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Patriot Act bolivien

juin 8, 2009

Les débats (affrontements ?) les plus récents en Bolivie portent sur la nouvelle dénomination de l’Etat bolivien. D’un côté comme de l’autre, on commente largement le fait que le pays ne soit officiellement plus une République (ce qu’elle était depuis 200 ans) mais un Etat Plurinational. Le changement de dénomination reflète les transformations actuelles du cadre juridique et institutionnel bolivien, au-delà du vote d’une nouvelle constitution. De fait, la vie politique bolivienne est aujourd’hui caractérisée par nombre de mesures entachant plus ou moins gravement l’Etat de droit. Court résumé de 3 décisions récentes emblématiques du contexte actuel :

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Le 20 mai 2009, le président Evo Morales a signé (et donc approuvé) le très polémique Décret Suprême n°0138. On peut raisonnablement parler d’entaille majeure à l’Etat de droit bolivien, le décret signant la fin de la présomption d’innocence pour les « terroristes ». Comme je l’ai signalé dans un précédent billet, il a régné pendant un mois un contexte de chasse aux sorcières malsain, suite à un attentat contre un clerc important de Santa Cruz. La stratégie gouvernementale étant semblable au coup d’éclat permanent (je pense  ici au qualificatif des médias/analystes pour première année « d’hyperprésidence » de Nicolas Sarkozy), le terrorisme « cruceño » a depuis été relégué au second plan. Néanmoins, le décret 0138 est surement le coup le plus dur porté à l’opposition de Santa Cruz. De fait, toute personne soupçonnée d’être terroriste ou d’avoir des liens avec les terroristes se verra immédiatement confisquer l’ensemble de ses biens et valeurs. Aucun jugement n’aura besoin d’être rendu pour l’application de la mesure.

Evo Morales a appuyé son argumentaire sur la nécessité de condamner les traitres à la patrie ayant tenté de diviser le pays. Au-delà de l’attentat ayant engendré le décret, chaque citoyen bolivien est dorénavant potentiellement sujet à la confiscation de tous ses biens, selon le libre discrédit du « fiscal » (personne chargée de mener l’enquête). Rappelons qu’en l’occurrence, Marcelo Soza, le « fiscal » aujourd’hui en charge de l’enquête sur le terrorisme, est sous pas moins de 6 chefs d’accusation
La rhétorique gouvernementale, l’atteinte portée aux libertés boliviennes ont soulevé, à raison, un tollé au sein de l’opposition. Le président du Sénat, Oscar Ortiz, a parlé de terrorisme d’Etat. Certains médias ont pour leur part parlé de « Patriot Act Bolivien ». Indéniablement, il s’agit d’une des mesures les plus préoccupantes adoptée par Morales depuis son accession au gouvernement.

Tentant de limiter la production des effets juridiques du décret, l’opposition a dénoncé l’anticonstitutionnalité du texte, parlant de pas moins de 15 violations. Le problème, et c’est là le deuxième cas emblématique, c’est qu’il n’y a aujourd’hui plus de contrôle constitutionnel en Bolivie. Le Tribunal Constitutionnel cessera en effet de fonctionner le 26 juin prochain, suite à la démission de la dernière magistrate en poste, Silvia Salame. Les quatre autres magistrats ont successivement démissionné depuis 2007, se plaignant des constantes pressions à leur égard et d’une réduction drastique du budget de leur institution. 4000 plaintes concernant 27 000 citoyens se sont accumulées pendant les deux années. En janvier, déjà, l’Union Européenne soulignait cette faille juridique problématique.

Le gouvernement argumente que le Tribunal Constitutionnel est une institution politique car ses membres ont été nommés par les gouvernements précédents. La nouvelle constitution stipule que les membres du TC seront élus par le peuple (les candidats seront préalablement sélectionnés par l’assemblée plurinationale – chambre basse). Le gouvernement affirme donc attendre les prochaines échéances électorales pour refaire fonctionner l’institution. Dans l’entre temps, le vice président (Alvaro Garcia Linera) voit la fin du fonctionnement du TC comme positive, cela faisant  un « poste politique » de moins.

Le troisième fait emblématique est le vote de la chambre basse d’une loi autorisant l’utilisation de l’ancien registre électoral pour les prochaines élections, en cas de non établissement du nouveau patron. Cette question a précisément été l’un des points les plus importants de la nouvelle loi électorale.  La loi est encore loin d’être promulguée, le Sénat majoritairement acquis à l’opposition n’ayant pas dit son dernier mot. Néanmoins, il s’agit ici d’un énième signe de la volonté de passage en force de la majorité (alors qu’on aurait pu imaginer un déplacement de la date des élections en cas de problème). La Cours Nationale Electorale a cependant certifié qu’elle mettra en place le nouveau registre à temps, malgré les nombreux problèmes de délais et de moyens.

Au risque de me répéter, ces trois mesures permettent de dresser un énième constat du climat délétère régnant aujourd’hui en Bolivie. Au-delà de la très forte opposition politique entre majorité et opposition, le gouvernement est entrain de mettre en place un cadre juridique pour le moins problématique car largement propice à la non prise en compte voire à la mise sous silence de ladite opposition.

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Terrorisme

mai 11, 2009

Depuis un peu moins d’un mois, la Bolivie vit un scénario digne des meilleurs blockbusters hollywoodiens.  Le 15 avril 2009, un attentat fut perpétré à Santa Cruz contre la maison du cardinal Terrazas, important personnage de la vie politique et religieuse « cruceña » (de Santa Cruz) et connu pour ses prises de position contre le gouvernement d’Evo Morales. Le religieux fut sain et sauf, ne se trouvant alors pas dans son lieu de résidence. Ce qui n’empêcha pas l’ensemble de la classe politique de logiquement condamner la tentative d’assassinant, les médias l’interprétant comme une énième conséquence de l’atmosphère délétère dans laquelle est plongée la Bolivie depuis quelques mois.

