’enquête a situé le quartier général des « terroristes » au même endroit que le QG de l’opposition de Santa Cruz demandant l’autonomie. Rapidement, le fiscal Soza a affirmé que les élites ont soutenu financièrement les mercenaires, permettant même leur venue (précisons que le propos est simplifié à l’extrême).

Il y a deux semaines, Evo Morales a mis en cause la porosité des frontières (tous les miliciens ét5860G_comando_conjunto_La_Plata_en_Sana_Cruz_APant entrés illégalement sur le territoire bolivien). 40 % de l’armée a été envoyée à Santa Cruz pour les « contrôler ». L’opposition dénonça bien sur une manière détournée de mettre un peu plus la pression sur les autorités. C’est d’ailleurs toute la rhétorique des autonomistes qui abonde dans ce sens, accusant le gouvernement de profiter de l’aubaine pour tenter de les assommer définitivement. S’en suivit une levée de boucliers des 4 départements, constituant chacun des comités de défense des droits de l’homme censés contrôler et limiter les pleins pouvoirs de Soza et des députés dans l’enquête.  Le gouvernement n’y va d’ailleurs pas de main morte, accusant à tout bout de champ l’opposition autonomiste de « traitre de la patrie » voire affirmant qu’on a voulu créer … un nouveau Kosovo (ce qui mena les opposants à dire que s’il s’agissait là d’un nouveau Kosovo, alors Morales n’était rien de moins que Slobodan Milosevic).

Mais malgré les nombreuses dénonciations de l’opposition, les faits sont là : une partie des autonomistes a fait le choix de la violence. Ainsi, Carlos Alberto Guillén, vice président du club de foot Blooming s’est porté garant pour Rozsa lors de l’achat d’une voiture et a payé la première semaine d’hotel aux cinq mercenaires.

J’ai tenté de résumer au mieux les faits de ce dernier mois. La tache est pour le moins ardue, étant donné les « cataclysmes médiatiques » à répétition.

Du côté de l’analyse politique, on peut finalement discerner deux types d’opposition en Bolivie. « L’opposition horizontale » est de type parlementaire, droite/gauche, idéologique, on a pu l’observer lors du vote de la loi électorale transitoire.
Les évènements récents mettent en scène une « opposition verticale », soit une opposition entre le national et le régional, où les enjeux ne sont pas les mêmes. Le préfet Rubén Costas, mis en cause, a par exemple déclaré dans La Prensa du 5 mai 2009 que le modèle politique cherché par Santa Cruz est le socialisme et plus précisément la social-démocratie. Evo Morales ou pas, les autonomistes s’opposeraient à quelque gouvernement que ce soit, si celui-ci est contre l’autonomisation de Santa Cruz. Pour être allé récemment dans cette ville, il est vrai que l’autonomie est une revendication qui va bien au-delà de la différenciation politique et qui est réellement percevable partout (sur les édifices, dans les noms des autorités, dans les conversations – voir photo personnelle ci contre). Les revendications autonomistes de datent pas d’hier, elles ont d’ailleurs partiellement mené à la démission de Carlos Mesa en 2005 (de paire avec les mouvements sociaux). On assiste néanmoins aujourd’hui à ce qui est surement un des affrontements les plus violents entre l’Etat central et les régions les plus riches de la Bolivie. Le tout sur fond de polar , de conspiration et de grandes controverses Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’observateur politique néophyte que je suis arrive difficilement à suivre.

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Bolivie – approbation de la nouvelle loi électorale : suite et fin.

avril 17, 2009

Mon précédent billet traitait de l’imbroglio politique autour du vote de la nouvelle loi électorale. Mardi 14 avril, le Congrès bolivien (Assemblée + Sénat) a approuvé le texte, largement modifié, après 10 jours de tension extrême.

De fait, jeudi dernier, date de mon billet, l’opposition a décidé de ne plus siéger au Congrès jusqu’à nouvel ordre. Elle a ainsi empêché tout vote de la loi, le quorum nécessaire n’étant pas atteint. Pour la première fois depuis le vote de la nouvelle constitution, le gouvernement d’Evo Morales avait donc l’obligation de trouver un compromis avec l’opposition, sil voulait que sa loi soit approuvée et que des élections se tiennent en décembre.

