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Suisse : la grande crainte de l’ouverture ?

février 8, 2009

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Aujourd’hui est un jour de votation (terme pour désigner tout vote qui n’est pas une élection en Suisse, qui a  unsystème politique aussi particulier qu’avant gardiste). Le peuple va, entre autre, s’exprimer sur la reconduction et l’extension à la Bulgarie et à la Roumanie des accords Bilatéraux avec l’Union Européenne. Grosso modo : que la Suisse reste dans l’espace Shengen de libre circulation, que les citoyens de l’UE puisse continuer à travailler et à s’établir librement en suisse (ET RECIPROQUEMENT). Voir un très bon résumé des enjeux.

L’ambiance actuellement en Suisse me fait invariablement penser à l’ambiance de 2005 en France lors du référendum sur le Traité Constitutionnel Européen. L’opposition, donnée au départ largement battue, a effectué une remontée fulgurante au point de se retrouver au coude à coude avec le OUI, majoritaire au sein des élites politiques (même si on observe des élus se prononcer unilatéralement pour le non de peur de ne pas se faire réélire, tel le tessinois Valenteino Benicchio).

Il y a énormément de fausses peurs, de préjugés (de xénophobie peut on dire), de mensonges savamment entretenus par l’Union Démocratique du Centre qui n’a de centriste que le non (il s’agit du parti le plus à droite du pays, ayant réalisé plus de 20% au niveau fédéral lors des dernières élections). Pourtant, pour parler avec nombre de Suisses, on sent que cette volonté de repli sur soi est réelle et massive. Selon moi, on peut y voir trois causes :

- le scepticisme contre le gouvernement et les élites tout d’abord. Pourquoi ? Car au départ, les Suisses étaient censés voter séparément sur la reconduction (indéfinie) et l’extension  (à la Roumanie et la Bulgarie) des accords. Beaucoup de citoyens se sont sentis floués, suite à une campagne médiatique massive de l’UDC (la séparation des deux questions étaient une revendication fondamentale du parti que le gouvernement s’était engagé à respecter pour se rétracter).
D’autre part, beaucoup argüent (et ils n’ont pas tort) que, de toute façon, le gouvernement trouvera autre chose en cas de vote négatif, comme on l’a vu après le non au référendum constitutionnel des nétherlandais et des français… Voir une vidéo qui en dit très long sur le sujet.

- la xénophobie, présente à plusieurs niveaux. Il faut savoir que l’UDC, après l’échec de la division du référendum, a basé sa campagne pour le non en arguant que les roumains (comprendre les gitans…) allaient arriver par millions en Suisse (“comme les Kosovars l’avaient fait avant eux”). Cette “peur du ressortissant de l’Est (Yougoslave, Kosovar, Roumains, Bulgare…)” est avant tout le lot de la suisse alémanique, traditionnellement la plus à droite.

Cette peur s’est vite vu complémentée par une autre peur, beaucoup plus répandue dans les cantons limitrophes : le (re)sentiment anti frontalier. Le Tessin et Genève sont de loin les plus représentatifs. + 45% de frontalier notamment dans la région lémanique ces 5 dernières années.

Les Français acceptent des emplois qualifiés pour un salaire moindre, on les accuse de dumping salarial et de briser les grèves. Surtout, les rapports entre Français et Suisses se détériorent à grande vitesse, la non intégration volontaire ou supposée des uns, entrainant le ressentiment croissant des autres… Ce discours semble tellement rodé, déjà entendu (pas seulement en Suisse). C’est juste “curieux” de voir qu’il s’applique au Français voire aux ressortissants de l’UE, catégorie de personne qu’on ne considèrerait pas directement comme telle… Du coup, pour beaucoup, la non reconduction des bilatéraux seraient un moyen d’arrêter le flux continue de frontalier.

Sauf que si les frontaliers sont là, c’est parce que la demande de main d’oeuvre (qualifiée notamment) est trop importante. Et que “le miracle économique suisse” leur est en grande partie imputable. Il faut aussi garder en tête que le Suisse est systématiquement privilégié au niveau du salaire et de l’embauche sur l’étranger…
Rappelons enfin que la Suisse est un des seuls pays en Europe à arriver à préserver une immigration de travail (seul 1 immigré sur 6 arrive à acquérir la nationalité, les autres repartent au bout de 10 ou 15 ans) “grâce” à une des politiques d’immigrations les plus strictes en Europe.