La logique voulait que des partisans du MAS aient perpétré l’attentat suite aux prises de position du cardinal et aux « révélations » (de longue date) d’Evo Morales sur son athéisme (ayant provoqué pas mal de remous dans le pays) accompagnées de la proclamation dans la nouvelle constitution de la Bolivie en tant qu’Etat laïque.

Deux jours plus tard, spin off incroyable, la police lança l’assaut sur un hôtel de Santa Cruz (« Hotel de las Americas »), eduardo-rózsa-durmiendo-tuant trois individus et en capturant deux. L’incompréhension, le flou total a primé pendant les deux jours suivants. La version officielle a d’abord fait état d’échanges de coups de feu (et donc de légitime défense de la part des forces gouvernementales) jusqu’à ce que le témoignage du gérant de l’hôtel ne contredisent le discours officiel. La suite nous a appris qu’il n’y avait effectivement pas eu de coups de feu, que les hommes avaient été abattus alors qu’ils dormaient (avec des armes gros calibres … sous l’oreiller – voir la photo hallucinante ci contre, montrant que les soldats ont d’abord pris des photos avant de tirer !).

S’en suivirent deux semaines faisant état d’une situation digne d’un vaudeville. Chaque jour, une nouvelle révélation venait donner une tout autre envergure à l’affaire. Ainsi, on a appris rapidement que les trois tués furent irlandais, hongrois et croates (l’un deux ayant jusqu’à trois nationalités). Ce qui souleva logiquement les interrogations des Etats en question, qui eurent dans un premier temps une réponse plutôt sèche du président Evo Morales (pour finalement se rétracter sous les pressions au bout de quelques jours). De fait, la rhétorique étatique s’est immédiatement orientée vers le terrorisme, Evo Morales affirmant dès le départ que les « terroristes » planifiaient de l’assassiner. En quelques jours, toute la Bolivie a appris l’existence d’un nouveau mot : magnicidio (soit la volonté de vouloir assassiner le chef d’Etat). Il est difficile de relater le flou dans lequel était plongé le pays, certains points n’ayant par ailleurs toujours pas été éclaircis (quel est le rapport entre une tentative d’assassinat un clerc foncièrement à droite et la volonté de tuer un président socialiste, par exemple ?)

Petit à petit, les médias révélèrent le passé du « chef de la bande » : Eduardo Rózsa-Flores. Ledit homme était plus qu’un mercenaire. Bolivien, Croate, Hongrois, catholique puis juif puis musulman, le terroriste a aussi été journaliste (à La Vanguardia, rien que ça), réalisateur, acteur (dans un film remarqué à l’époque et biographique). Encore plus incroyable, il avait donné une interview à la fin de 2008 à un journaliste hongrois. Celle-ci ne pouvait être diffusée que s’il venait à disparaître (une sorte de témoignage posthume). Jamais la réalité n’a autant dépassé la fiction.

La suite fut non moins agitée. Après la surprise initiale, on commença à mener l’enquête. D’un côté, un enquêteur (fiscal) fut nommé par la justice : Marcelo Soza. Celui-ci est aujourd’hui très controversé, étant actuellement sous rien de moins de six… chefs d’accusation. Ce qui n’a pas empêché le corps judiciaire de lui confirmer son soutien. D’un autre côté, une commission de parlementaire s’est saisie du dossier et mène parallèlement l’enquête. Conséquence : un certain flou règne autour des avancées du dossier et sur la personne vraiment en charge.

Au niveau politique, « le terrorisme cruceño » n’a rien arrangé. L’enquête a démontré que Rozsa voulait constituer une milice pour, selon lui, « défendre » Santa Cruz.  Et qu’à terme, l’objectif était l’indépendance.

nexosIl n’en fallu pas plus pour raviver les questions brulantes de l’autonomie des quatre départements de la demi-lune. De fil en aiguille, l’enquête a directement lié l’élite politique cruceña au cas de terrorisme, le gouvernement et le fiscal allant même jusqu’à mettre en cause … le préfet de Santa Cruz (soit la plus haute autorité de la région), sans oublier les principaux entrepreneurs, d’autres personnages emblématiques (comme le vice président d’un des deux clubs de foot de la ville), ou encore une ONG bolivienne. Concrètement, l’enquête a situé le quartier général des « terroristes » au même endroit que le QG de l’opposition de Santa Cruz demandant l’autonomie. Rapidement, le fiscal Soza a affirmé que les élites ont soutenu financièrement les mercenaires, permettant même leur venue (précisons que le propos est simplifié à l’extrême).

Il y a deux semaines, Evo Morales a mis en cause la porosité des frontières (tous les miliciens ét5860G_comando_conjunto_La_Plata_en_Sana_Cruz_APant entrés illégalement sur le territoire bolivien). 40 % de l’armée a été envoyée à Santa Cruz pour les « contrôler ». L’opposition dénonça bien sur une manière détournée de mettre un peu plus la pression sur les autorités. C’est d’ailleurs toute la rhétorique des autonomistes qui abonde dans ce sens, accusant le gouvernement de profiter de l’aubaine pour tenter de les assommer définitivement. S’en suivit une levée de boucliers des 4 départements, constituant chacun des comités de défense des droits de l’homme censés contrôler et limiter les pleins pouvoirs de Soza et des députés dans l’enquête.  Le gouvernement n’y va d’ailleurs pas de main morte, accusant à tout bout de champ l’opposition autonomiste de « traitre de la patrie » voire affirmant qu’on a voulu créer … un nouveau Kosovo (ce qui mena les opposants à dire que s’il s’agissait là d’un nouveau Kosovo, alors Morales n’était rien de moins que Slobodan Milosevic).