Après l’échec d’une première table ronde et le départ des députés d’opposition, le nouveau président a décidé de recourir à la grève de la faim. Quelques 3000 sympathisants en ont fait de même dans les principaux départements de la majorité.

L’opposition n’a cependant pas cédé à ce qu’elle a qualifié de « chantage ». Samedi dernier, tout en continuant sa grève de la faim, Evo Morales a donné son accord pour continuer les négociations et accepter les exigences de l’opposition.

Ainsi, suite aux 4 points de désaccord, de nouvelles mesures ont été adoptées :

  • Le registre (patron) électoral va être entièrement réélaboré. Il a été convenu de mettre en place un système biométrique à la place des cartes d’électeurs en vigueur. Cette option, longtemps demandée par l’opposition, avait été dans un premier temps exclue par le gouvernement, invoquant les grandes difficultés pour sa mise en application. Finalement, la tâche sera financée grâce à la coopération internationale et à de l’argent au départ prévu pour l’achat d’un avion présidentiel. Dans le même sens, la nouvelle loi attribue à la Cour Nationale Electorale les compétences et le budget nécessaire pour pouvoir mener à bien ce nouveau dispositif avant décembre. A noter qu’aucune prise de position contre le système biométrique ne s’est faite entendre (sur une éventuelle réduction des libertés fondamentales), comme ça a pu être le cas en Europe (notamment en Suisse e ce moment).
  • Le nombre de sièges indigènes à l’assemblée a été réduit de 14 à 7 (soit un pour chaque département, à l’exception de Potosi). Comme je l’ai déjà relaté, nombre d’organisations indigènes crient aujourd’hui à la trahison, en dépit des promesses d’Evo Morales de récupérer les sièges dans un futur proche.
  • Un accord a aussi été trouvé sur le vote des boliviens à l’extérieur. Un maximum de 300 000 boliviens (soit 6% des expatriés) pourront voter à chaque scrutin. Un pays ne pourra pas concentrer plus de 50 % des votes (comme ça peut être le cas en Argentine). A l’instar des organisations indigènes, les représentants des expatriés envisagent l’éventualité d’émettre un recours, invoquant une inégalité de fait des Boliviens à l’étranger.
  • Enfin, peut être la mesure la plus emblématique : le gouvernement accepterait les statuts autonomistes votés contre sa volonté dans les préfectures de l’opposition en aout 2008. Leur adéquation à la nouvelle constitution doit cependant d’abord être prouvée (contrôle de constitutionnalité). Le gouvernement s’est donc vu obliger de faire des concessions, y compris sur les points les plus polémiques telles les autonomies des départements de la « demi lune ».

Hier, Evo Morales a promulgué la loi devant des milliers de sympathisants tout en réaffirmant sa candidature pour la présidence. La campagne pour les prochaines élections générales de décembre et avril prochain est désormais lancée.

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Chronique d’une victoire historique.

avril 2, 2009

Hier, mercredi 1 avril 2009, l’équipe nationale de football de Bolivie a humilié (selon les termes de la presse internationale) l’Argentine, dans le cadre des éliminatoires pour la participation à la prochaine coupe du monde football, 6 buts à 1.

70ème minute.

– Cual es el resultado?

- Cinco a Uno

- Carajo, somos los peores!

- No! ¡Cinco a Uno para Bolivia!

(Quel est le score?/Cinq à Un!/Putain, on est vraiment nul/Non ! Cinq à un pour la Bolivie !).

Si j’avais tenté de résumer l’esprit bolivien hier, juste avant le début du match, je n’aurais pas fait mieux. Cet échange de mots en dit sacrément long sur l’impossibilité théorique de victoire, côté bolivien.

24ème minute : Le gardien, Arias, se troue littéralement, et suscite la consternation générale. La Bolivie menait 1-0, elle se fait rattraper.

Mon pote Roger :

- Imbécil. Este Arias es un idiota. Que verguenza. Esos gauchos de mierda nos van a pegar.


A l’instar du continent européen (et surement du reste de l’humanité), le continent sud américain est traversé par les stéréotypes que chaque peuple entretient sur l’autre. A la différence près que ceux-ci sont plus ou moins les mêmes dans toute la région.

Exemple ? Les Chiliens et les Argentins sont les plus arrogants (et les plus blancs). Les Vénézuéliens sont des chauds du slip. Les Boliviens sont des bouseux.

