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Et ça passe !

juin 29, 2009

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La chambre des représentants des Etats-Unis a voté le projet de loi Waxman-Markey sur le changement climatique samedi dernier ! Historique selon les médias spécialisés.

Comme je l’ai écrit dans le précédent post, rien n’est encore fait, le projet devant encore être voté par le Sénat. Et pour cause ! Heureusement que le projet n’avait besoin que d’une majorité simple : le projet a été accepté avec … 7 voix d’avance (219 vs 212). Obama a qualifié l’évènement “d’étape courageuse et nécessaire“. Les débats  pré vote ont apparemment été houleux mais on peut qualifier le vote de “bipartisan” puisque pas moins de … 48 démocrates ont voté contre et 8 républicains pour.  Il est cependant permis de douter de l’avenir de la loi, étant donné la très maigre majorité qu’elle a eu à la chambre basse (et la majorité plus exigeante demandée au Sénat – cf mon post précédent là encore).

Al Gore a salué l’évènement, parlant aujourd’hui d’un rôle historique du Sénat pour notamment aider les USA à … restaurer leur leadership mondial. Rendez vous dans 7 – 9 mois pour la suite des évènements. En attendant, je ne peux que saluer un tel résultat. Et espérer que le texte ne soit pas trop travesti par la chambre haute (on peut même se prendre à rêver d’une hausse de la limite d’émission fixée d’ici à 2020).

Prochaine étape très importante de la vie législative US : le projet de loi sur la santé. Et ça promet d’être autrement plus difficile que le changement climatique !

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Le projet de loi états-unien sur le changement climatique – enjeux, tenants et aboutissants

juin 23, 2009

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Ce projet de loi est l’un des plus importants jamais introduit au Congrès. Il a une envergure morale similaire à la loi sur les droits civils des années 60 ou au Plan Marshall – Al Gore

Depuis le début du mois de mai 2009, la vie politique états-unienne est largement animée par les débats autour du American Clean Energy and Security Act (ACESA), aussi connu sous le nom de « Climate Change Bill » ou encore « projet de loi Waxman-Markey », du nom de ses auteurs. Mais pourquoi, comme l’a déclaré Al Gore, ce projet de loi est il si important ? Et quels en sont les tenants et aboutissants au niveau national comme international ?

Le projet de loi Waxman-Markey est vaste et a suscité de nombreuses interrogations. Pire même, ses instigateurs mènent depuis un mois des négociations acharnées pour le faire passer le plus rapidement possible afin qu’il soit ensuite soumis au Sénat, étape autrement plus difficile. Le texte doit en effet être voté dans la chambre haute à plus de 60 % (contre un vote à la majorité simple à la chambre basse). Or, les sénateurs démocrates bénéficient d’une faible majorité. En outre, les démocrates sudistes du Congrès sont clairement sceptiques, ayant peur des répercutions du texte sur leur industrie fortement polluante. Sans parler des Républicains qui se battent pour au moins vider le texte de son contenu.

Le Climate Change Bill a, de fait, subi de très nombreuses modifications depuis sa version initiale.suivre la trajectoire du texte permet de saisir la complexité de la manière de fonctionner du législatif états-unien. Et notamment l’immense rôle du lobbying Au-delà de l’enjeu environnemental fondamental, .

Le projet a d’abord était présenté comme très ambitieux, étant d’abord crédité (noté) par les greens (écolos) d’un honorable B + pour ensuite petit à petit se voir reléguer à un médiocre B -, suite aux nombreuses concessions faites par les parlementaires Waxman et Markey aux industries.

Tout d’abord, je vous propose un bref résumé des principaux points de l’ACESA, dans son état actuel, après avoir subi de nombreux changements suite aux longues négociations avec les lobbies. Si vous voulez connaître en profondeur les modalités du texte, vous pouvez trouver un ici un long résumé ainsi qu’un très bon résumé du résumé sur lequel je me suis appuyé ici (en anglais).

Principaux points du projet de loi Waxman-Markey :

  • 20% de l’électricité produite par les entreprises de service dans le domaine devra être propre (efficacité énergétique, énergies renouvelables) d’ici à 2020.
  • Des investissements conséquents dans les nouvelles technologies. D’ici à 2025,  $90 milliards sont prévus pour les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique, $60 milliards pour la séquestration de carbone, 20 milliards pour les véhicules propres et $20 milliards pour la recherche/développement.
  • De nouveaux standards d’économie d’énergie pour les secteurs du bâtiment, de l’industrie ou encore de l’électro ménager.
  • Protéger le consommateur de l’augmentation des prix de l’énergie. Selon l’Agence de Protection de l’Environnement US, les dispositifs mis en place par le projet de loi permettrait de limiter les couts : le cout de revient quotidien pour chaque foyer états-unien serait l’équivalent du prix d’un … timbre poste.
  • La réduction des émissions de carbone états-unienne de 17% d’ici à 2020 et de 80% d’ici à 2050 par rapport aux taux de 2005. A ce titre, et à l’instar du schéma de l’Union Européenne (EU-ETS), le projet prévoit l’établissement d’un marché du carbone à partir de 2012. Les entreprises des principaux secteurs émetteurs (pétrole, électricité) émettant plus de 25 000 tonnes de carbone par an se verront attribuer des quotas d’émission afin d’atteindre les pourcentages cités. Un marché de permis sera ainsi créé : les entreprises étant en dessous de leur limite pourront revendre leur permis tandis que les entreprises en excédent seront dans l’obligation d’en acheter pour respecter leurs quotas (pour chaque tonne de carbone ou équivalent en excédent, l’entreprise devra acheter un permis). C’est ce que l’on appelle un système « cap and trade ». Les entreprises pourront aussi utiliser les mécanismes de compensation (système « baseline and credit ») type Mécanisme de Développement Propre du Protocole de Kyoto (« carbon offsets ») pour atteindre leurs quotas. Ils ne pourront cependant pas acheter plus de 2 milliards de ce type de certificat par an, la moitié devant provenir des Etats-Unis.

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Après toutes ces années de déni, après toutes ces années d’inaction, nous avons enfin l’opportunité de faire un immense pas en avant en matière de changement climatique. Le projet de loi Waxman-Markey est imparfait, il est parfois décevant mais il représente une avancée concrète et immédiate. La planète n’attendra pas Paul Krugman

Malgré de fortes critiques, le projet de loi reste aujourd’hui le texte le plus important en la matière dans l’histoire du pays. Hélas, comme je l’ai écrit peu avant, absolument rien ne certifie qu’il sera adopté, ne serait ce qu’à la chambre basse. Il doit tout d’abord être approuvé par pas moins de 8 comités de la Chambre des Représentants (sortent de Commissions de l’Assemblée Nationale en France). Les médias ont largement couvert son approbation par le Comité de l’Energie et du Commerce le 21 mai, sans toutefois préciser que la route était encore longue. Nancy Pelosi, présidente de la Chambre, table sur une approbation ce vendredi ou lors de la première semaine de juillet. Le texte doit être voté au plus vite, au risque de se voir enterré dans des négociations sans fin et de voir d’autres textes d’envergure (le projet de loi sur le système de santé) prendre les dessus.

catLes débats sur le sujet ont été houleux. Les principaux lobbies du pétrole, du charbon et des autres grands pollueurs ont tout fait pour que le projet soit abandonné ou en tout cas vidé de son contenu.  A noter tout de même que l’ensemble de l’industrie US est loin d’être contre le projet de loi (ils sont réalistes), à l’instar du géant CATERPILLAR.
Il y a quatre points d’accroche majeurs : les limites globales fixées ainsi que les délais de la mise en place du marché du carbone, l’utilisation des systèmes de compensation pour faciliter l’atteinte des quotas, les contenus des standards fixés pour les différents secteurs et enfin, le plus important, l’attribution de rabais ou de crédit gratuit lors des premières années pour les entreprises les plus « en danger ».

