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L’avant Obama

mars 6, 2008

Barack Obama n’est pas le premier noir à se présenter à l’investiture du parti démocrate pour la présidence des Etats-Unis. Mais beaucoup disent qu’il est le premier à avoir ses chances de gagner.

On peut cependant en débattre.

En 1984 et 1988 (ainsi qu’en 2004 mais ce fut plus confidentiel), le révérend Jesse Jackson s’est lui aussi présenté. Vous me direz “ok mais en 1964 aussi, Shirley Chisholm, une femme noire s’est présentée, et ce ne fut pas la seule”. Sauf que Jesse Jackson, en 1988, a remporté pas moins de 7 primaires et 4 caucus. Tout de même pas mal pour quelqu’un qui n’avait pas ses chances. Mieux même, Jackson a été vu pendant un petit moment comme un possible présidenciable.

Meet Jesse Jackson…

Un article d’époque du New York Times (bénies soient les archives gratuites) nous le dit très bien : In the process, he became a contender for the Presidency and Vice Presidency, and shaped the national debate and the Democratic platform.

Pourquoi donc n’insiste-t-on pas plus que ça sur ce prédécesseur ? Car si on y regarde de plus près, il a gagné les primaires de la Viriginie, de la Louisianne, de la Georgie ou encore de la Caroline du Sud, bref, que des états à forte domination afro-américaine. De fait, le “problème” de Jesse Jackson est qu’il fut trop connoté communautariste extrêmiste “noir américain”, de par son passé mais aussi de par sa campagne de 1984. Ses déclarations en faveur d’un Etat palestinien ou contre les Juifs qu’il qualifia de “Hymies” (terme péjoratif n’ayant pas de traduction littérale) et New-York de “Hymies Town” firent couler beaucoup d’encre. On l’a assimilé au sulfureux Louis Farrakhan, dirigeant de la Nation of Islam (association extrêmiste qui tint un grand rôle dans les années 60 lors du mouvement pour les droits civiques) et accessoirement homophobe et antisémite.

1988 fut une autre campagne. Clairement Jackson a tenté de se racheter une conduite, en changeant de look mais surtout de discours (to move into the mainstream comme on dit). Le but affiché était de panser les plaies (heal wounds). Il a tenté de parler au nom des opprimés et non plus uniquement des noirs américains, ce qui lui a valu un certain succès dans les états précédemment cités. Le discours était populiste (au sens états-uniens du terme), tel qu’on a qualifié cet année le programme de John Edwards. Jackson était en faveur de programmes sociaux, de subventions pour les plus pauvres, d’une sécurité sociale universelle. Après avoir été présenti pour la présidence et la vice-présidence, Jackson a finalement été vu comme trop à gauche du parti démocrate, un peu à l’image de Edwars là encore.

Comme on l’entend inlassablement, Obama transcende la question de la “race” (puisque c’est ainsi qu’on la nomme aux Etats-Unis), il réunit les gens à travers un discours fédérateur allant au delà de la couleur, voire, comme il le souhaiterait, au delà des tendances politiques. Yes we can… Tout l’inverse donc de l’image de Jesse Jackson. On a assez entendu qu’Obama venait d’une famille aisée immigrée, que son père était Kenyan, qu’Obama n’était donc pas un africain américain, au sens social du terme.

Mais bizarrement, on a observé plusieurs tentatives (après la primaire de Caroline du Sud) du côté du staff de Hillary Clinton ainsi que de la part de son mari d’assimiler Barack Obama à Jesse Jackson. Comme pour communautariser sa campagne (à noter qu’après l’avoir critiqué en Janvier, Jackson lui a apporté son soutien, le qualifiant de fils naturel).

Car finalement, si les Démocrates peinent tant à se départager c’est qu’Hillary et Bamack joue sur les même plates-bandes… Les deux tentent de rassembler le peuple états-unien, paradoxalement en s’appuyant sur leur particularisme (une femme d’un côté, un noir de l’autre). Là où les choses sont drôles, c’est qu’on peut voir en John McCain un candidat similaire, dans le sens où lui aussi apparait extrêmement modéré. L’élection de Novembre promet !

On parle en science politique de partis attrape tout (catch all party). Le terme parait plus que jamais d’actualité.

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Législatives en Espagne, J-3 : la nation, l’aérosol et Rajoy.

mars 5, 2008

Un certain nombre de pays de l’Union Européenne est à l’aune d’élections législatives décisives. C’est notamment le cas en Italie mais surtout en Espagne où le premier ministre socialiste José Luis Rodriguez Zapatero cherche la réelection.