Le problème, c’est que ces stéréotypes aussi bidons que prégnants ont déteint sur l’auto perception bolivienne. Depuis un mois que je suis ici, j’ai pu observer nombre de fois que les Boliviens se considèrent « en dessous » et se dévalorisent perpétuellement.

Le foot ne déroge évidemment pas à la règle. Et le fait que la Bolivie soit avant dernière au classement et ne se soit pas qualifiée pour une coupe du monde depuis plus de quinze ans n’arrange pas grand-chose.

33ème minute : Bolivie 2 – Argentine 1.

Ma pote Make :

- Disfrutenlo. No va a durar eso. Con este idiota de Arias, van a ganar 6 – 2. ¡Ya veras!

(ça ne va pas durer avec cet idiot de gardien, ils vont gagner 6-2, tu verras!)

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Rien n’y fait, la défaite était soit disant ineluctable. Les médias racontaient que les 45 000 supporters boliviens à La Paz étaient venus pour voir les « étoiles argentines briller ». En espérant que leurs compatriotes sur le terrain ne se fassent pas trop taper. Sans parler des paris unanimes sur la victoire argentine ou encore de l’imploration collective du dieu Maradona d’y aller mollo.

Bolivia jugo como nunca pero perdio como siempre” (La Bolivie a joué comme jamais mais a perdu comme toujours…).

C’est la devise générale à la mi-temps. Malgré le 3-1 pour la Bolivie. Bon, tout le monde refait ses pronostiques tout de même. Parce que personne n’avait prévu ça au bout de 45 minutes (résultats les plus populaires : 1-1 ou 2-0 pour les Argentins). Certains téméraires osent même prédire une victoire 4-3 sur le fil pour la Bolivie. Le rêve est permis. Mais on se prépare quand même à la gifle que va nous foutre la réalité.

Les joueurs, eux, n’avaient pas vraiment l’air Boliviens pour le coup. Rien à faire des 3 défaites et 6 nuls jusque là. Football limpide, imparable, devant des Argentins trop occupés à essayer de respirer pour courir après le ballon. Messi s’est transformé en tomate, Tevez en escargot.

53ème Minute : Magnifique but de Botero, le héros du match. Je ne peux m’empêcher de souligner que Tevez est sur le point de faire un arrêt cardiaque.

Mon pote Chilo :

- La altura no tiene nada que ver con eso carajo! Casi nunca ganamos, eso es la mejor prueba.

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L’altitude… Un sujet sur lequel le visiteur lambda ne ferait mieux pas s’embarquer en discutant  foot avec l’autochtone. L’altitude est l’excuse du reste du monde pour justifier ses pauvres résultats footbalistiques en Bolivie, le cas échéant. Pour les plus néophytes, les 3600 mètres du Stade Hernando Siles de La Paz a été une affaire nationale, suite à l’interdiction par la FIFA de jouer à une telle altitude, faute d’oxygène.

L’arroseur arrosé, dans ce contexte, c’est Maradona. L’ex bibendum a largement fait campagne pour que la Bolivie puisse continuer à jouer si haut et doit surement s’en mordre les doigts aujourd’hui.

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Mais bon, le manque de globule rouge n’est quand même pas l’unique raison. Douze ans que la Bolivie n’avait pas gagné contre l’Argentine. Et puis 6 – 1 quand même ! Soit la pire défaite de l’histoire argentine dans des éliminatoires pour la coupe du monde. Et la première défaite de Maradona en tant qu’entraineur. Même de celle-ci, les Argentins s’en rappelleront. Au moins, ils pourront continuer à dire que leur idole ne fait jamais les choses à moitié.

La rumeur avant le match est qu’Evo Morales avait promis 1000 $ à chaque joueur pour chaque but marqué.

83ème minute : Bolivie 6 – Argentine 1.

Mon pote Roger :

- El Evo va a echar el que ha tenido la fantástica idea de pagar los jugadores con esas primas jajaja ! (Celui qui a soumis cette idée à l’Evo va pas tarder à se faire virer !)