L’objectif initial du texte était une réduction globale des émissions de 20% par rapport aux taux de 2005, d’ici à 2020. Finalement, les négociations sont tombées d’accord sur 17%. Soulignons aussi que la référence de l’année 2005 est largement contestable, le Protocole de Kyoto prenant par exemple appui sur les taux de 1990. Certes, il prône d’ici à 2012 une réduction globale de 5% des émissions, mais pour nombre d’observateurs, 17% est un taux encore bien trop faible. Même si certains affirment que c’est avant tout la mise en place le plus rapidement possible d’un tel dispositif qui est le plus important.

Mais la question la plus polémique est celle suscitée par les rabais ou plus précisément l’attribution de crédits gratuits, inévitables selon Waxman pour pouvoir faire voter le texte. On estime que pas moins de … 55% (!) des crédits seront donnés gratuitement lors des … 10 à 15 premières années de fonctionnement du marché ! Le principe est d’accorder des crédits gratuitement pour permettre aux entreprises de dépasser leur limite sans avoir à payer. Le but fondamental de ces « cadeaux » est de protéger le consommateur contre une subite hausse des prix. Les industries de l’électricité, plus grandes émettrices, répercuterait en effet leurs couts de transition vers les énergies propres sur les factures, ce qui provoquerait, on s’en doute,  une grogne générale. Ce secteur bénéficierait de la plus grand part du gâteau (30% du total des émissions prévues). Outre l’accompagnement de la transition vers la propreté, le but de ces rabais est aussi de limiter les « délocalisations » vers les pays où il n’y a pas de limites. On craint en effet l’émergence de « paradis fiscaux » du carbone (en premier lieu la Chine) où un grand nombre d’entreprise déplacerait leur production pour ne pas avoir à subir le joug des limites fixées par les Etats-Unis. A noter que ce risque est global et est largement pris en compte dans les négociations actuelles pour, espérons le, le prochain traité signé lors du décisif sommet de Copenhague à la fin de l’année.

Voilà les taux d’attribution, alloués selon des modalités et des périodes différentes. On observera que presque l’ensemble des secteurs concernés reçoit sa petite ristourne… Nombre d’écolos ont de ce fait largement fustigé voire condamné ces concessions. Ils ont notamment fait référence à l’échec qu’ont été les deux premières années de l’EU-ETS (2005 – 2007), lorsque le marché du carbone n’a servi à rien si ce n’est à permettre à nombres d’entreprises de grassement se payer. Le nombre de crédits délivrés avaient été trop grand : les entreprises, sans changer leurs stratégies, avaient atteint leurs limites facilement et revendu tous les crédits censé les aider (ce qui avait par conséquent entrainé une chute vertigineuse du prix du carbone)… Cependant, comme l’explique très bien le meilleur blog US sur le changement climatique, l’Union Européenne, grâce à ce système qui aujourd’hui marche du tonnerre, respectera ses engagements vis-à-vis du Protocole de Kyoto.

Et puis, le Climate Change Bill a appris des erreurs du passé… 80% des crédits gratuit seront octroyés à des entreprises régulés. Grâce à un scrupuleux contrôle, le bénéfice des crédits sera entièrement pour le consommateur, il n’y aura pas moyen d’en tirer un quelconque bénéfice.

krugmanEn dépit de tous ces cadeaux et ces concessions (il y en eu d’autres notamment sur les standards d’économie d’énergie), le très écouté Krugman affirme que cette loi doit absolument passer car elle créera un stimulus pour une réduction des émissions et l’adoption de nouvelles stratégies vertes. Et puis il parait que malgré tout ça, la loi permettrait une réduction des émissions équivalente aux émissions de la moitié des voitures sur terre, soit 500 millions de véhicules. Si ça, ce n’est pas un argument en béton armé franchement…

La volonté d’Obama de faire absolument passer la loi n’est pas que de l’angélisme écologique. Le vote du projet va bien au-delà du niveau domestique, conditionnant le sort des Etats-Unis au niveau international, économiquement et politiquement parlant.

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La nation leader dans les énergies renouvelables sera la nation qui dominera l’économie globale du XXIème siècle – Barack Obama

Tout d’abord, comme on le voit avec la citation, Obama lie l’écologie avec l’économie au niveau national. Il a très bien compris que le green business est l’avenir et qu’il est temps de s’y mettre après les huit années Bush. Les USA ont clairement un train de retard sur l’Union Européenne, voire sur la Chine qui mise depuis bien longtemps sur le secteur, ayant parfaitement compris qu’est en jeu leur future position au niveau de l’économie mondiale. Les anti « Climate Change Bill » ont trop peur des conséquences des ajustements qu’il faudra faire à court terme. Cependant, ce petit effort permettra à court et long terme de sauver l’environnement en faisant plein d’argent ! (J’entends les décroissants hurler. De savoir si la croissance verte est un mythe ou non est un autre débat – j’aurais pour ma part plutôt tendance à penser que c’est une chimère ou en tout cas qu’elle seule ne résoudra pas tout)

L’enjeu est donc double : l’ACESA permettra de créer moult emplois et aidera les USA à gagner le leadership dans le domaine de la construction et de la vente des technologies propres. A ne pas oublier non plus l’argument géopolitique : la loi Waxman-Markey permettrait de largement réduire la dépendance aux énergies fossiles…

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Je suis aujourd’hui plus optimiste que je ne l’étais auparavant sur le fait que les Etats-Unis puissent jouer un rôle majeur sur ce sujet, de paire avec l’Europe qui a été devant nous ces dernières années – Barack Obama

Dernier point de ce billet fleuve (et oui, ça me passionne !) : l’enjeu international. Le changement climatique peut aussi être un moyen de revenir sur le tout-devant de la scène internationale. Quoiqu’on en dise, les mandats de Bush ont été un désastre pour l’hégémonie US. La crispation de ‘l’Empire’ et son usage de la force (Irak) a donné une impression très vivace que celui-ci était sur le déclin et qu’on vivait les derniers soubresauts du monde unipolaire post-URSS. La stratégie de reconquête des cœurs d’Obama depuis son arrivée au pouvoir traduit, à mon humble avis, un changement total d’orientation. Fini le « vous êtes avec ou contre nous », les USA tente de redevenir un grand frère admiré de tous (c’est bien parti !). En ce sens, il doit faire preuve d’exemple. Aucune leçon ne peut être donnée tant qu’on ne balaye pas devant sa porte… On peut stigmatiser autant qu’on veut la Chine pollueuse, la désastreuse situation environnementale actuelle de notre belle planète est avant tout due aux émissions des 50 dernières années de « l’Occident » (et de la défunte URSS). Les Républicains affirment ne pas vouloir bouger tant que la Chine ne bouge pas. Obama a bien raison de penser que c’est l’inverse qui est vrai : pour arriver à ce que la Chine accepte d’adopter des limites d’émission, il faut que les Etats-Unis montrent l’exemple, et non l’inverse. Pour entrer dans toute négociation, la Chine exigeait cependant que les pays développés s’engagent à réduire leur réduction de 40% d’ici à 2020.