Mais malgré les nombreuses dénonciations de l’opposition, les faits sont là : une partie des autonomistes a fait le choix de la violence. Ainsi, Carlos Alberto Guillén, vice président du club de foot Blooming s’est porté garant pour Rozsa lors de l’achat d’une voiture et a payé la première semaine d’hotel aux cinq mercenaires.

J’ai tenté de résumer au mieux les faits de ce dernier mois. La tache est pour le moins ardue, étant donné les « cataclysmes médiatiques » à répétition.

Du côté de l’analyse politique, on peut finalement discerner deux types d’opposition en Bolivie. « L’opposition horizontale » est de type parlementaire, droite/gauche, idéologique, on a pu l’observer lors du vote de la loi électorale transitoire.
Les évènements récents mettent en scène une « opposition verticale », soit une opposition entre le national et le régional, où les enjeux ne sont pas les mêmes. Le préfet Rubén Costas, mis en cause, a par exemple déclaré dans La Prensa du 5 mai 2009 que le modèle politique cherché par Santa Cruz est le socialisme et plus précisément la social-démocratie. Evo Morales ou pas, les autonomistes s’opposeraient à quelque gouvernement que ce soit, si celui-ci est contre l’autonomisation de Santa Cruz. Pour être allé récemment dans cette ville, il est vrai que l’autonomie est une revendication qui va bien au-delà de la différenciation politique et qui est réellement percevable partout (sur les édifices, dans les noms des autorités, dans les conversations – voir photo personnelle ci contre). Les revendications autonomistes de datent pas d’hier, elles ont d’ailleurs partiellement mené à la démission de Carlos Mesa en 2005 (de paire avec les mouvements sociaux). On assiste néanmoins aujourd’hui à ce qui est surement un des affrontements les plus violents entre l’Etat central et les régions les plus riches de la Bolivie. Le tout sur fond de polar , de conspiration et de grandes controverses Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’observateur politique néophyte que je suis arrive difficilement à suivre.

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Bolivie – approbation de la nouvelle loi électorale : suite et fin.

avril 17, 2009

Mon précédent billet traitait de l’imbroglio politique autour du vote de la nouvelle loi électorale. Mardi 14 avril, le Congrès bolivien (Assemblée + Sénat) a approuvé le texte, largement modifié, après 10 jours de tension extrême.

De fait, jeudi dernier, date de mon billet, l’opposition a décidé de ne plus siéger au Congrès jusqu’à nouvel ordre. Elle a ainsi empêché tout vote de la loi, le quorum nécessaire n’étant pas atteint. Pour la première fois depuis le vote de la nouvelle constitution, le gouvernement d’Evo Morales avait donc l’obligation de trouver un compromis avec l’opposition, sil voulait que sa loi soit approuvée et que des élections se tiennent en décembre.

Après l’échec d’une première table ronde et le départ des députés d’opposition, le nouveau président a décidé de recourir à la grève de la faim. Quelques 3000 sympathisants en ont fait de même dans les principaux départements de la majorité.

L’opposition n’a cependant pas cédé à ce qu’elle a qualifié de « chantage ». Samedi dernier, tout en continuant sa grève de la faim, Evo Morales a donné son accord pour continuer les négociations et accepter les exigences de l’opposition.

Ainsi, suite aux 4 points de désaccord, de nouvelles mesures ont été adoptées :

  • Le registre (patron) électoral va être entièrement réélaboré. Il a été convenu de mettre en place un système biométrique à la place des cartes d’électeurs en vigueur. Cette option, longtemps demandée par l’opposition, avait été dans un premier temps exclue par le gouvernement, invoquant les grandes difficultés pour sa mise en application. Finalement, la tâche sera financée grâce à la coopération internationale et à de l’argent au départ prévu pour l’achat d’un avion présidentiel. Dans le même sens, la nouvelle loi attribue à la Cour Nationale Electorale les compétences et le budget nécessaire pour pouvoir mener à bien ce nouveau dispositif avant décembre. A noter qu’aucune prise de position contre le système biométrique ne s’est faite entendre (sur une éventuelle réduction des libertés fondamentales), comme ça a pu être le cas en Europe (notamment en Suisse e ce moment).
  • Le nombre de sièges indigènes à l’assemblée a été réduit de 14 à 7 (soit un pour chaque département, à l’exception de Potosi). Comme je l’ai déjà relaté, nombre d’organisations indigènes crient aujourd’hui à la trahison, en dépit des promesses d’Evo Morales de récupérer les sièges dans un futur proche.
  • Un accord a aussi été trouvé sur le vote des boliviens à l’extérieur. Un maximum de 300 000 boliviens (soit 6% des expatriés) pourront voter à chaque scrutin. Un pays ne pourra pas concentrer plus de 50 % des votes (comme ça peut être le cas en Argentine). A l’instar des organisations indigènes, les représentants des expatriés envisagent l’éventualité d’émettre un recours, invoquant une inégalité de fait des Boliviens à l’étranger.
  • Enfin, peut être la mesure la plus emblématique : le gouvernement accepterait les statuts autonomistes votés contre sa volonté dans les préfectures de l’opposition en aout 2008. Leur adéquation à la nouvelle constitution doit cependant d’abord être prouvée (contrôle de constitutionnalité). Le gouvernement s’est donc vu obliger de faire des concessions, y compris sur les points les plus polémiques telles les autonomies des départements de la « demi lune ».