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Sauf qu’en fait, c’est une entreprise du département de Santa Cruz qui avait fait la promesse, pour l’ensemble de l’équipe. Total ? 66 000 $ pour chaque joueur à se répartir. Peu importe la véracité du « qu’en dira-t-on », les Boliviens, hilares, ont remercié Morales pour la soit disant motivation insufflée aux troupes. Et ce toute la nuit, paradant dans la rue, comme si ils venaient de se qualifier pour Afrique du Sud 2010.

978670(raclée inoubliable)

Le lendemain, soit aujourd’hui, les quotidiens parlent de raclée, on bombe le torse, échange des regards complice sdans la rue en contemplant les différentes unes de quotidien. Et le sponsor principal de l’équipe s’est offert une campagne nationale : “BOLIVIA, el único país en el mundo donde $us 12,5 millones (soit la valeur cumulée des joueurs boliviens) valen más que $us 500 millones (valeur cumulée des Argentins). Bolivia 6 – Argentina 1. Felcidades Bolivia!!

Make, elle, peut pas s’empêcher de rajouter :

- Hasta la proxima derrota! (en attendant la prochaine défaite)

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23 mars 2009 – 130ème commémoration de la Guerre du Pacifique en Bolivie

mars 27, 2009

Lundi dernier, les principales villes de Bolivie « célébrèrent » le Jour de la Mer (el Dia del Mar) avec défilés militaires et discours de commémoration et de revendication à la clé. Evo Morales s’est notamment adressé à la population à La Paz.

23 Mars 1879 : la Bolivie livra sa première bataille contre le Chili, après que celui-ci lui ait déclaré la 14 février 1879. La raison ? La mise en place côté bolivien d’une taxe de 10 centimes sur chaque quintal de salitre extrait par une compagnie britano-chilienne sur son territoire.

La guerre du pacifique mit en scène le Pérou et la Bolivie, alliés grâce à un traité d’Alliance défensive signé le 5 avril 1873, contre le Chili. Les deux nations furent vaincues et de fait dépossédées de terres. Conséquence : la Bolivie perdit la totalité de son littoral pacifique. De fait, la Bolivie a perdu plus d’un million de km² de superficie au cours de son histoire (soit deux fois la France et plus de la moitié du territoire actuel bolivien) au fil de guerres contre le Brésil (1860, 1867, 1903, 1958), le Chili (guerre du pacifique 1879) ou encore le le Paraguay (Guerre du Chaco en 1935). Par la voie diplomatique, le pays se vit aussi dépossédé de terres au profit du Pérou (1909) et de l’Argentine (1897).

Malgré ces pertes territoriales conséquentes contre tous ses voisins limitrophes, c’est la Guerre du Pacifique qui est aujourd’hui l’objet d’une immense rancœur pour des raisons géopolitiques évidentes. Clairement, la perte de littoral est vue comme une des raisons principales des difficultés économiques du pays.

Depuis 130 ans, la Bolivie n’a cessé de revendiquer un accès à la mer, en vain. Plusieurs fois, les ennemis historiques ont été proches d’une solution (1884, 1889, 1904 – par peur d’une « overdose » de faits historiques, je ne vais pas détailler). Depuis 1962, les relations diplomatiques entre les deux pays sont inexistantes, à l’exception notable d’un interlude dans les années 70 grâce aux affinités idéologiques que partageaient les dictateurs Hugo Bánzer et Augusto Pinochet (un accord de « troc » de terre fut quasiment atteint en 1975 mais échoua à cause du Pérou – depuis 1929 en vertu d’un Traité avec le Chili, le Pérou doit approuver toute cessation de territoire de la zone concernée à un pays tiers).

L’arrivée en 2004 d’Evo Morales à la présidence, coïncidant avec l’accession de Michelle Bachelet au pouvoir au Chili, suscita de grands espoirs du côté Bolivien. De l’avis des experts, jamais les relations entre les deux pays n’avaient été si constructives. Les deux nouveaux chefs d’Etat se mirent d’accord sur l’établissement d’un agenda bilatéral de 12 points où la question du littoral pacifique occupe une place centrale. Sans pour autant rétablir les relations diplomatiques, les chefs d’Etat se rencontrèrent à maintes reprises afin de faire avancer le dossier. Morales misa sur une stratégie inédite : la diplomatie à voies multiplies. A savoir qu’au-delà des pourparlers politiques, les deux peuples devaient eux aussi initier des rapprochements. Se mirent ainsi en place des collaborations de type académique (historiens tentant d’écrire une histoire de la Guerre du Pacifique commune pouvant être enseignée dans les deux pays) ou encore économiques (par le biais d’entrepreneurs). En outre, le droit de l’accès à la mer est décrit comme un droit inaliénable du peuple dans la nouvelle constitution votée en janvier 2009.