L’ACESA permettrait donc aux USA de dire au niveau international : « nous faisons nous aussi des efforts, nous voulons jouer les premiers rôles dans les négociations actuelles pour le futur Traité ».

Nous touchons donc à la fin de ce pavé. Bravo à ceux qui sont arrivés jusqu’au bout. La question à 10 000 $ est de savoir si ce projet va être voté par la Chambre des Représentants. Et si oui, quand et dans quel état. Les tractations continuent et je me dis parfois que je n’aimerais pas être à la place du député Waxman en ce moment qui se bat sans répis pour arriver à ses fins sans vendre son âme au diable (certains disent que c’est déjà fait). Il parait que ce sera pour ce vendredi, la semaine en cours ayant été qualifiée de rien de moins que « l’energy week ». La pression vient d’ailleurs d’être mise avec la sortie d’un nouveau rapport gouvernemental sur les conséquences du changement climatique aux Etats-Unis. En tout cas, le sujet est passionnant. J’espère avoir aidé à un peu mieux comprendre que ce projet est un bien plus qu’une loi en devenir. A mon humble avis, elle conditionne la future situation politique, économique et géopolitique des Etats-Unis dans les années à venir.

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Patriot Act bolivien

juin 8, 2009

Les débats (affrontements ?) les plus récents en Bolivie portent sur la nouvelle dénomination de l’Etat bolivien. D’un côté comme de l’autre, on commente largement le fait que le pays ne soit officiellement plus une République (ce qu’elle était depuis 200 ans) mais un Etat Plurinational. Le changement de dénomination reflète les transformations actuelles du cadre juridique et institutionnel bolivien, au-delà du vote d’une nouvelle constitution. De fait, la vie politique bolivienne est aujourd’hui caractérisée par nombre de mesures entachant plus ou moins gravement l’Etat de droit. Court résumé de 3 décisions récentes emblématiques du contexte actuel :

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Le 20 mai 2009, le président Evo Morales a signé (et donc approuvé) le très polémique Décret Suprême n°0138. On peut raisonnablement parler d’entaille majeure à l’Etat de droit bolivien, le décret signant la fin de la présomption d’innocence pour les « terroristes ». Comme je l’ai signalé dans un précédent billet, il a régné pendant un mois un contexte de chasse aux sorcières malsain, suite à un attentat contre un clerc important de Santa Cruz. La stratégie gouvernementale étant semblable au coup d’éclat permanent (je pense  ici au qualificatif des médias/analystes pour première année « d’hyperprésidence » de Nicolas Sarkozy), le terrorisme « cruceño » a depuis été relégué au second plan. Néanmoins, le décret 0138 est surement le coup le plus dur porté à l’opposition de Santa Cruz. De fait, toute personne soupçonnée d’être terroriste ou d’avoir des liens avec les terroristes se verra immédiatement confisquer l’ensemble de ses biens et valeurs. Aucun jugement n’aura besoin d’être rendu pour l’application de la mesure.

Evo Morales a appuyé son argumentaire sur la nécessité de condamner les traitres à la patrie ayant tenté de diviser le pays. Au-delà de l’attentat ayant engendré le décret, chaque citoyen bolivien est dorénavant potentiellement sujet à la confiscation de tous ses biens, selon le libre discrédit du « fiscal » (personne chargée de mener l’enquête). Rappelons qu’en l’occurrence, Marcelo Soza, le « fiscal » aujourd’hui en charge de l’enquête sur le terrorisme, est sous pas moins de 6 chefs d’accusation
La rhétorique gouvernementale, l’atteinte portée aux libertés boliviennes ont soulevé, à raison, un tollé au sein de l’opposition. Le président du Sénat, Oscar Ortiz, a parlé de terrorisme d’Etat. Certains médias ont pour leur part parlé de « Patriot Act Bolivien ». Indéniablement, il s’agit d’une des mesures les plus préoccupantes adoptée par Morales depuis son accession au gouvernement.

Tentant de limiter la production des effets juridiques du décret, l’opposition a dénoncé l’anticonstitutionnalité du texte, parlant de pas moins de 15 violations. Le problème, et c’est là le deuxième cas emblématique, c’est qu’il n’y a aujourd’hui plus de contrôle constitutionnel en Bolivie. Le Tribunal Constitutionnel cessera en effet de fonctionner le 26 juin prochain, suite à la démission de la dernière magistrate en poste, Silvia Salame. Les quatre autres magistrats ont successivement démissionné depuis 2007, se plaignant des constantes pressions à leur égard et d’une réduction drastique du budget de leur institution. 4000 plaintes concernant 27 000 citoyens se sont accumulées pendant les deux années. En janvier, déjà, l’Union Européenne soulignait cette faille juridique problématique.

Le gouvernement argumente que le Tribunal Constitutionnel est une institution politique car ses membres ont été nommés par les gouvernements précédents. La nouvelle constitution stipule que les membres du TC seront élus par le peuple (les candidats seront préalablement sélectionnés par l’assemblée plurinationale – chambre basse). Le gouvernement affirme donc attendre les prochaines échéances électorales pour refaire fonctionner l’institution. Dans l’entre temps, le vice président (Alvaro Garcia Linera) voit la fin du fonctionnement du TC comme positive, cela faisant  un « poste politique » de moins.

Le troisième fait emblématique est le vote de la chambre basse d’une loi autorisant l’utilisation de l’ancien registre électoral pour les prochaines élections, en cas de non établissement du nouveau patron. Cette question a précisément été l’un des points les plus importants de la nouvelle loi électorale.  La loi est encore loin d’être promulguée, le Sénat majoritairement acquis à l’opposition n’ayant pas dit son dernier mot. Néanmoins, il s’agit ici d’un énième signe de la volonté de passage en force de la majorité (alors qu’on aurait pu imaginer un déplacement de la date des élections en cas de problème). La Cours Nationale Electorale a cependant certifié qu’elle mettra en place le nouveau registre à temps, malgré les nombreux problèmes de délais et de moyens.

Au risque de me répéter, ces trois mesures permettent de dresser un énième constat du climat délétère régnant aujourd’hui en Bolivie. Au-delà de la très forte opposition politique entre majorité et opposition, le gouvernement est entrain de mettre en place un cadre juridique pour le moins problématique car largement propice à la non prise en compte voire à la mise sous silence de ladite opposition.

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Terrorisme

mai 11, 2009

Depuis un peu moins d’un mois, la Bolivie vit un scénario digne des meilleurs blockbusters hollywoodiens.  Le 15 avril 2009, un attentat fut perpétré à Santa Cruz contre la maison du cardinal Terrazas, important personnage de la vie politique et religieuse « cruceña » (de Santa Cruz) et connu pour ses prises de position contre le gouvernement d’Evo Morales. Le religieux fut sain et sauf, ne se trouvant alors pas dans son lieu de résidence. Ce qui n’empêcha pas l’ensemble de la classe politique de logiquement condamner la tentative d’assassinant, les médias l’interprétant comme une énième conséquence de l’atmosphère délétère dans laquelle est plongée la Bolivie depuis quelques mois.