La photo met en scène son principal opposant, le leader de Partido Popular (PP) Mariano Rajoy Brey. On le voit ici au côté de José Maria Aznar López, président du gouvernement espagnol de 1996 à 2004 (soit 2 mandats de 4 ans chacun). Comme chacun le sait, le PP a perdu les législatives de 2004 suite aux dramatiques attentats du 11 mars 2004 à Madrid.

De fait, grand nombre d’Espagnols sanctionèrent la droite pour deux raisons contingentes :
- l’envoi en Irak de troupes espagnoles alors que l’immense majorité de la population était contre
- le mensonge délibéré de Aznar suite aux attentats, blamant l’ETA alors qu’il s’agissait en réalité d’Al Quaida.

La clé des élections de samedi prochain réside dans la deuxième raison.

Il faut savoir que le PP n’a jamais digéré sa défaite de 2004. Pour la droite, le pouvoir lui revenait naturellement de droit (sans blague aucune), après une très longue période du PSOE (Partido Obrero Socialista Español) de Felipe González Márquez au pouvoir. Rajoy n’a jamais accepté sa défaite, criant pendant 4 ans à l’injustice et à l’imposture. Jusqu’au verdict des juges sur les responsables du 11 mars en octobre 200è (et encore aujourd’hui – comme on a pu le voir dans le deuxième débat), le PP a juré que l’ETA était responsable, fantasmant sur une hypothétique alliance entre les 2 groupes terroristes. Rajoy est même allé jusqu’à affirmer qu’il avait des preuves, à savoir une bombe … d’aérosol trouvée dans un appartement de Salamanque censée justifier toutes les théories les plus folles.

Rajoy

Pendant 4 ans, l’oppostion entre les 2 leaders a été frontale, dramatique voire grotesque à certains moments. C’est bien simple, toute initiative du PSOE fut systématiquement critiquée par Rajoy.

Comme d’habitude, l’Espagne fut tiraillée par la question de la nation. Le PP reprocha au PSOE un nombre incalculable de fois la tentative de dialogue entreprise par Zapatero avec les membres de l’ETA qui se solda par un échec cuisant (l’attentat du 30/12/06 à l’aéroport de Madrid ayant fait 2 morts a largement corsé les choses). Cette question est au centre du vif débat politique actuel. Depuis la fin du régime franquiste (1975), la question a été de savoir comment se comporter face aux nationalistes basques. Aznar profita de l’impact du 11 septembre pour mener une chasse aux sorcières, avec l’appui des Etats-Unis. Celle ci cependant, se solda aussi par un échec.

La population est très fortement divisée sur le sujet. Des manifestations régulières sont organisées par le PP (il est d’ailleurs très intéressant d’observer que les manifestations sont initiées et coordonnées par les partis politiques).

Manifestation

Ici, il s’agit de la marche du 10 mars 2007 organisée par le PP contre le transfert d’un indépendantiste basque (Juana Chao) vers une prison des Pays Basque. L’affaire serait bien trop longue à exposer (le PP reprocha aux socialistes de faire le jeu de l’ETA en cédant à la demande du prisonnier en grève de la faim d’être rappatrié) mais l’image est parlante : une partie de la population est très nationaliste (au sens où elle ne veut pas que le territoire espagnol soit victime des multiples revendications autonomistes voire indépendantistes) et de telles démonstrations sont assez courrantes (au moins une par année).

Voir une telle démonstration patriotique me met plutôt mal à l’aise mais là n’est pas le sujet.

Retour à aujourd’hui : 2 débats télévisés ont opposé frontalement les 2 leaders. Selon les sondages, Rodriguez Zapatero fut donné largement vainqueur. Rajoy n’a apparemement pas réussi à convaincre la population de changer son vote. Difficile, il est vrai, d’arguementer devant un bon bilan économique (quoique en demi teinte dernièrement) et des larges avancées sociales. Surtout, il n’a pas réussi à mener une campagne cohérente, tentant dans un premier temps d’attaquer sur le terrain de l’économie avant de se rabattre sur l’immigration et l’unité de la nation, à l’aide d’un discours populistes.
Surtout, les analyses des scrutins électoraux précédents démontrent que la population espagnole vote pour la stabilité : a moins d’une crise politique majeure au sein de parti au pouvoir (comme ce fut le cas lors de toutes les autres alternances), le tendance politique se maintien.

Reste maintenant à savoir dans quelles proportions le PSOE va gagner. Une majortié absoluye le conforterait et lui permetterait de mener à bien des réformes qu’il n’a pas pu mener lors de son précédent mandat. Felipe Gonzalez est d’ailleurs en campagne et le martelle à qui veut : le PSOE doit gagner, certes, mais avec une très large majorité.