L’établissement d’une confiance mutuelle a conduit à certaines avancées non négligeables. Par exemple, depuis le début de cette année, le Chili verse une compensation mensuelle de 500 000 $, reconnaissant le dommage causé suite au détournement du fleuve Silala au XIXème siècle. Autre évènement symbolique et impensable il y a une quinzaine d’année : l’hommage rendu par les forces armées chiliennes au héros national bolivien Eduardo Avaroa le 23 mars 2007.

En dépit de cela, nombre de commentateurs fustigent la mauvaise fois chilienne en affirmant qu’il n’a jamais été question pour eux de restituer un territoire côtier à la Bolivie, malgré la mise en place d’un agenda bilatéral. Evo Morales est lui aussi mis en cause du fait de son « manque de stratégie, de sa « candeur » démesurée, de son manque d’expérience de connaissance du dossier et de professionnalisme » (comme le déclara Javier Murillo, ex ministre des affaires étrangères) vis-à-vis de l’ennemi historique. De fait, l’opposition politique affirme l’inexistence de propositions concrètes de résolution du dossier (nombreuses sont les théories : port sous administration commune, enclave avec ou sans souveraineté, corridor de la frontière bolivienne à la mer, en gardant toujours à l’esprit que l’accord doit être donné par le Chili, la Bolivie, mais aussi le Pérou).

De son côté, le chef de l’Etat, dans son discours à la nation, a mis en avant l’existence de deux verrous dans le dossier. Il a d’une part mis en cause les « ennemis intérieurs » en faisant référence à des propos tenus par l’opposition de Santa Cruz dans un quotidien chilien. Celle-ci affirmait en effet ne pas vouloir que Morales résolve de dossier par peur de la popularité dont il bénéficierait le cas échéant ( !). Même face à un ennemi commun, l’unité nationale n’est pas à l’ordre du jour.
Il a, d’autre part, fustigé la saisine de la Cour Internationale de Justice (CIJ) par le Pérou il y a une dizaine de jour, celui-ci revendiquant … une partie du territoire perdu il y a 130 ans. Les relations entre les deux pays sont au plus bas depuis. Alan Garcia (président préuvien) a affirmé il y a deux jours que le dossier du littoral bolivien était clos, tandis que Morales lui a répondu hier que sa saisine avait pour objectif de faire oublier son bilan calamiteux tout en ajourant qu’il était … gros. La CIJ peut éventuellement affirmer que la Bolivie n’a aucun droit lors du verdict rendu, ce qui ferait jurisprudence et anéantirait tout espoir bolivien. Le ministre des affaires étrangères, David Choquehuanca, n’a d’ailleurs pas exclu de saisir lui aussi la CIJ en réaction aux agissements péruviens.

En résumé, depuis 2004, le dossier a clairement avancé, grâce à la mise en place d’un agenda bilatéral. Cependant, les négociations sont apparemment au point mort (fait démenti par Morales). Aujourd’hui, on assiste à une conjoncture de faits défavorables : une grande tension couplée à un manque de stratégie en Bolivie, un affaiblissement du pouvoir chilien (Michelle Bachelet est en fin de mandat, sans réelection possible, et sa popularité dans son pays est médiocre) et un fait récent international qui n’arrange rien (la saisine de la CIJ). Il faudra attendre les prochaines élections chiliennes (en mars 2010) pour un éventuel avancement. Rendez vous donc le 23 mars 2010 pour faire un nouveau point.

Sources : WIkipedia, Los Tiempos (édition du 23, 24 et 25 mars), OH ! (édition du 21 mars, interview avec le diplomate bolivien Fernando Salazar).

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Un jour historique au Salvador

mars 16, 2009

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Pour la première fois de son histoire depuis la fin de la guerre civile, la gauche vient de remporter les élections présidentielles du Salvador (Amérique Centrale). Depuis la signature des accords de paix en 1992 entre le Front Farabundo Marti de Libération Nationale (FMLN) et les Forces Armées du Salvador (FAS), un seul a parti (d’extrême droite) a en effet occupé le pouvoir exécutif : l’Alliance de Républicaine Nationaliste (ARENA).