La logique voulait que des partisans du MAS aient perpétré l’attentat suite aux prises de position du cardinal et aux « révélations » (de longue date) d’Evo Morales sur son athéisme (ayant provoqué pas mal de remous dans le pays) accompagnées de la proclamation dans la nouvelle constitution de la Bolivie en tant qu’Etat laïque.

Deux jours plus tard, spin off incroyable, la police lança l’assaut sur un hôtel de Santa Cruz (« Hotel de las Americas »), eduardo-rózsa-durmiendo-tuant trois individus et en capturant deux. L’incompréhension, le flou total a primé pendant les deux jours suivants. La version officielle a d’abord fait état d’échanges de coups de feu (et donc de légitime défense de la part des forces gouvernementales) jusqu’à ce que le témoignage du gérant de l’hôtel ne contredisent le discours officiel. La suite nous a appris qu’il n’y avait effectivement pas eu de coups de feu, que les hommes avaient été abattus alors qu’ils dormaient (avec des armes gros calibres … sous l’oreiller – voir la photo hallucinante ci contre, montrant que les soldats ont d’abord pris des photos avant de tirer !).

S’en suivirent deux semaines faisant état d’une situation digne d’un vaudeville. Chaque jour, une nouvelle révélation venait donner une tout autre envergure à l’affaire. Ainsi, on a appris rapidement que les trois tués furent irlandais, hongrois et croates (l’un deux ayant jusqu’à trois nationalités). Ce qui souleva logiquement les interrogations des Etats en question, qui eurent dans un premier temps une réponse plutôt sèche du président Evo Morales (pour finalement se rétracter sous les pressions au bout de quelques jours). De fait, la rhétorique étatique s’est immédiatement orientée vers le terrorisme, Evo Morales affirmant dès le départ que les « terroristes » planifiaient de l’assassiner. En quelques jours, toute la Bolivie a appris l’existence d’un nouveau mot : magnicidio (soit la volonté de vouloir assassiner le chef d’Etat). Il est difficile de relater le flou dans lequel était plongé le pays, certains points n’ayant par ailleurs toujours pas été éclaircis (quel est le rapport entre une tentative d’assassinat un clerc foncièrement à droite et la volonté de tuer un président socialiste, par exemple ?)

Petit à petit, les médias révélèrent le passé du « chef de la bande » : Eduardo Rózsa-Flores. Ledit homme était plus qu’un mercenaire. Bolivien, Croate, Hongrois, catholique puis juif puis musulman, le terroriste a aussi été journaliste (à La Vanguardia, rien que ça), réalisateur, acteur (dans un film remarqué à l’époque et biographique). Encore plus incroyable, il avait donné une interview à la fin de 2008 à un journaliste hongrois. Celle-ci ne pouvait être diffusée que s’il venait à disparaître (une sorte de témoignage posthume). Jamais la réalité n’a autant dépassé la fiction.

La suite fut non moins agitée. Après la surprise initiale, on commença à mener l’enquête. D’un côté, un enquêteur (fiscal) fut nommé par la justice : Marcelo Soza. Celui-ci est aujourd’hui très controversé, étant actuellement sous rien de moins de six… chefs d’accusation. Ce qui n’a pas empêché le corps judiciaire de lui confirmer son soutien. D’un autre côté, une commission de parlementaire s’est saisie du dossier et mène parallèlement l’enquête. Conséquence : un certain flou règne autour des avancées du dossier et sur la personne vraiment en charge.

Au niveau politique, « le terrorisme cruceño » n’a rien arrangé. L’enquête a démontré que Rozsa voulait constituer une milice pour, selon lui, « défendre » Santa Cruz.  Et qu’à terme, l’objectif était l’indépendance.

nexosIl n’en fallu pas plus pour raviver les questions brulantes de l’autonomie des quatre départements de la demi-lune. De fil en aiguille, l’enquête a directement lié l’élite politique cruceña au cas de terrorisme, le gouvernement et le fiscal allant même jusqu’à mettre en cause … le préfet de Santa Cruz (soit la plus haute autorité de la région), sans oublier les principaux entrepreneurs, d’autres personnages emblématiques (comme le vice président d’un des deux clubs de foot de la ville), ou encore une ONG bolivienne. Concrètement, l’enquête a situé le quartier général des « terroristes » au même endroit que le QG de l’opposition de Santa Cruz demandant l’autonomie. Rapidement, le fiscal Soza a affirmé que les élites ont soutenu financièrement les mercenaires, permettant même leur venue (précisons que le propos est simplifié à l’extrême).

Il y a deux semaines, Evo Morales a mis en cause la porosité des frontières (tous les miliciens ét5860G_comando_conjunto_La_Plata_en_Sana_Cruz_APant entrés illégalement sur le territoire bolivien). 40 % de l’armée a été envoyée à Santa Cruz pour les « contrôler ». L’opposition dénonça bien sur une manière détournée de mettre un peu plus la pression sur les autorités. C’est d’ailleurs toute la rhétorique des autonomistes qui abonde dans ce sens, accusant le gouvernement de profiter de l’aubaine pour tenter de les assommer définitivement. S’en suivit une levée de boucliers des 4 départements, constituant chacun des comités de défense des droits de l’homme censés contrôler et limiter les pleins pouvoirs de Soza et des députés dans l’enquête.  Le gouvernement n’y va d’ailleurs pas de main morte, accusant à tout bout de champ l’opposition autonomiste de « traitre de la patrie » voire affirmant qu’on a voulu créer … un nouveau Kosovo (ce qui mena les opposants à dire que s’il s’agissait là d’un nouveau Kosovo, alors Morales n’était rien de moins que Slobodan Milosevic).

Mais malgré les nombreuses dénonciations de l’opposition, les faits sont là : une partie des autonomistes a fait le choix de la violence. Ainsi, Carlos Alberto Guillén, vice président du club de foot Blooming s’est porté garant pour Rozsa lors de l’achat d’une voiture et a payé la première semaine d’hotel aux cinq mercenaires.

J’ai tenté de résumer au mieux les faits de ce dernier mois. La tache est pour le moins ardue, étant donné les « cataclysmes médiatiques » à répétition.

Du côté de l’analyse politique, on peut finalement discerner deux types d’opposition en Bolivie. « L’opposition horizontale » est de type parlementaire, droite/gauche, idéologique, on a pu l’observer lors du vote de la loi électorale transitoire.
Les évènements récents mettent en scène une « opposition verticale », soit une opposition entre le national et le régional, où les enjeux ne sont pas les mêmes. Le préfet Rubén Costas, mis en cause, a par exemple déclaré dans La Prensa du 5 mai 2009 que le modèle politique cherché par Santa Cruz est le socialisme et plus précisément la social-démocratie. Evo Morales ou pas, les autonomistes s’opposeraient à quelque gouvernement que ce soit, si celui-ci est contre l’autonomisation de Santa Cruz. Pour être allé récemment dans cette ville, il est vrai que l’autonomie est une revendication qui va bien au-delà de la différenciation politique et qui est réellement percevable partout (sur les édifices, dans les noms des autorités, dans les conversations – voir photo personnelle ci contre). Les revendications autonomistes de datent pas d’hier, elles ont d’ailleurs partiellement mené à la démission de Carlos Mesa en 2005 (de paire avec les mouvements sociaux). On assiste néanmoins aujourd’hui à ce qui est surement un des affrontements les plus violents entre l’Etat central et les régions les plus riches de la Bolivie. Le tout sur fond de polar , de conspiration et de grandes controverses Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’observateur politique néophyte que je suis arrive difficilement à suivre.

