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Yes they can, renchérit Ban Ki-moon

octobre 27, 2009

Je me permets juste de mentionner la tribune de Ban Ki-moon publiée dans le NY Times il y a deux jours, faisant écho à celle publiée par Kerry et Graham il y a une dizaine de jour.  Plus que jamais, le secrétaire des Nations Unies urge les parlementaires états-uniens de faire passer le texte avant Copenhague (tout en félicitant l’accord bipartisan trouvé) et entrevoit la possibilité d’une absence de “deal” sans cela. La tribune est volontairement optimiste mais n’arrive tout de même pas à cacher l’inquiétude généralisée qui se profile…

U.S. leadership is crucial. That is why I am encouraged by the spirit of compromise shown in the bipartisan initiative announced last week by John Kerry and Lindsey Graham. Here was a pair of U.S. senators — one Republican, the other Democratic — coming together to bridge their parties’ differences to address climate change in a spirit of genuine give-and-take.

We cannot afford another period where the United States stands on the sidelines. An engaged United States can lead the world to seal a deal to combat climate change in Copenhagen. An indecisive or insufficiently engaged United States will cause unnecessary — and ultimately unaffordable — delay in concrete strategies and policies to beat this looming challenge.

[...]

Can we seal a comprehensive, equitable and ambitious deal in Copenhagen that will reduce greenhouse gas emissions and limit global temperature rise to a scientifically safe level? Can we catalyze clean energy growth? Can we help to protect the most vulnerable nations from the effects of climate change? Can we expect the United States to play a leading role?

The best answer to all these questions was given last week by Senators Kerry and Graham: “Yes, we can.”

C’est toujours intéressant de voir à quel point la vie politique nationale définit et conditionne les agissements d’un pays au niveau international. Sans le passage d’une loi avant Copenhague, les représentants des USA ne pourront pas négocier de baisse des émissions au niveau global et signer un éventuel traité. Même avec cela, les USA pressionent toujours pour une limite d’émission propre à chaque  Etat, au lieu d’une limite globale (comme c’était le cas avec Kyoto). En poussant un peu, on pourrait tout de même dire que la réussite de Copenhague dépend de 100 Sénateurs Etats-Uniens… Comme dirait Ban, “en tant que peuple, en tant que nations, en tant qu’espèces, nous coulons ou nageons ensemble“.

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Suite des péripéties de la loi sur le changement climatique aux Etats-Unis

octobre 22, 2009

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Dans un billet fleuve datant de juin dernier, je résumais les principales mesures proposées par le projet de loi Waxman-Markey sur le changement climatique aux Etats-Unis. La loi était passée à l’arrachée à la chambre basse, les moins optimistes prévoyant de toute façon un enterrement au Sénat. Car pour que le texte passe au Sénat, il faut 60% des voix (soit … 60 voix), plus que la majorité simple requise en chambre basse (pour un détail sur les modalités de vote d’une loi aux USA, voir le très bon topo du Sénat français). Les sénateurs démocrates sont 56. Mais comme on a pu le voir, cela ne veut pas dire grand-chose, nombre d’élus démocrates étant plutôt sceptiques sur la loi et les retombées qu’elle aurait sur leurs électeurs. Il faut donc une fois encore trouver un accord bipartisan.

Toujours est-il que fin septembre, les Sénateurs John Kerry et Barbara Boxer ont proposé leur projet de loi sur le changement climatique. Le plus surprenant ? Celui-ci y va encore plus fort que le projet de loi Waxman-Markey !

A 2 mois du sommet de Copenhague, il semble que la loi n’aura pas le temps de passer (il faut encore qu’elle fasse la navette et elle n’a de toute façon même pas été approuvée par le Sénat, étape ô combien fondamentale), ce qui selon toute vraisemblance signe la mort d’un traité à Copenhague. Ce qui n’empêche pas le prix Nobel de la paix Barack Obama de faire un discours devant les Nations Unis sur le péril du changement climatique (l’hôpital qui se fout de la charité ? En tout cas, à entendre le discours, on a l’impression qu’il s’adresse plus aux états-uniens qu’à l’ONU)

Pourquoi en parler si concrètement si rien ne s’est passé alors ? Tout d’abord pour commenter les éléments nouveaux (sachant que le texte est entrain de passer en commission et qu’il risque de subir une fois de plus les foudres des lobbyistes). Surtout, pour dire que le Sénat n’a, paradoxalement, jamais été aussi près d’un vote.

