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Denisot, Barthès, Baddou et les autres.

novembre 15, 2008

Je regardais le Grand Journal avant hier soir.

Deux petites choses.

Déjà, un président en invité, c’est rare : Michael Saakachvili, président de la République géorgienne. C’était intéressant d’entendre en live son discours ‘profondément’ pro européen. Et surtout de voir qu’il n’y a eu personne pour rappeler dans quel état était la Géorgie il n’y a pas si longtemps. On aurait même pu commémorer l’anniversaire puisque tout cela se passait pratiquement il y a un an jour pour jour.

Rappelons que la population voulait donner un coup de semonce au pouvoir (M Saakachvili) auquel elle reprochait son arrogance, dénonçant une tendance à l’exercice personnel voire personnaliste.

Dans un premier temps, les manifestants et l’opposition exigèrent la tenue immédiate de législatives alors que le Président voulait les reporter à 6 mois pour les faire coïncider avec les présidentielles. Rappelons que l’opposition demandait aussi une réforme de la commission électorale et un abandon du scrutin uninominal à un tour. Du fait d’une méfiance naturelle des Géorgiens envers le pouvoir central, d’un fossé entre les résultats macro économique et le niveau de vie quotidien et d’un refus de tout dialogue de la part du président.

Le 7 novembre, l’Etat d’urgence avait été instauré pour 15 jours. Déjà, M. Saakachvili accusait d’ailleurs la Russie d’ingérence et opposait l’hégémonie russe aux exigences de démission de la population dans la rue.

Bref, retour au Grand Journal où le président a réussi à faire passer son message sans aucun problème et sans qu’on ne le mette vraiment devant les contradictions de son discours sur la guerre Russie-Géorgie. Sans surprise, cela confirme que la promotion est la vocation première du Grand Journal, et ce malgré les Jean Michel Aphatie et autres Ali Baddou (pourtant brillants à la radio).

Ce qui est plus intéressant, c’est le Petit Journal du savoyard Yann Barthès. En deux ans, le chambérien a réussi à s’imposer dans le PAF comme l’un des principaux critiques satiriques de la vie politique.

Je vais peut être un peu loin, ok. Mais franchement, avec ses mini chroniques n’ayant l’air de rien, il arrive souvent à mettre les hommes politiques dans des situations pour le moins gênantes. En allant chercher la petite bête, il arrive, au choix, à désacraliser totalement les politiques, à faire sortir au grand jour les rivalités (Santini vs Fillon par exemple) ou encore à révéler le ridicule de certaines rencontres au sommet.

Ainsi, on a eu le droit (dans mes souvenirs) à :

- Bayrou et ses fautes d’orthographe,

- Simone Veil et son snobisme de Carla Bruni

- Sarkozy et sa ‘passion’ pour les stylo.

A un tel point qu’après que le Petit Journal ait montré les désormais fameuses images de Sarkozy volant un stylo en signant un accord roumain, Angela Merkel s’est permise de lui offrir un stylo flambant neuf un lors d’une de leur rencontre il y a quelques mois en sous entendant qu’elle avait cru comprendre qu’il aimait les stylos. Ce qui, compte tenu des relations plus ou moins houleuses entre les 2, ressemblait franchement à un foutage de gueule en règle. A moins que j’aille un peu loin dans l’extrapolation. Mais je ne pense pas.

On dirait que Barthès, de par l’impact qu’il a sur la société française (on ne vous en parle pas à toutes les sauces ?), a pris la place des Guignols qui ne font plus vraiment rire personne depuis deux ans.

En gros : Ouf, le Groland et le Petit Journal sont là. L’honneur de Canal + est sauf.

Il y a un an, le 10 novembre 2007, Norman Mailer mourrait.

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“You gotta keep the devil down in the hole…”

avril 4, 2008

Ceci est un coup de cœur. Un grand cri d’amour pour une série que j’ai découverte il y a quelques mois et dont je ne me remets tout simplement pas.

S’il fallait la catégoriser, THE WIRE serait une série policière. Par ma part, je l’apparente plus volontiers à une chronique sociale hors du commun, un portrait sans artifice d’une des villes les plus mal loties des Etats Unis, en tout cas sur la côte Est : Baltimore.

B-More

Chaque saison de The Wire est consacrée à un aspect de la ville, que ce soit les docks du port de baltimore et la communauté polonaise (saison 2), le système scolaire sans issu (magnifique, incroyable, inoubliable saison 4) ou encore le monde politique et le milieu policier tendance côté obscure (saison 1 et 4). En fil rouge, l’extrême pauvreté des populations noir américaine dans le pays occidental le plus inégalitaire.

 

L’épisode final de THE WIRE a été diffusé sur HBO en mars 2008. En 6 ans, la série a fait école, auprès notamment de sociologues ou de populations noires américaines, se reconnaissant totalement dans le quotidien des gosses de la saison 4 (par exemple).

The Wire est impressionante de noirceur, ou plutôt de fatalisme. La série ne juge pas, elle montre sans concession un quotidien où chaque protagoniste (il n’y a pas une « tête d’affiche » mais des personnages plus ou moins récurrents) se retrouve face à ses contradictions et se fait le plus souvent rattraper par « son » monde, par ses origines sociales (voir saison 4 épisode 12 par exemple – je parle beaucoup de la saison 4 car je viens de la voir).

Sociologiquement parlant, impossible de ne pas penser à la sociologie de Chicago pour analyser le propos. Politiquement, on ne peut que constater l’impuissance de chacun (lorsqu’il y a une volonté de changement), pris dans une grosse machine à broyer, intraitable.

Tant de subtilité, tant de finesse, tant de désarroi dans une série est rare. HBO (la chaine payante la plus fameuse et talentueuse des USA) nous a livré par le passé (proche) des programmes exceptionnels certes (Six Feet Under, The Sopranos que beaucoup voit comme « la meilleure série de tous les temps), mais rien, à mon avis, de l’acabit de The Wire.
Chaque épisode nous plonge dans une profonde réflexion. C’est peut être d’ailleurs plus facile de la voir du côté européen, car moins dérangeant. Aux Etats-Unis, THE WIRE a toujours été diffusé en seconde partie de soirée, elle a bénéficié d’un succès critique certain mais le public n’a pas toujours été au rendez vous. D’aucuns disent que c’est parce qu’elle met le spectateur devant ses responsabilités, qu’elle lui montre un aspect des Etats-Unis qu’il essaye d’ignorer du mieux possible.

Pas de pseudo condescendance tout de même. A quand une série française sur le milieu carcérale par exemple ? Il est bien connu que les prisons de l’hexagone sont absolument indignes de l’homme, quel qu’il soit, quoi qu’il ait fait.

 

Je pourrais m’attarder sur le fait que l’auteur principal de THE WIRE, un dénommé David Simon, est un ex policier de Baltimore, ce qui n’accroit qu’un peu plus la crédibilité du propos (qui n’est mis en doute par personne). D’autres l’ont fait mieux que moi.
Je pourrais aussi m’attarder sur les conditions de tournage de la série (dans la ville, avec des acteurs en grande majorité non professionnels).

Mais je voulais surtout faire part de cet IMMENSE coup de coeur dont on ne ressort pas indemne.

 

http://www.thewire-france.com/
http://en.wikipedia.org/wiki/The_Wire_%28TV_series%29