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Bolivie – approbation de la nouvelle loi électorale : suite et fin.

avril 17, 2009

Mon précédent billet traitait de l’imbroglio politique autour du vote de la nouvelle loi électorale. Mardi 14 avril, le Congrès bolivien (Assemblée + Sénat) a approuvé le texte, largement modifié, après 10 jours de tension extrême.

De fait, jeudi dernier, date de mon billet, l’opposition a décidé de ne plus siéger au Congrès jusqu’à nouvel ordre. Elle a ainsi empêché tout vote de la loi, le quorum nécessaire n’étant pas atteint. Pour la première fois depuis le vote de la nouvelle constitution, le gouvernement d’Evo Morales avait donc l’obligation de trouver un compromis avec l’opposition, sil voulait que sa loi soit approuvée et que des élections se tiennent en décembre.

Après l’échec d’une première table ronde et le départ des députés d’opposition, le nouveau président a décidé de recourir à la grève de la faim. Quelques 3000 sympathisants en ont fait de même dans les principaux départements de la majorité.

L’opposition n’a cependant pas cédé à ce qu’elle a qualifié de « chantage ». Samedi dernier, tout en continuant sa grève de la faim, Evo Morales a donné son accord pour continuer les négociations et accepter les exigences de l’opposition.

Ainsi, suite aux 4 points de désaccord, de nouvelles mesures ont été adoptées :

  • Le registre (patron) électoral va être entièrement réélaboré. Il a été convenu de mettre en place un système biométrique à la place des cartes d’électeurs en vigueur. Cette option, longtemps demandée par l’opposition, avait été dans un premier temps exclue par le gouvernement, invoquant les grandes difficultés pour sa mise en application. Finalement, la tâche sera financée grâce à la coopération internationale et à de l’argent au départ prévu pour l’achat d’un avion présidentiel. Dans le même sens, la nouvelle loi attribue à la Cour Nationale Electorale les compétences et le budget nécessaire pour pouvoir mener à bien ce nouveau dispositif avant décembre. A noter qu’aucune prise de position contre le système biométrique ne s’est faite entendre (sur une éventuelle réduction des libertés fondamentales), comme ça a pu être le cas en Europe (notamment en Suisse e ce moment).
  • Le nombre de sièges indigènes à l’assemblée a été réduit de 14 à 7 (soit un pour chaque département, à l’exception de Potosi). Comme je l’ai déjà relaté, nombre d’organisations indigènes crient aujourd’hui à la trahison, en dépit des promesses d’Evo Morales de récupérer les sièges dans un futur proche.
  • Un accord a aussi été trouvé sur le vote des boliviens à l’extérieur. Un maximum de 300 000 boliviens (soit 6% des expatriés) pourront voter à chaque scrutin. Un pays ne pourra pas concentrer plus de 50 % des votes (comme ça peut être le cas en Argentine). A l’instar des organisations indigènes, les représentants des expatriés envisagent l’éventualité d’émettre un recours, invoquant une inégalité de fait des Boliviens à l’étranger.
  • Enfin, peut être la mesure la plus emblématique : le gouvernement accepterait les statuts autonomistes votés contre sa volonté dans les préfectures de l’opposition en aout 2008. Leur adéquation à la nouvelle constitution doit cependant d’abord être prouvée (contrôle de constitutionnalité). Le gouvernement s’est donc vu obliger de faire des concessions, y compris sur les points les plus polémiques telles les autonomies des départements de la « demi lune ».

Hier, Evo Morales a promulgué la loi devant des milliers de sympathisants tout en réaffirmant sa candidature pour la présidence. La campagne pour les prochaines élections générales de décembre et avril prochain est désormais lancée.

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L’approbation de la nouvelle loi électorale bolivienne ou le théâtre d’un énième affrontement politique.

avril 9, 2009

Le 7 février dernier, la nouvelle constitution politique de l’Etat (NCPE) plurinational bolivien fut promulguée, suite à son approbation par la population par la voie référendaire fin janvier. La NCPE stipule qu’une nouvelle loi électorale doit être approuvée par les parlementaires dans les 30 jours suivant sa promulgation, afin de pouvoir poser les bases des prochaines élections générales, prévues pour décembre 2009.

Depuis le début du mois d’avril, l’actualité politique bolivienne est précisément centrée sur ce point. La nouvelle loi électorale est en effet le terrain d’énièmes tensions politiques exacerbées entre le parti d’Evo Morales (MAS – Mouvement vers le Socialisme) et l’opposition représentée par trois partis (UN, MNR, PODEMOS). Cet affrontement politique se matérialise par la « guerre » que mènent depuis une semaine les parlementaires de la chambre des députés (majorité gouvernementale, chambre basse) et du Sénat (opposition majoritaire composée de 3 partis –chambre haute).

Les trente jours sont arrivés à échéance mardi 7 avril sans que la loi n’ait pu être approuvée par les deux chambres. Le Sénat a en effet effectué de profondes modifications (lors de la navette entre du projet de loi entre les deux chambres) celles-ci ayant été à leur tour fortement dénoncées par les députés du MAS. Les principaux points de désaccord sont au nombre de 4 :

- La nouvelle loi fait la part belle à la Bolivie rurale. 64 % des députés seraient en effet désignés par « El Campo » (la campagne) alors que celle-ci ne représente que 35 % de la population. L’opposition dénonce plutôt logiquement un net avantage accordé au MAS, étant donné que la partie rurale – la plus pauvre – est dans son immense majorité acquise à Evo Morales. Par conséquent, elle demande un découpage des circonscriptions qui soit proportionnel à la population.

- Comme relaté dans un précédent post, la nouvelle loi électorale prévoit aussi la présence de 14 sièges réservés aux minorités indigènes du pays (sur un total de 127). Plusieurs problèmes cependant : les indigènes voteraient deux fois (une fois pour un député « normal », l’autre pour le député indigène), cela créant une inégalité de fait entre les citoyens. En outre, les candidats indigènes seraient uniquement désignés par des organisations soutenant le gouvernement en place (Conamaq, Cidob, Csutcb). Le Sénat dans sa nouvelle proposition réduit le nombre des sièges à … 4.

- Autre point de friction majeur : le vote des expatriés. La nouvelle loi électorale accorde en effet le droit de vote aux boliviens résidant à l’étranger (mesure plutôt répandue en Europe). Outre les très grandes difficultés que va avoir la Cour National Electorale (CNE) à mettre en place le dispositif pour décembre prochain, l’opposition fait part de sa non confiance absolue dans les ambassades boliviennes à l’étranger. Selon elle, les fonctionnaires désignés par le pouvoir en place pourraient commettre des fraudes massives en transmettant de faux résultats.

- Enfin, l’opposition, représentée par le président du Sénat óscar Ortiz exige un nouveau patron électoral affirmant que le patron actuellement en vigueur est largement propice à la fraude. Cela fait écho aux nombreuses dénonciations de fraude notamment par un rapport du Sénat lors des référendums d’Août 2008 (où Morales mettait en jeu son poste) et de Janvier 2009 (pour l’approbation de la nouvelle constitution). L’opposition argumente en effet que depuis 2007, 700 000 électeurs (soit 30 % du corps électoral) sont en situation irrégulière, bénéficiant de plusieurs cartes de vote. Ce à quoi le gouvernement répond que les derniers scrutins ont été avalisés par des observateurs de l’OEA et de l’ONU.