Hier, Evo Morales a promulgué la loi devant des milliers de sympathisants tout en réaffirmant sa candidature pour la présidence. La campagne pour les prochaines élections générales de décembre et avril prochain est désormais lancée.

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L’approbation de la nouvelle loi électorale bolivienne ou le théâtre d’un énième affrontement politique.

avril 9, 2009

Le 7 février dernier, la nouvelle constitution politique de l’Etat (NCPE) plurinational bolivien fut promulguée, suite à son approbation par la population par la voie référendaire fin janvier. La NCPE stipule qu’une nouvelle loi électorale doit être approuvée par les parlementaires dans les 30 jours suivant sa promulgation, afin de pouvoir poser les bases des prochaines élections générales, prévues pour décembre 2009.

Depuis le début du mois d’avril, l’actualité politique bolivienne est précisément centrée sur ce point. La nouvelle loi électorale est en effet le terrain d’énièmes tensions politiques exacerbées entre le parti d’Evo Morales (MAS – Mouvement vers le Socialisme) et l’opposition représentée par trois partis (UN, MNR, PODEMOS). Cet affrontement politique se matérialise par la « guerre » que mènent depuis une semaine les parlementaires de la chambre des députés (majorité gouvernementale, chambre basse) et du Sénat (opposition majoritaire composée de 3 partis –chambre haute).

Les trente jours sont arrivés à échéance mardi 7 avril sans que la loi n’ait pu être approuvée par les deux chambres. Le Sénat a en effet effectué de profondes modifications (lors de la navette entre du projet de loi entre les deux chambres) celles-ci ayant été à leur tour fortement dénoncées par les députés du MAS. Les principaux points de désaccord sont au nombre de 4 :

- La nouvelle loi fait la part belle à la Bolivie rurale. 64 % des députés seraient en effet désignés par « El Campo » (la campagne) alors que celle-ci ne représente que 35 % de la population. L’opposition dénonce plutôt logiquement un net avantage accordé au MAS, étant donné que la partie rurale – la plus pauvre – est dans son immense majorité acquise à Evo Morales. Par conséquent, elle demande un découpage des circonscriptions qui soit proportionnel à la population.

- Comme relaté dans un précédent post, la nouvelle loi électorale prévoit aussi la présence de 14 sièges réservés aux minorités indigènes du pays (sur un total de 127). Plusieurs problèmes cependant : les indigènes voteraient deux fois (une fois pour un député « normal », l’autre pour le député indigène), cela créant une inégalité de fait entre les citoyens. En outre, les candidats indigènes seraient uniquement désignés par des organisations soutenant le gouvernement en place (Conamaq, Cidob, Csutcb). Le Sénat dans sa nouvelle proposition réduit le nombre des sièges à … 4.

- Autre point de friction majeur : le vote des expatriés. La nouvelle loi électorale accorde en effet le droit de vote aux boliviens résidant à l’étranger (mesure plutôt répandue en Europe). Outre les très grandes difficultés que va avoir la Cour National Electorale (CNE) à mettre en place le dispositif pour décembre prochain, l’opposition fait part de sa non confiance absolue dans les ambassades boliviennes à l’étranger. Selon elle, les fonctionnaires désignés par le pouvoir en place pourraient commettre des fraudes massives en transmettant de faux résultats.

- Enfin, l’opposition, représentée par le président du Sénat óscar Ortiz exige un nouveau patron électoral affirmant que le patron actuellement en vigueur est largement propice à la fraude. Cela fait écho aux nombreuses dénonciations de fraude notamment par un rapport du Sénat lors des référendums d’Août 2008 (où Morales mettait en jeu son poste) et de Janvier 2009 (pour l’approbation de la nouvelle constitution). L’opposition argumente en effet que depuis 2007, 700 000 électeurs (soit 30 % du corps électoral) sont en situation irrégulière, bénéficiant de plusieurs cartes de vote. Ce à quoi le gouvernement répond que les derniers scrutins ont été avalisés par des observateurs de l’OEA et de l’ONU.

Le 5 avril, le Sénat a ainsi présenté le projet de loi modifié à la chambre basse en argumentant que la loi contenait 21 violations de la nouvelle constitution. On l’imagine, les réactions des soutiens au gouvernement ne se sont pas fait attendre.

Les députés du MAS ont menacé de démissionner collectivement afin de paralyser la chambre basse et de permettre à Evo Morales de faire passer la loi par décret.
Les principaux représentants des mouvements sociaux (à savoir Damián Condori, dirigeant de la Confederación Sindical Única de Trabajadores Campesinos de Bolivia, et Fidel Surco de la Coordinadora Nacional por el Cambio) ont, pour leur part, à nouveau menacé de faire pression en entourant le Congrès National (Sénat + Chambre des députés), comme ils l’avaient fait pour le vote par l’assemblée constituante de la nouvelle constitution (à l’époque, le MAS ne bénéficiait pas de la majorité des 3/5ème requis).

Evo Morales, de son côté, a convoqué les deux chambres (Congrès national) pour approuver la loi (car le MAS serait majoritaire). Cependant, dans un premier temps et avant de passer en force, le Président a tenté d’apaiser les mœurs en assurant qu’à aucun moment les députés de la majorité n’avaient parlé de démission collective et en demandant aux dirigeants syndicaux de garder leur calme.