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Quoi de nouveau ? Le projet de loi Kerry-Boxer et son titre éloquent. Il est plus avancé au niveau environnemental, économique et politique :

  • Environnemental : L’« avancée » la plus emblématique ? Le texte propose une réduction de 20 % des émissions d’ici 2020 par rapport à celle de 2005. C’est 3 % de plus que le projet de loi waxman-markey, ce qui est plutôt courageux étant donné déjà les gros doutes lors du vote par la chambre des représentants. Le texte prévoit aussi d’encourager les transports écolo (transports en commun, vélos etc.) en leur octroyant un pourcentage des revenus du futur marché du carbone. A noter aussi la proposition d’une régulation des usines au charbon.
  • Politique : clairement le domaine le plus intéressant. Car pour faire voter leur projet, les sénateurs démocrates ont besoin de républicains. On ne joue plus seulement sur la fibre « indépendance énergétique ou augmentation des emplois grâce à une économie verte ». On est clairement  dans l’optique « le projet de loi est une opportunité de redonner aux USA leur rôle de leader, à Copenhague notamment ». Ce qui me surprend toujours étant donné l’étendu de l’(in)action des USA en faveur du climat ces dernières centaines d’années.

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Car paradoxalement, l’effervescence est de mise aux USA suite à la publication début octobre d’une tribune commune dans le NY Times de Kerry et Lindsay Graham, un sénateur républicain très proche de McCain. La tribune s’appelle … « Yes we Can (passe the climate change legislation).

On peut y lire que (traduction personnelle) les sénateurs “refusent d’accepter l’argument que les USA ne peuvent pas mener le monde dans le combat contre le changement climatique”.

Un autre passage plus loin en VO insiste sur la nécessité de trouver un accord bipartisan : “But we speak with one voice in saying that the best way to make America stronger is to work together to address an urgent crisis facing the world.”

Idéalement, toujours selon la tribune commune du NY Times, la loi “empower our negotiators to sit down at the table in Copenhagen in December and insist that the rest of the world join us in producing a new international agreement on global warming.”

Et puis une telle législation serait selon le texte un sacré coup de pouce à la sécurité nationale puisque “we know that sending nearly $800 million a day to sometimes-hostile oil-producing countries threatens our security.”

Bon, certes, c’est l’Européen en moi qui parle. J’ai toujours eu du mal avec la rhétorique états-unienne en matière de politique extérieure (ce côté messianique). Clairement, il y a aussi l’enjeu de faire passer la loi en convainquant l’opposition. D’ailleurs, un tel ralliement grand public laisse augurer du meilleur pour l’avenir de la législation. D’autant plus que Lisa Murkowski, sénatrice républicaine de l’Alaska a aussi donné son soutient au projet de loi suite au papier paru dans le NY Times.

Très pragmatiquement, on ne peut que s’en réjouir puisque ce projet serait la première vraie avancée pour réduire les émissions de carbone nord-américaines. Et que ça pourrait créer une amorce de mouvement global (l’Europe elle n’a pas attendu pour agir) et donc un succès de Copenhague (qui parait bien mal engagé). Soulignons d’ailleurs que la proposition de loi Kerry-Boxer prévoit que l’Agence de Protection Environnementale émette des rapports annuels sur l’avancée des politiques de lutte contre le changement climatique grands pays « en développement » (comprendre la Chine et l’Inde surtout). Officieusement, c’est surtout un moyen de mettre la pression sur la Chine (à mon humble avis).

Last but not least, il faut noter que les républicains n’ont tout de même pas accepté de sauver la terre gratuitement (en gardant toujours à l’esprit que le texte peut encore très largement être changer avant et après le vote, si vote il y a). Deux conditions ont été mises sur la table pour que Kerry et Boxer obtiennent leur deal :

  • Autre condition : que le moratoire fédéral sur le forage (valide jusqu’en 2012) dans les eaux territoriales du pays soit levé. Il s’agit là d’un vieux serpent de mer faisant écho à un débat en juin 2008. Devant la flambée des prix du pétrole, W Bush voulait lever un moratoire fédéral existant depuis 1982 et empêchant toute plateforme au large de certaines côtes états-unienne. Persuadés qu’il se cache des mannes de pétrole sous la croute terrestre maritime, Bush et ses amis du lobby pétrolier voulaient commencer à forer tous azimut, soit disant pour faire baisser le cours du pétrole (car la découverte de gisement permettrait d’endiguer temporairement le pic oil) et surtout pour favoriser l’indépendance énergétique des USA. Sauf que les Etats concernés s’étaient largement opposés à une telle mesure (Schwarzy en tête), devant les dégâts que cela pourrait causer. Dans tous les cas, on estime la manne au maximum à 100 000 barils supplémentaires par jour (soit une goute d’eau). Climate Progress (encore lui) fait l’analyse suivante : un jour ou l’autre, cela va arriver puisque le pétrole sera de plus en plus rare. Autant gagner un accord pour faire passer la loi (très pragmatique). Et puis selon le même blog, les firmes pétrolières n’arrivent même pas à exploiter les ressources déjà présentes (34 millions de barils offshore !), la question est donc surtout idéologique.