Le 5 avril, le Sénat a ainsi présenté le projet de loi modifié à la chambre basse en argumentant que la loi contenait 21 violations de la nouvelle constitution. On l’imagine, les réactions des soutiens au gouvernement ne se sont pas fait attendre.

Les députés du MAS ont menacé de démissionner collectivement afin de paralyser la chambre basse et de permettre à Evo Morales de faire passer la loi par décret.
Les principaux représentants des mouvements sociaux (à savoir Damián Condori, dirigeant de la Confederación Sindical Única de Trabajadores Campesinos de Bolivia, et Fidel Surco de la Coordinadora Nacional por el Cambio) ont, pour leur part, à nouveau menacé de faire pression en entourant le Congrès National (Sénat + Chambre des députés), comme ils l’avaient fait pour le vote par l’assemblée constituante de la nouvelle constitution (à l’époque, le MAS ne bénéficiait pas de la majorité des 3/5ème requis).

Evo Morales, de son côté, a convoqué les deux chambres (Congrès national) pour approuver la loi (car le MAS serait majoritaire). Cependant, dans un premier temps et avant de passer en force, le Président a tenté d’apaiser les mœurs en assurant qu’à aucun moment les députés de la majorité n’avaient parlé de démission collective et en demandant aux dirigeants syndicaux de garder leur calme.

Précisément, on aurait pu croire à une avancées majeure dans cet énième affrontement. Mardi 7 et mercredi 8 avril, le gouvernement a en effet tenté depuis deux jours d’arriver à un compromis. Álvaro García Linera, vice président, s’est employé à chercher un compromis pour avoir un vote unanime et mettant en place une table ronde composée du vice président, des présidents du Sénat et de la Chambre des députés (Edmundo Novillo), des chefs de groupes partisans et d’autres parlementaires participant en tant qu’observateurs des négociations. Dans un tel contexte de tension, cette tentative de dialogue aurait pu apparaître non seulement non négligeable mais extrêmement louable. C’était sans compter sur la suite des évènements…

Les deux camps sont arrivés à un compromis sur les sièges indigènes, le vice président acceptant de baisser leur nombre à 8. Cela a suscité un tollé dans les organisations indigènes de soutien, Adolfo Chávez président de la Conderación de los Pueblos Indigenas de Bolivia (Cidob) ayant parlé d’acte de trahison et n’ayant pu cacher ses larmes… En revanche, impossible de s’entendre sur le terrain du patron électoral ni du vote des étrangers.

Depuis la nuit passée, les évènements ont pris un tournant quasi violent. Le congrès siège depuis plus de 20 heures dans une session fleuve. Les parlementaires en sont quasi venus aux mains lors des débats, sans parler des insultes à répétition. Les députés et les mouvements sociaux réitèrent leurs menaces. Pire même, Evo Morales a décidé de se mettre en grève de la faim. Plus que jamais, la Bolivie est déchirée par ses affrontements idéologiques.

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Bolivie : L’agression de Victor Hugo Cardenas, ou le double tranchant du soutien des mouvements sociaux.

mars 16, 2009

Me trouvant actuellement en Amérique Latine (en Bolivie) dans le cadre de mes études, j’ai ouvert avec mes camarades de master un blog traitant de l’actualité latino américaine.

Je copie/colle ici l’article que j’ai écrit il y a quelques jours.

Il y a quelques semaines, Evo Morales a donné une conférence à l’IEP de Paris. Il y affirmait notamment que le gouvernement de l’Etat plurinational de Bolivie (la forme longue de dénomination de la Bolivie depuis l’approbation de la nouvelle constitution politique de l’Etat – CPE) était un gouvernement dont la base était les mouvements sociaux indigènes (notamment et surtout les syndicats). Dans sa rhétorique quotidienne envers les Boliviens, Evo Morales appuie d’ailleurs sa légitimité démocratique sur le soutien dont il bénéficie de la part des mouvements indigènes (60 % de la population).

Vivre en Bolivie permet de saisir l’importance de ces mouvements. En plus d’être constamment présents dans la rhétorique présidentielle, plusieurs ministres sont d’origine indigène. Nombreux sont aussi les “bloqueos” (blocus) perpétrés un peu partout dans le pays (“à vue d’oeil”, on peut d’ailleurs penser qu’il constitue le principal répertoire d’action du peuple bolivien). Arrivé au pouvoir grâce à ces mouvements, Morales, à travers la nouvelle constitution, a consacré leur vitoire politique. Voir cependant les 60 % de population indigène comme un “bloc” est une erreur.

Le 25 janvier 2009, 20 organisations de femmes indigènes ont déclaré que Victor Hugo Cárdenas (ex vice premier ministre d’origine indigène du président Gonzalo Sanchez de Lozada, de 1993 à 1997) ainsi que trois autres hommes politiques indigènes étaient des “traitres et des ennemis de leur propre lignée sanguine“. De fait, Cárdenas s’est vu reprocher sa proximité avec les 4 préfets rebelles autonomistes de la “Media Luna”. Comme “sentence”, la communauté de “campesinos” indigènes Omasuyos de la ville de Sankajahuira à 80 km de La Paz, a décidé unilatéralement d’exproprier Cardenas et sa famille.

Samedi dernier, un groupe d’Omasuyos a investi la maison de la famille Cardenas au nom de la “Justice Communautaire” instaurée par la nouvelle CPE avec comme objectif de mettre à la rue la famille. Problème, ladite famille a fini à l’hôpital suite aux nombreux coups reçus. Les justifications furent plutôt confuses, la communauté Omasuyo s’appuyant surtout sur le passé politique de l’ex vice président et ses agissements récents pour légitimer ses actions.

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Depuis, “le cas Cardenas” s’est vu propulsé à la une des médias boliviens, notamment suite à la réaction du gouvernement. Evo Morales a en effet déclaré que “eso es asuntos ellos (ce sont les affaires de la communauté) y que tenía que resolverse con su comunidad de acuerdo a usos y costumbres”(cela doit être résolu au sein de la communauté, en accord avec leurs us et coutumes), en sous entendant que Cardenas l’avait bien cherché, en s’opposant au gouvernement, soutenu par la communauté. Suite à ces déclarations, l’opposition, l’Eglise et la communauté internationale a exprimé sa vive réprobation (l’ambassade France a eu des mots très durs).

Un député du parti du gouvernement (le MAS, Movimiento al Socialismo) Leandro Chacalluca a affirmé hier qu’il allait présenter dans les prochaines heures un projet de loi pour exproprier Cardenas et faire de sa maison un bien public. Cette déclaration fait écho aux dires du vice président Álvaro García Linera ayant déclaré devoir initier un processus légal aboutissant à l’expropriation.

Cette affaire est très révélatrice de la situation dans laquelle se trouve en ce moment la Bolivie.