Précisément, on aurait pu croire à une avancées majeure dans cet énième affrontement. Mardi 7 et mercredi 8 avril, le gouvernement a en effet tenté depuis deux jours d’arriver à un compromis. Álvaro García Linera, vice président, s’est employé à chercher un compromis pour avoir un vote unanime et mettant en place une table ronde composée du vice président, des présidents du Sénat et de la Chambre des députés (Edmundo Novillo), des chefs de groupes partisans et d’autres parlementaires participant en tant qu’observateurs des négociations. Dans un tel contexte de tension, cette tentative de dialogue aurait pu apparaître non seulement non négligeable mais extrêmement louable. C’était sans compter sur la suite des évènements…

Les deux camps sont arrivés à un compromis sur les sièges indigènes, le vice président acceptant de baisser leur nombre à 8. Cela a suscité un tollé dans les organisations indigènes de soutien, Adolfo Chávez président de la Conderación de los Pueblos Indigenas de Bolivia (Cidob) ayant parlé d’acte de trahison et n’ayant pu cacher ses larmes… En revanche, impossible de s’entendre sur le terrain du patron électoral ni du vote des étrangers.

Depuis la nuit passée, les évènements ont pris un tournant quasi violent. Le congrès siège depuis plus de 20 heures dans une session fleuve. Les parlementaires en sont quasi venus aux mains lors des débats, sans parler des insultes à répétition. Les députés et les mouvements sociaux réitèrent leurs menaces. Pire même, Evo Morales a décidé de se mettre en grève de la faim. Plus que jamais, la Bolivie est déchirée par ses affrontements idéologiques.

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Chronique d’une victoire historique.

avril 2, 2009

Hier, mercredi 1 avril 2009, l’équipe nationale de football de Bolivie a humilié (selon les termes de la presse internationale) l’Argentine, dans le cadre des éliminatoires pour la participation à la prochaine coupe du monde football, 6 buts à 1.

70ème minute.

– Cual es el resultado?

- Cinco a Uno

- Carajo, somos los peores!

- No! ¡Cinco a Uno para Bolivia!

(Quel est le score?/Cinq à Un!/Putain, on est vraiment nul/Non ! Cinq à un pour la Bolivie !).

Si j’avais tenté de résumer l’esprit bolivien hier, juste avant le début du match, je n’aurais pas fait mieux. Cet échange de mots en dit sacrément long sur l’impossibilité théorique de victoire, côté bolivien.

24ème minute : Le gardien, Arias, se troue littéralement, et suscite la consternation générale. La Bolivie menait 1-0, elle se fait rattraper.

Mon pote Roger :

- Imbécil. Este Arias es un idiota. Que verguenza. Esos gauchos de mierda nos van a pegar.


A l’instar du continent européen (et surement du reste de l’humanité), le continent sud américain est traversé par les stéréotypes que chaque peuple entretient sur l’autre. A la différence près que ceux-ci sont plus ou moins les mêmes dans toute la région.

Exemple ? Les Chiliens et les Argentins sont les plus arrogants (et les plus blancs). Les Vénézuéliens sont des chauds du slip. Les Boliviens sont des bouseux.

Le problème, c’est que ces stéréotypes aussi bidons que prégnants ont déteint sur l’auto perception bolivienne. Depuis un mois que je suis ici, j’ai pu observer nombre de fois que les Boliviens se considèrent « en dessous » et se dévalorisent perpétuellement.

Le foot ne déroge évidemment pas à la règle. Et le fait que la Bolivie soit avant dernière au classement et ne se soit pas qualifiée pour une coupe du monde depuis plus de quinze ans n’arrange pas grand-chose.

33ème minute : Bolivie 2 – Argentine 1.

Ma pote Make :

- Disfrutenlo. No va a durar eso. Con este idiota de Arias, van a ganar 6 – 2. ¡Ya veras!

(ça ne va pas durer avec cet idiot de gardien, ils vont gagner 6-2, tu verras!)

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Rien n’y fait, la défaite était soit disant ineluctable. Les médias racontaient que les 45 000 supporters boliviens à La Paz étaient venus pour voir les « étoiles argentines briller ». En espérant que leurs compatriotes sur le terrain ne se fassent pas trop taper. Sans parler des paris unanimes sur la victoire argentine ou encore de l’imploration collective du dieu Maradona d’y aller mollo.

Bolivia jugo como nunca pero perdio como siempre” (La Bolivie a joué comme jamais mais a perdu comme toujours…).

C’est la devise générale à la mi-temps. Malgré le 3-1 pour la Bolivie. Bon, tout le monde refait ses pronostiques tout de même. Parce que personne n’avait prévu ça au bout de 45 minutes (résultats les plus populaires : 1-1 ou 2-0 pour les Argentins). Certains téméraires osent même prédire une victoire 4-3 sur le fil pour la Bolivie. Le rêve est permis. Mais on se prépare quand même à la gifle que va nous foutre la réalité.

Les joueurs, eux, n’avaient pas vraiment l’air Boliviens pour le coup. Rien à faire des 3 défaites et 6 nuls jusque là. Football limpide, imparable, devant des Argentins trop occupés à essayer de respirer pour courir après le ballon. Messi s’est transformé en tomate, Tevez en escargot.

53ème Minute : Magnifique but de Botero, le héros du match. Je ne peux m’empêcher de souligner que Tevez est sur le point de faire un arrêt cardiaque.

Mon pote Chilo :

- La altura no tiene nada que ver con eso carajo! Casi nunca ganamos, eso es la mejor prueba.

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L’altitude… Un sujet sur lequel le visiteur lambda ne ferait mieux pas s’embarquer en discutant  foot avec l’autochtone. L’altitude est l’excuse du reste du monde pour justifier ses pauvres résultats footbalistiques en Bolivie, le cas échéant. Pour les plus néophytes, les 3600 mètres du Stade Hernando Siles de La Paz a été une affaire nationale, suite à l’interdiction par la FIFA de jouer à une telle altitude, faute d’oxygène.