- la crise financière. Qu’on le croie ou non, la situation des Suisses est elle aussi entrain de se précariser à grande vitesse. Tout à fait logiquement, le camp du non mise sur un regain de protectionnisme pour préserver sa bonne condition de vie. Cela se comprend assez. En outre, il y a une indéniable colère contre les banques (Crédit Suisse, UBS), les dividendes qu’ils se sont attribués en fin d’année malgré les pertes, ce qui ne fait qu’exacerber le sentiment anti élite. Et puis la crise est aussi un moyen de raviver le sentiment isolationniste qui est constitutif de l’identité suisse. Dans ce sens, Norvège et Suisse, même combat.

On le voit, la conjoncture de ces trois facteurs risque de faire basculer le résultat des votations, qui sera connu aujourd’hui. En octobre 2008, le OUI était pratiquement acquis. La situation a depuis, si l’on peut dire, “pourri.” Je ne peux m’empêcher de penser au moment fondamental que constitua le NON à l’entrée dans l’Espace Economique Européen (comprendre l’Union Européenne) en 1992.

Dans tous les cas, les résultats de ces votations constitueront un tournant dans l’orientation de la politique suisse. Trop souvent cependant, les hélvètes ont tendance à oublier que la non reconduction de ces bilatéraux leur sera plus préjudiciable que bénefique : sans eux, les Suisses ne pourront tout simplement plus s’établir à l’étranger, et auront beaucoup plus de difficultés à se développer au niveau européen. En 2000, le pays a réalisé 78% de ses exportations avec l’UE…

Rajout : C’est finalement le OUI qui l’emporte à 60%. Comme quoi, les sondages se sont encore trompés. Je suis tout de même le premier surpris de cet excellent score. Une bien bonne nouvelle.

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NON, Trois fois NON.

juin 14, 2008

Et bien c’est NON. Une fois de plus. Avec 60 % d’abstention cela dit. Les Irlandais ont voté NON au Traité simplifié de Lisbonne. Pour quelles raisons ? Peu importe, j’ai envie de dire. La peur d’une éventuelle perte de neutralité n’avait pas lieu d’être. La peur d’un éventuel changement du régime fiscal n’avait pas lieu d’être. L’invocation d’une incompréhension totale du texte elle, en revanche, est tout à fait valable. Qui n’a pas vu ces Irlandais disant tout simplement qu’ils ne voteraient pas pour un texte qu’ils ne comprennent pas ? Absurdité du raisonnement d’un côté (car dans ce cas là, 95 % de la population d’un pays ne voterait ni pour ce Traité ni pour sa propre constitution) mais illustration parfaite du mal qui ronge l’Union Européenne depuis une décennie : la technocratie.

L’Europe actuelle ? Les gens n’en veulent pas. Tout simplement. Il faut arrêter de se cacher derrière les excuses de politiques intérieures (même si nos politiques ont trop souvent l’habitude de rejeter tous les maux sur l’UE et de ne jamais souligner ce qu’elle a permis de faire). L’aspect technocratique de l’Europe avait volontairement été instauré par les pères fondateurs pour transcender les nationalismes qui avaient fait tant de mal. Aujourd’hui, les choses ont changé, certes, et la démocratie s’est, quoiqu’on en dise, immiscée dans le fonctionnement de l’Union. Cependant, la difficulté de compréhension du fonctionnement européen persiste. En même temps, à 27, comment pourrait-il en être autrement ?

Le NON français n’a pas été un accident de parcours. Celui-ci non plus. On nous parle d’une autre Europe, mais chacun la voit différemment. Les choses auraient pourtant pu être largement améliorées, rendue plus claire, après une accumulation de Traités plus ou moins pertinents (Nice en premier lieu). Même sans cela, on n’insiste pas assez sur les réalisations qu’a permises l’Europe Si on connaissait le nombre de subventions, de programmes, de directives ayant permis l’amélioration de la condition des citoyens. On préfère stigmatiser l’euro (alors qu’en l’état actuel, l’Europe a un formidable pouvoir de créancier qui pourrait lui être plus que bénéfique), le manque de démocratie. Il faut dire aussi que la période est particulièrement critique. La conjoncture actuelle rend la vie de plus en plus difficile, la rupture entre élites et population est de plus en plus persistante. Des commentateurs voient dans le scrutin un populisme égoïste. J’y vois plutôt l’expression d’une condition. Malheureusement.