Evo Morales veut avant tout rétablir les droits des indigènes, ceux ci ayant été, il est vrai, honteusement bafoués depuis l’indépendance de la Bolivie. Le problème est qu’en se faisant, il encourage la création d’une société à deux vitesses, avec deux types de citoyens (les indigènes et les autres). Car il tente d’autre part de banir toute discrimination en instaurant une sorte de discrimination positive généralisée. En gros, l’assemblée plurinationale (le congrès) doit dorénavant contenir des représentants de toutes les minorités ethniques (aymaras, quechuas, guaranis, noirs, etc.) sans oublier la parité homme femme qui se doit d’être respectée. Les indigènes auront ainsi le droit à deux votes pour chaque scrutin (un général, un pour les représentants inigènes). Un tel fractionnement de la société conduit hélas à une exacerbation des tensions et à un replis communautaire généralisé. Il est certes difficile de demander une unité nationale lorsque l’idéal républicain bolivien n’a jamais vraiment pris en compte l’identité indigène. Cependant, Morales parait faire exactement l’inverse de ce qui a été fait par les créoles, en instaurant une discriminsation pro-indigène.

En outre, avec l’expropriation Cardenas, on observe qu’au sein même des communautés indigènes, il existe des tensions croissantes entre les pro-MAS (très large majorité) et les autres qui est favorisée par le nouveau principe d’autonomie instauré par la CPE.
La nouvelle constitution est censée consacrer l’autonomie des communautés indigènes qui doivent pouvoir se gérer selon leurs propres traditions. Morales veut une autonomie à tous les niveaux – départemental, provincial, municipal, communautaire, et indigène. A terme, le but est de refonder toute la division administrative du territoire en imposant qu’un seul niveau en dessous du gouvernement (et non plus 3 comme aujourd’hui) – les naciones. Cependant, personne ne sait exactement de quelle autonomie on parle. De leur côté, les préfets (élus) des départements les plus riches du pays militent, eux, pour une émancipation totale du gouvernement, chose que refuse catégoriquement le gouvernement central, sous prétexte de démentellement du territoire et de la patrie.

Malgré son manque de clareté, cette autonomie en tant que principe constitutionnel est cependant aujourd’hui revendiquée par Evo Morales, pour la résolution d’un problème que ce devrait de résoudre la justice bolivienne. Hier, la communauté Omasuyo a déclaré avoir instauré un “état de siège”, interdisant à tout ressortissant de la ville de parler avec les mendatés par la justice, (los “fiscales”) censés établir les faits, prétextant que la communauté est régie par ses propres lois. C’est hélas l’Etat de droit qui est remis en cause, avec un soutien du pouvoir exécutif.

Revenons à notre propos du départ. Dans sa conférence, Morales affirme être la voix des mouvements sociaux. Clairement, sa légitimité démocratique en dépend. Néanmoins, cette légitimité est à double tranchant. Morales ne peut pas se permettre de désavouer une communauté se revendiquant des principes instaurés par la nouvelle constitution, même si celle ci a mal agi.

C’est précisément un des problèmes majeurs de la Bolivie aujourd’hi. Morales est pris entre deux feux. D’un côté, les départements les plus riches demandent à s’émanciper, de l’autre les mouvements sociaux maintiennent une pression constante pour en faire toujours plus. Ce qui conduit à des dérives telles que celle de l’affaire Cardenas.

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Ridicule Comparaison

mars 9, 2009

http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=3573

Sur l’antenne de RMC vendredi 6 mars, Frédéric Lefebvre (porte parole UMP) a réagi “Je pense qu’aujourd’hui il faut faire cesser ces opérations d’intimidation qui ressemblent plus à des opérations de type mafieuses (…) des sortes de tontons macoutes du LKP en Guadeloupe.

?

Qu’est ce c’est que cette référence ? Ce genre de déclaration a le don de me révolter. Comment, à un tel niveau, peut on arriver à de tels raccourcis ? Comme lorsqu’on compare une radio belge à Radio Mille Collines. Autant invoquer les khmers rouges pendant qu’on y est (histoire d’être un peu inventif et de laisser la guestapo tranquille).

Comparer les militants du LKP a des Tontons Macoutes, ces milices de la mort à Haïti, période Duvalier, est complètement hors de propos.

Pourquoi un tel raccourci ? Les Caraïbes ? Ok. La couleur ? Surement. J’ai envie de dire : la couleur, surtout. Pourquoi ne pas avoir parlé des Caliés de Trujillo en République Dominicaine par exemple ? Après tout, c’est exactement la même période. Mieux, c’est la même île ! Mais non, on cite Haïti. Ca parle surement plus.

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Suisse : la grande crainte de l’ouverture ?

février 8, 2009

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Aujourd’hui est un jour de votation (terme pour désigner tout vote qui n’est pas une élection en Suisse, qui a  unsystème politique aussi particulier qu’avant gardiste). Le peuple va, entre autre, s’exprimer sur la reconduction et l’extension à la Bulgarie et à la Roumanie des accords Bilatéraux avec l’Union Européenne. Grosso modo : que la Suisse reste dans l’espace Shengen de libre circulation, que les citoyens de l’UE puisse continuer à travailler et à s’établir librement en suisse (ET RECIPROQUEMENT). Voir un très bon résumé des enjeux.

L’ambiance actuellement en Suisse me fait invariablement penser à l’ambiance de 2005 en France lors du référendum sur le Traité Constitutionnel Européen. L’opposition, donnée au départ largement battue, a effectué une remontée fulgurante au point de se retrouver au coude à coude avec le OUI, majoritaire au sein des élites politiques (même si on observe des élus se prononcer unilatéralement pour le non de peur de ne pas se faire réélire, tel le tessinois Valenteino Benicchio).

Il y a énormément de fausses peurs, de préjugés (de xénophobie peut on dire), de mensonges savamment entretenus par l’Union Démocratique du Centre qui n’a de centriste que le non (il s’agit du parti le plus à droite du pays, ayant réalisé plus de 20% au niveau fédéral lors des dernières élections). Pourtant, pour parler avec nombre de Suisses, on sent que cette volonté de repli sur soi est réelle et massive. Selon moi, on peut y voir trois causes :

- le scepticisme contre le gouvernement et les élites tout d’abord. Pourquoi ? Car au départ, les Suisses étaient censés voter séparément sur la reconduction (indéfinie) et l’extension  (à la Roumanie et la Bulgarie) des accords. Beaucoup de citoyens se sont sentis floués, suite à une campagne médiatique massive de l’UDC (la séparation des deux questions étaient une revendication fondamentale du parti que le gouvernement s’était engagé à respecter pour se rétracter).
D’autre part, beaucoup argüent (et ils n’ont pas tort) que, de toute façon, le gouvernement trouvera autre chose en cas de vote négatif, comme on l’a vu après le non au référendum constitutionnel des nétherlandais et des français… Voir une vidéo qui en dit très long sur le sujet.

- la xénophobie, présente à plusieurs niveaux. Il faut savoir que l’UDC, après l’échec de la division du référendum, a basé sa campagne pour le non en arguant que les roumains (comprendre les gitans…) allaient arriver par millions en Suisse (“comme les Kosovars l’avaient fait avant eux”). Cette “peur du ressortissant de l’Est (Yougoslave, Kosovar, Roumains, Bulgare…)” est avant tout le lot de la suisse alémanique, traditionnellement la plus à droite.

Cette peur s’est vite vu complémentée par une autre peur, beaucoup plus répandue dans les cantons limitrophes : le (re)sentiment anti frontalier. Le Tessin et Genève sont de loin les plus représentatifs. + 45% de frontalier notamment dans la région lémanique ces 5 dernières années.