L’arroseur arrosé, dans ce contexte, c’est Maradona. L’ex bibendum a largement fait campagne pour que la Bolivie puisse continuer à jouer si haut et doit surement s’en mordre les doigts aujourd’hui.

foot

Mais bon, le manque de globule rouge n’est quand même pas l’unique raison. Douze ans que la Bolivie n’avait pas gagné contre l’Argentine. Et puis 6 – 1 quand même ! Soit la pire défaite de l’histoire argentine dans des éliminatoires pour la coupe du monde. Et la première défaite de Maradona en tant qu’entraineur. Même de celle-ci, les Argentins s’en rappelleront. Au moins, ils pourront continuer à dire que leur idole ne fait jamais les choses à moitié.

La rumeur avant le match est qu’Evo Morales avait promis 1000 $ à chaque joueur pour chaque but marqué.

83ème minute : Bolivie 6 – Argentine 1.

Mon pote Roger :

- El Evo va a echar el que ha tenido la fantástica idea de pagar los jugadores con esas primas jajaja ! (Celui qui a soumis cette idée à l’Evo va pas tarder à se faire virer !)

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Sauf qu’en fait, c’est une entreprise du département de Santa Cruz qui avait fait la promesse, pour l’ensemble de l’équipe. Total ? 66 000 $ pour chaque joueur à se répartir. Peu importe la véracité du « qu’en dira-t-on », les Boliviens, hilares, ont remercié Morales pour la soit disant motivation insufflée aux troupes. Et ce toute la nuit, paradant dans la rue, comme si ils venaient de se qualifier pour Afrique du Sud 2010.

978670(raclée inoubliable)

Le lendemain, soit aujourd’hui, les quotidiens parlent de raclée, on bombe le torse, échange des regards complice sdans la rue en contemplant les différentes unes de quotidien. Et le sponsor principal de l’équipe s’est offert une campagne nationale : “BOLIVIA, el único país en el mundo donde $us 12,5 millones (soit la valeur cumulée des joueurs boliviens) valen más que $us 500 millones (valeur cumulée des Argentins). Bolivia 6 – Argentina 1. Felcidades Bolivia!!

Make, elle, peut pas s’empêcher de rajouter :

- Hasta la proxima derrota! (en attendant la prochaine défaite)

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23 mars 2009 – 130ème commémoration de la Guerre du Pacifique en Bolivie

mars 27, 2009

Lundi dernier, les principales villes de Bolivie « célébrèrent » le Jour de la Mer (el Dia del Mar) avec défilés militaires et discours de commémoration et de revendication à la clé. Evo Morales s’est notamment adressé à la population à La Paz.

23 Mars 1879 : la Bolivie livra sa première bataille contre le Chili, après que celui-ci lui ait déclaré la 14 février 1879. La raison ? La mise en place côté bolivien d’une taxe de 10 centimes sur chaque quintal de salitre extrait par une compagnie britano-chilienne sur son territoire.

La guerre du pacifique mit en scène le Pérou et la Bolivie, alliés grâce à un traité d’Alliance défensive signé le 5 avril 1873, contre le Chili. Les deux nations furent vaincues et de fait dépossédées de terres. Conséquence : la Bolivie perdit la totalité de son littoral pacifique. De fait, la Bolivie a perdu plus d’un million de km² de superficie au cours de son histoire (soit deux fois la France et plus de la moitié du territoire actuel bolivien) au fil de guerres contre le Brésil (1860, 1867, 1903, 1958), le Chili (guerre du pacifique 1879) ou encore le le Paraguay (Guerre du Chaco en 1935). Par la voie diplomatique, le pays se vit aussi dépossédé de terres au profit du Pérou (1909) et de l’Argentine (1897).

Malgré ces pertes territoriales conséquentes contre tous ses voisins limitrophes, c’est la Guerre du Pacifique qui est aujourd’hui l’objet d’une immense rancœur pour des raisons géopolitiques évidentes. Clairement, la perte de littoral est vue comme une des raisons principales des difficultés économiques du pays.

Depuis 130 ans, la Bolivie n’a cessé de revendiquer un accès à la mer, en vain. Plusieurs fois, les ennemis historiques ont été proches d’une solution (1884, 1889, 1904 – par peur d’une « overdose » de faits historiques, je ne vais pas détailler). Depuis 1962, les relations diplomatiques entre les deux pays sont inexistantes, à l’exception notable d’un interlude dans les années 70 grâce aux affinités idéologiques que partageaient les dictateurs Hugo Bánzer et Augusto Pinochet (un accord de « troc » de terre fut quasiment atteint en 1975 mais échoua à cause du Pérou – depuis 1929 en vertu d’un Traité avec le Chili, le Pérou doit approuver toute cessation de territoire de la zone concernée à un pays tiers).

L’arrivée en 2004 d’Evo Morales à la présidence, coïncidant avec l’accession de Michelle Bachelet au pouvoir au Chili, suscita de grands espoirs du côté Bolivien. De l’avis des experts, jamais les relations entre les deux pays n’avaient été si constructives. Les deux nouveaux chefs d’Etat se mirent d’accord sur l’établissement d’un agenda bilatéral de 12 points où la question du littoral pacifique occupe une place centrale. Sans pour autant rétablir les relations diplomatiques, les chefs d’Etat se rencontrèrent à maintes reprises afin de faire avancer le dossier. Morales misa sur une stratégie inédite : la diplomatie à voies multiplies. A savoir qu’au-delà des pourparlers politiques, les deux peuples devaient eux aussi initier des rapprochements. Se mirent ainsi en place des collaborations de type académique (historiens tentant d’écrire une histoire de la Guerre du Pacifique commune pouvant être enseignée dans les deux pays) ou encore économiques (par le biais d’entrepreneurs). En outre, le droit de l’accès à la mer est décrit comme un droit inaliénable du peuple dans la nouvelle constitution votée en janvier 2009.