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Les Coulisses de Bruxelles

mars 29, 2008

Les coulisses de Bruxelles, c’est avant tout le nom d’un blog. Surement un des meilleurs blogs politiques, et parfois très révélateur de l’ambiance de Bruxelles.

Car la capitale de la Belgique est un monde à part. Pas du point de vue culturel (enfin si, mais ce n’est pas le sujet ici, quoiqu’il y aurait beaucoup à dire sur la musique belge en générale) mais bien au niveau politique (vous avez du vous en douter). Plutôt que de me faire l’écho d’hypothétiques commentaires “d’inside man” qui m’ont été donnés d’entendre pendant deux jours (je viens d’y passer deux jours grâce à mon stage), je préfère insister ici sur le fait que le microcosme bruxellois est un monde politique à part.

Pas étonnant qu’on emploi le mot “coulisses”. Tout ici apparait être des discussions informelles, des négociations de tous les instants, en anglais le plus souvent. Je ne veux pas non plus travestir le propos : les institutions européennes sont prédominantes, immenses, impressionnantes (les bâtiments du parlement et de la commission en tête). Le travail de la Commission peut être connu de tous. Mais il faut bien se rendre compte que l’Union Européenne, c’est avant tout une question de réseaux, de discussions informelles, d’échange d’information, de négociations … de compromis.

Ce fameux mot que beaucoup en France ont du mal à comprendre. Les optimistes voit cette tentative perpétuelle de compromis comme un signe de démocratie et de prise en compte des intérêts de chaque pays, mais aussi de chaque structure, de chaque entité territoriale. Les sceptiques préfèrent parler de “somme des intérêts personnels de chacun” et de système où ceux ayant le plus de pouvoir d’influence seront gagnant.

Le fait est que l’Union Européenne est compliquée. Cet espèce de machin politique hybride, unique dans le monde est difficile d’accès, moyennement saisissable malgré toute la bonne volonté qu’on y met. On a pu le voir il y a quasimment trois ans maintenant, lors du référendum sur le traité constitutionnel. Tout le monde y allait de son avis, Europe ultralibérale pour beaucoup, on essayait de se confronter à l’obscurantisme des textes sans jamais réussir à comprendre exactement le fonctionnement tellement complexe de cette machine (rassure toi, je ne vais pas tenter l’exercice).

La meilleure preuve est d’ailleurs le résultat d’un sondage paru il y a peu à l’occasion du cinquantième anniversaire du parlement européen : je cite LES COULISSES DE BRUXELLES dans un post récent : “À la question : « le Parlement européen est-il directement élu par les citoyens européens », 41 % des Français répondent « vrai », 44 % « faux ». La France se classe à l’avant-dernière place européenne. [...] L’ignorance ne s’arrête pas là : 46 % Français sont persuadés que les députés européens siègent par nationalité et non par appartenance politique et 47 % que les députés votent en fonction de leur intérêt national [...] Seulement 27 % des Français disent avoir lu, vu ou entendu récemment dans la presse ou sur internet quelque chose à propos du Parlement européen. Ce sont même les moins informés de l’ensemble de l’Union !”

No Comment ?

Allez, pour finir, quelques petits “ragots” (je cède)…

A Bruxelles aujourd’hui, comme on s’en doute, la présidence française est sur toutes les lèvres. Le pouvoir politique français nous donne plutôt l’impression que sa présidence sera l’occasion de concrétiser un grand nombre d’initiatives au niveau de l’Union. Encore une fois, la France éclairée semble vouloir guider les 26 autres. Sauf qu’un grand nombre d”inside man (j’aime ce terme aha) nous disent plusieurs choses :

- la France devra surtout s’occuper de mettre en place les initiatives du traité simplifié qui n’a pas encore été ratifié par l’ensemble des membres
- avoir la présidence la deuxième partie de l’année n’est pas vraiment avantageux car elle est dans les faits rognée de deux mois (juillet août), l’été et ses vacances étant souvent trop fort
- Christine Boutin peut crier autant qu’elle veut et sur tous les toits qu’elle mettra le logement en priorité, les 26 membres restant ne veulent rien entendre. Idem pour un certain nombre d’autres sujets.

Il sera donc intéressant de voir ce qui va se passer sur l’immigration (Sarkozy veut de longue date établir un accord entre tous les membres), l’énergie, la défense, l’environnement ou encore le logement. On fait le bilan d’ici un peu plus de six mois.