Les Français acceptent des emplois qualifiés pour un salaire moindre, on les accuse de dumping salarial et de briser les grèves. Surtout, les rapports entre Français et Suisses se détériorent à grande vitesse, la non intégration volontaire ou supposée des uns, entrainant le ressentiment croissant des autres… Ce discours semble tellement rodé, déjà entendu (pas seulement en Suisse). C’est juste “curieux” de voir qu’il s’applique au Français voire aux ressortissants de l’UE, catégorie de personne qu’on ne considèrerait pas directement comme telle… Du coup, pour beaucoup, la non reconduction des bilatéraux seraient un moyen d’arrêter le flux continue de frontalier.

Sauf que si les frontaliers sont là, c’est parce que la demande de main d’oeuvre (qualifiée notamment) est trop importante. Et que “le miracle économique suisse” leur est en grande partie imputable. Il faut aussi garder en tête que le Suisse est systématiquement privilégié au niveau du salaire et de l’embauche sur l’étranger…
Rappelons enfin que la Suisse est un des seuls pays en Europe à arriver à préserver une immigration de travail (seul 1 immigré sur 6 arrive à acquérir la nationalité, les autres repartent au bout de 10 ou 15 ans) “grâce” à une des politiques d’immigrations les plus strictes en Europe.

- la crise financière. Qu’on le croie ou non, la situation des Suisses est elle aussi entrain de se précariser à grande vitesse. Tout à fait logiquement, le camp du non mise sur un regain de protectionnisme pour préserver sa bonne condition de vie. Cela se comprend assez. En outre, il y a une indéniable colère contre les banques (Crédit Suisse, UBS), les dividendes qu’ils se sont attribués en fin d’année malgré les pertes, ce qui ne fait qu’exacerber le sentiment anti élite. Et puis la crise est aussi un moyen de raviver le sentiment isolationniste qui est constitutif de l’identité suisse. Dans ce sens, Norvège et Suisse, même combat.

On le voit, la conjoncture de ces trois facteurs risque de faire basculer le résultat des votations, qui sera connu aujourd’hui. En octobre 2008, le OUI était pratiquement acquis. La situation a depuis, si l’on peut dire, “pourri.” Je ne peux m’empêcher de penser au moment fondamental que constitua le NON à l’entrée dans l’Espace Economique Européen (comprendre l’Union Européenne) en 1992.

Dans tous les cas, les résultats de ces votations constitueront un tournant dans l’orientation de la politique suisse. Trop souvent cependant, les hélvètes ont tendance à oublier que la non reconduction de ces bilatéraux leur sera plus préjudiciable que bénefique : sans eux, les Suisses ne pourront tout simplement plus s’établir à l’étranger, et auront beaucoup plus de difficultés à se développer au niveau européen. En 2000, le pays a réalisé 78% de ses exportations avec l’UE…

Rajout : C’est finalement le OUI qui l’emporte à 60%. Comme quoi, les sondages se sont encore trompés. Je suis tout de même le premier surpris de cet excellent score. Une bien bonne nouvelle.

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Obama OD et le pouvoir à travers ses outils de communication.

janvier 22, 2009

Obama par ci, Obama par là, Obama partout, Obama omniprésent. Aux Etats Unis, c’est normal. En Europe, je ne sais pas. Je commence personnellement à over doser. Et je ne pense pas que ce soit de l’anti américanisme. Je vois plus ça comme un ras le bol de la démesure (et de l’absence totale de nuance de la part des médias). Comme si la haine collective contre Bush venait de se transformer en idolâtrie sans réserve. Comme si la personne d’Obama transcendait le village monde, réunissait les occidentaux en une nation. On dirait qu’Obama est notre président, qu’il va changer la scène politique internationale voire notre propre situation. Finalement, cet engouement massif en France pour le nouveau président états-unien me parait être la plus belle des preuves de l’occidentalisation de notre monde.

Mais bref, rendez vous dans 8 ans pour un bilan sur la place qu’occupe l’OTAN, le conflit Israëlo palestinien, les évolutions de l’ONU ou encore l’attitude des Etats-Unis en matière de droit international. On verra si le multilatéralisme a triomphé.

En attendant, je viens de voir que le site de la Maison Blanche avait été modifié à l’occasion de l’entrée en fonction du 44 ème Président.

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Plutôt que de parler d’Obama qui transcende les clivages, je me suis amusé à comparer les différents sites Internet des pouvoirs exécutifs occidentaux afin de voir de quelle manière la symbolique des institutions (censée unir le peuple qu’elles gouvernent) était mise en avant. En l’occurrence ici, un logo de la maison blanche, pas de trace d’Obama dans l’en tête. Voyons voir les autres.

Le Royaume Uni fait dans le moderne, sobre et classieux. Pas de trace de Gordon Brown non plus.

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L’Espagne fait aussi dans le sobre.

moncloa

Je suis aussi allé voir du côté de l’Amérique Latine, où les régimes sont présidentialistes, en prenant tout d’abord le Venezuela, censé être gouverné par un homme plutôt autoritaire et certainement populiste : Hugo Chavez. Pas une photo de lui comme on peut le voir.

venezuela

Je suis ensuite allé du côté de “l’ennemi limitrophe”, la Colombie, dont le régime est surement le plus à droite de tout le continent actuellement. Pas de trace d’Alvaro Uribe, même si j’ai personnellement beaucoup ri de l’en tête. Après tout, ça résume assez bien la ligne politique du gouvernement.

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Retour en Europe avec Barlusconi dont j’étais prêt à parier qu’il se mettrait au premier plan. Même pas tant que ça, comme on peut le voir.

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Et puis, vous vous doutiez de la chute, il y a la France. Voici le site à l’époque de Chichi…

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…qui a été “retravaillé” par le Président actuel.

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Et bim. Je trouve ça tout de même vraiment révélateur de l’état d’esprit de Nicolas Sarkozy. L’Elysée, symbole de l’exécutif français est au second plan. La présidence de république, la France, les institutions, la République, c’est Nicolas Sarkozy avant tout.  Après avoir vu les autres en tête, je trouve ça limite caricaturale. Non ?

Afin d’être exhaustif, j’ai trouvé dans ma, très rapide recherche, deux autres cas similaires. L’Allemagne dont le site Internet est carrément http://www.bundeskanzlerin.de/, à savoir “la chancelière fédérale”.  Merkel va encore plus loin que Sarkozy. Il aurait été bon de voir le même site à l’époque de Schröder, pour comparer. Notons que le régime allemmand est parlementaire…

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Autre exemple similaire, le Canada.

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Au delà de la curiosité de l’exercice (j’avoue que c’était assez drôle de spéculer sur les différentes en tête a priori), on  constate une chose : les sites Internet des pouvoirs exécutifs où l’individu au pouvoir est mis en avant émanent de gouvernements conservateurs. Pour Merkel, Sarkozy, Harper voire Berlusconi, il semble que la personnalisation du pouvoir soit importante. Après, ce serait un peu bête de tirer des conclusions d’ensemble uniquement sur la base de simples captures d’écran. Il n’empêche, je trouve tout cela assez parlant. Surtout pour Sarkozy, puisque c’est finalement le cas avec lequel je suis le plus familier. Pourtant, la République en France, je croyais que c’était sacré. La rupture, au moins ici, est belle et bien présente.