L’établissement d’une confiance mutuelle a conduit à certaines avancées non négligeables. Par exemple, depuis le début de cette année, le Chili verse une compensation mensuelle de 500 000 $, reconnaissant le dommage causé suite au détournement du fleuve Silala au XIXème siècle. Autre évènement symbolique et impensable il y a une quinzaine d’année : l’hommage rendu par les forces armées chiliennes au héros national bolivien Eduardo Avaroa le 23 mars 2007.

En dépit de cela, nombre de commentateurs fustigent la mauvaise fois chilienne en affirmant qu’il n’a jamais été question pour eux de restituer un territoire côtier à la Bolivie, malgré la mise en place d’un agenda bilatéral. Evo Morales est lui aussi mis en cause du fait de son « manque de stratégie, de sa « candeur » démesurée, de son manque d’expérience de connaissance du dossier et de professionnalisme » (comme le déclara Javier Murillo, ex ministre des affaires étrangères) vis-à-vis de l’ennemi historique. De fait, l’opposition politique affirme l’inexistence de propositions concrètes de résolution du dossier (nombreuses sont les théories : port sous administration commune, enclave avec ou sans souveraineté, corridor de la frontière bolivienne à la mer, en gardant toujours à l’esprit que l’accord doit être donné par le Chili, la Bolivie, mais aussi le Pérou).

De son côté, le chef de l’Etat, dans son discours à la nation, a mis en avant l’existence de deux verrous dans le dossier. Il a d’une part mis en cause les « ennemis intérieurs » en faisant référence à des propos tenus par l’opposition de Santa Cruz dans un quotidien chilien. Celle-ci affirmait en effet ne pas vouloir que Morales résolve de dossier par peur de la popularité dont il bénéficierait le cas échéant ( !). Même face à un ennemi commun, l’unité nationale n’est pas à l’ordre du jour.
Il a, d’autre part, fustigé la saisine de la Cour Internationale de Justice (CIJ) par le Pérou il y a une dizaine de jour, celui-ci revendiquant … une partie du territoire perdu il y a 130 ans. Les relations entre les deux pays sont au plus bas depuis. Alan Garcia (président préuvien) a affirmé il y a deux jours que le dossier du littoral bolivien était clos, tandis que Morales lui a répondu hier que sa saisine avait pour objectif de faire oublier son bilan calamiteux tout en ajourant qu’il était … gros. La CIJ peut éventuellement affirmer que la Bolivie n’a aucun droit lors du verdict rendu, ce qui ferait jurisprudence et anéantirait tout espoir bolivien. Le ministre des affaires étrangères, David Choquehuanca, n’a d’ailleurs pas exclu de saisir lui aussi la CIJ en réaction aux agissements péruviens.

En résumé, depuis 2004, le dossier a clairement avancé, grâce à la mise en place d’un agenda bilatéral. Cependant, les négociations sont apparemment au point mort (fait démenti par Morales). Aujourd’hui, on assiste à une conjoncture de faits défavorables : une grande tension couplée à un manque de stratégie en Bolivie, un affaiblissement du pouvoir chilien (Michelle Bachelet est en fin de mandat, sans réelection possible, et sa popularité dans son pays est médiocre) et un fait récent international qui n’arrange rien (la saisine de la CIJ). Il faudra attendre les prochaines élections chiliennes (en mars 2010) pour un éventuel avancement. Rendez vous donc le 23 mars 2010 pour faire un nouveau point.

Sources : WIkipedia, Los Tiempos (édition du 23, 24 et 25 mars), OH ! (édition du 21 mars, interview avec le diplomate bolivien Fernando Salazar).

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Bolivie : L’agression de Victor Hugo Cardenas, ou le double tranchant du soutien des mouvements sociaux.

mars 16, 2009

Me trouvant actuellement en Amérique Latine (en Bolivie) dans le cadre de mes études, j’ai ouvert avec mes camarades de master un blog traitant de l’actualité latino américaine.

Je copie/colle ici l’article que j’ai écrit il y a quelques jours.

Il y a quelques semaines, Evo Morales a donné une conférence à l’IEP de Paris. Il y affirmait notamment que le gouvernement de l’Etat plurinational de Bolivie (la forme longue de dénomination de la Bolivie depuis l’approbation de la nouvelle constitution politique de l’Etat – CPE) était un gouvernement dont la base était les mouvements sociaux indigènes (notamment et surtout les syndicats). Dans sa rhétorique quotidienne envers les Boliviens, Evo Morales appuie d’ailleurs sa légitimité démocratique sur le soutien dont il bénéficie de la part des mouvements indigènes (60 % de la population).

Vivre en Bolivie permet de saisir l’importance de ces mouvements. En plus d’être constamment présents dans la rhétorique présidentielle, plusieurs ministres sont d’origine indigène. Nombreux sont aussi les “bloqueos” (blocus) perpétrés un peu partout dans le pays (“à vue d’oeil”, on peut d’ailleurs penser qu’il constitue le principal répertoire d’action du peuple bolivien). Arrivé au pouvoir grâce à ces mouvements, Morales, à travers la nouvelle constitution, a consacré leur vitoire politique. Voir cependant les 60 % de population indigène comme un “bloc” est une erreur.