Plusieurs choses, brièvement.

Depuis 2000, le FMLN a remporté un certain succès aux élections législatives, jusqu’à être majoritaire en 2003. Jamais cependant, le peuple n’a osé voter lors des présidentielles pour le FMLN. Et ce pour plusieurs raisons. D’une part, le leader du FMLN, Shafik Handal, candidat à la présidence jusque là a été un des acteurs les plus notables de la guerre civile. Extrémiste, staliniste, celui-ci n’inspirait aucune confiance à la population. Sa mort en 2006, a largement débloqué la situation, permettant au FMLN de faire un pas vers le centre, comme on a pu le voir aujourd’hui avec la désignation de son candidat pour les présidentielle de 2009. Le choix de Mauricio Funes (journaliste indépendant non affilié jusque là) comme candidat à la présidence démontre en effet la profonde rénovation idéologique qu’a entrepris le FMLN après la mort de son leader historique (ce qui lui permet aujourd’hui d’être victorieux).


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Rares sont les pays encore tant marqués par la Guerre Froide. Il faut dire que les guerres civiles ayant eu lieu dans toutes l’Amérique Centrale (Guatemala, Salvador et Nicaragua, la plus connue) ont été, si l’on peut dire, les dernières guerres liées directement au conflit entre les deux blocs (avec l’Afghanistan). La vie politique salvadorienne est encore aujourd’hui profondément marquée par l’affrontement idéologique issu de la guerre froide. La campagne présidentielle particulièrement violente de cette année l’a encore démontré. La rhétorique d’ARENA notamment fut d’un autre temps, mettant en garde contre le péril rouge, alors que le FMLN affirmait à tout va que le gouvernement allait commettre des fraudes pour empêcher sa victoire.

Une des caractéristiques du système politique salvadorien est d’ailleurs qu’il est un des plus polarisé au monde. Le FMLN comme ARENA se considèrent respectivement d’extrême droite et d’extrême gauche. Pendant 20 ans, ARENA a ainsi mené une politique ultra sécuritaire de lutte ouverte contre le problème endémique de la délinquance juvénile, couplée à une politique économique néolibérale (avec l’Equateur, le Salvador est d’ailleurs le seul pays d’Amérique Latine à avoir « dollarisé » son économie). Le spécialiste Manuel Alcantara Saez voit d’ailleurs la crise financière comme un des facteurs ayant favorisé la victoire du FMLN.

Dire que le résultat des élections de dimanche dernier est historique n’est pas trop fort. Enfin, la gauche accède au pouvoir après avoir été majoritaire au niveau municipal et au niveau législatif (je le répète, la mort de Handal y est pour beaucoup). En raisonnant selon les termes de la transitologie (courant de la science politique étudiant les transitions démocratiques), on peut aussi affirmer que le Salvador a finalement accompli sa transition vers la démocratie, en vivant aujourd’hui une alternance politique réelle.

Déjà, les observateurs soulignent que la gauche est minoritaire au Congrès (les élections législatives et municipales ont eu lieu en décembre 2008), si tous les partis de droite effectuent une coalition. Il sera donc difficile pour le FMLN de faire passer ses lois. Gageons tout de même que le FMLN entreprendra et réussira des réformes absolument nécessaires pour le pays, notamment en matière de sécurité et de politique fiscale (le Salvador est un des pays ayant le taux d’imposition le plus bas au monde). Dans tous les cas, l’accession de la gauche à la présidence du Salvador est un fait qui marquera à coup sur l’histoire de ce petit pays.

Remarquons pour finir qu’à l’annonce des résultats, les deux candidats ont eu des mots de paix, tentant de mettre fin au très âpre combat qu’a été la campagne présidentielle. Funes a d’ailleurs fait référence à Lula et Michelle Bachelet, plutôt qu’à Chávez, comme pour faire taire ses adversaires lui reprochant de vouloir adopter le socialisme du XXIème siècle. Encore une fois, gageons que Funes n’aura pas les mêmes dérives – catastrophiques – que Daniel Ortega au Nicaragua.

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