Le 25 janvier 2009, 20 organisations de femmes indigènes ont déclaré que Victor Hugo Cárdenas (ex vice premier ministre d’origine indigène du président Gonzalo Sanchez de Lozada, de 1993 à 1997) ainsi que trois autres hommes politiques indigènes étaient des “traitres et des ennemis de leur propre lignée sanguine“. De fait, Cárdenas s’est vu reprocher sa proximité avec les 4 préfets rebelles autonomistes de la “Media Luna”. Comme “sentence”, la communauté de “campesinos” indigènes Omasuyos de la ville de Sankajahuira à 80 km de La Paz, a décidé unilatéralement d’exproprier Cardenas et sa famille.

Samedi dernier, un groupe d’Omasuyos a investi la maison de la famille Cardenas au nom de la “Justice Communautaire” instaurée par la nouvelle CPE avec comme objectif de mettre à la rue la famille. Problème, ladite famille a fini à l’hôpital suite aux nombreux coups reçus. Les justifications furent plutôt confuses, la communauté Omasuyo s’appuyant surtout sur le passé politique de l’ex vice président et ses agissements récents pour légitimer ses actions.

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Depuis, “le cas Cardenas” s’est vu propulsé à la une des médias boliviens, notamment suite à la réaction du gouvernement. Evo Morales a en effet déclaré que “eso es asuntos ellos (ce sont les affaires de la communauté) y que tenía que resolverse con su comunidad de acuerdo a usos y costumbres”(cela doit être résolu au sein de la communauté, en accord avec leurs us et coutumes), en sous entendant que Cardenas l’avait bien cherché, en s’opposant au gouvernement, soutenu par la communauté. Suite à ces déclarations, l’opposition, l’Eglise et la communauté internationale a exprimé sa vive réprobation (l’ambassade France a eu des mots très durs).

Un député du parti du gouvernement (le MAS, Movimiento al Socialismo) Leandro Chacalluca a affirmé hier qu’il allait présenter dans les prochaines heures un projet de loi pour exproprier Cardenas et faire de sa maison un bien public. Cette déclaration fait écho aux dires du vice président Álvaro García Linera ayant déclaré devoir initier un processus légal aboutissant à l’expropriation.

Cette affaire est très révélatrice de la situation dans laquelle se trouve en ce moment la Bolivie.

Evo Morales veut avant tout rétablir les droits des indigènes, ceux ci ayant été, il est vrai, honteusement bafoués depuis l’indépendance de la Bolivie. Le problème est qu’en se faisant, il encourage la création d’une société à deux vitesses, avec deux types de citoyens (les indigènes et les autres). Car il tente d’autre part de banir toute discrimination en instaurant une sorte de discrimination positive généralisée. En gros, l’assemblée plurinationale (le congrès) doit dorénavant contenir des représentants de toutes les minorités ethniques (aymaras, quechuas, guaranis, noirs, etc.) sans oublier la parité homme femme qui se doit d’être respectée. Les indigènes auront ainsi le droit à deux votes pour chaque scrutin (un général, un pour les représentants inigènes). Un tel fractionnement de la société conduit hélas à une exacerbation des tensions et à un replis communautaire généralisé. Il est certes difficile de demander une unité nationale lorsque l’idéal républicain bolivien n’a jamais vraiment pris en compte l’identité indigène. Cependant, Morales parait faire exactement l’inverse de ce qui a été fait par les créoles, en instaurant une discriminsation pro-indigène.

En outre, avec l’expropriation Cardenas, on observe qu’au sein même des communautés indigènes, il existe des tensions croissantes entre les pro-MAS (très large majorité) et les autres qui est favorisée par le nouveau principe d’autonomie instauré par la CPE.
La nouvelle constitution est censée consacrer l’autonomie des communautés indigènes qui doivent pouvoir se gérer selon leurs propres traditions. Morales veut une autonomie à tous les niveaux – départemental, provincial, municipal, communautaire, et indigène. A terme, le but est de refonder toute la division administrative du territoire en imposant qu’un seul niveau en dessous du gouvernement (et non plus 3 comme aujourd’hui) – les naciones. Cependant, personne ne sait exactement de quelle autonomie on parle. De leur côté, les préfets (élus) des départements les plus riches du pays militent, eux, pour une émancipation totale du gouvernement, chose que refuse catégoriquement le gouvernement central, sous prétexte de démentellement du territoire et de la patrie.

Malgré son manque de clareté, cette autonomie en tant que principe constitutionnel est cependant aujourd’hui revendiquée par Evo Morales, pour la résolution d’un problème que ce devrait de résoudre la justice bolivienne. Hier, la communauté Omasuyo a déclaré avoir instauré un “état de siège”, interdisant à tout ressortissant de la ville de parler avec les mendatés par la justice, (los “fiscales”) censés établir les faits, prétextant que la communauté est régie par ses propres lois. C’est hélas l’Etat de droit qui est remis en cause, avec un soutien du pouvoir exécutif.

Revenons à notre propos du départ. Dans sa conférence, Morales affirme être la voix des mouvements sociaux. Clairement, sa légitimité démocratique en dépend. Néanmoins, cette légitimité est à double tranchant. Morales ne peut pas se permettre de désavouer une communauté se revendiquant des principes instaurés par la nouvelle constitution, même si celle ci a mal agi.

C’est précisément un des problèmes majeurs de la Bolivie aujourd’hi. Morales est pris entre deux feux. D’un côté, les départements les plus riches demandent à s’émanciper, de l’autre les mouvements sociaux maintiennent une pression constante pour en faire toujours plus. Ce qui conduit à des dérives telles que celle de l’affaire Cardenas.