Rendez vous au prochain épisode. Il s’agit surtout de savoir aujourd’hui si la loi va passer ou non avant Copenhague (qui s’approche à grands pas). Apparemment ça ne sera pas le cas. Nombre d’analystes insistent cependant sur le fait que sans le passage d’une loi sur le changement climatique avant le sommet, PAS DE TRAITE SIGNE. Car les négociateurs des Etat-Unis doivent avoir une base juridique pour s’engager sur une réduction des émissions au niveau international. Et il est bien sur hors de question qu’un nouveau traité se signe sans la ratification des USA par la suite (comme ça a été le cas avec Kyoto).

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Et ça passe !

juin 29, 2009

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La chambre des représentants des Etats-Unis a voté le projet de loi Waxman-Markey sur le changement climatique samedi dernier ! Historique selon les médias spécialisés.

Comme je l’ai écrit dans le précédent post, rien n’est encore fait, le projet devant encore être voté par le Sénat. Et pour cause ! Heureusement que le projet n’avait besoin que d’une majorité simple : le projet a été accepté avec … 7 voix d’avance (219 vs 212). Obama a qualifié l’évènement “d’étape courageuse et nécessaire“. Les débats  pré vote ont apparemment été houleux mais on peut qualifier le vote de “bipartisan” puisque pas moins de … 48 démocrates ont voté contre et 8 républicains pour.  Il est cependant permis de douter de l’avenir de la loi, étant donné la très maigre majorité qu’elle a eu à la chambre basse (et la majorité plus exigeante demandée au Sénat – cf mon post précédent là encore).

Al Gore a salué l’évènement, parlant aujourd’hui d’un rôle historique du Sénat pour notamment aider les USA à … restaurer leur leadership mondial. Rendez vous dans 7 – 9 mois pour la suite des évènements. En attendant, je ne peux que saluer un tel résultat. Et espérer que le texte ne soit pas trop travesti par la chambre haute (on peut même se prendre à rêver d’une hausse de la limite d’émission fixée d’ici à 2020).

Prochaine étape très importante de la vie législative US : le projet de loi sur la santé. Et ça promet d’être autrement plus difficile que le changement climatique !

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Le projet de loi états-unien sur le changement climatique – enjeux, tenants et aboutissants

juin 23, 2009

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Ce projet de loi est l’un des plus importants jamais introduit au Congrès. Il a une envergure morale similaire à la loi sur les droits civils des années 60 ou au Plan Marshall – Al Gore

Depuis le début du mois de mai 2009, la vie politique états-unienne est largement animée par les débats autour du American Clean Energy and Security Act (ACESA), aussi connu sous le nom de « Climate Change Bill » ou encore « projet de loi Waxman-Markey », du nom de ses auteurs. Mais pourquoi, comme l’a déclaré Al Gore, ce projet de loi est il si important ? Et quels en sont les tenants et aboutissants au niveau national comme international ?

Le projet de loi Waxman-Markey est vaste et a suscité de nombreuses interrogations. Pire même, ses instigateurs mènent depuis un mois des négociations acharnées pour le faire passer le plus rapidement possible afin qu’il soit ensuite soumis au Sénat, étape autrement plus difficile. Le texte doit en effet être voté dans la chambre haute à plus de 60 % (contre un vote à la majorité simple à la chambre basse). Or, les sénateurs démocrates bénéficient d’une faible majorité. En outre, les démocrates sudistes du Congrès sont clairement sceptiques, ayant peur des répercutions du texte sur leur industrie fortement polluante. Sans parler des Républicains qui se battent pour au moins vider le texte de son contenu.

Le Climate Change Bill a, de fait, subi de très nombreuses modifications depuis sa version initiale.suivre la trajectoire du texte permet de saisir la complexité de la manière de fonctionner du législatif états-unien. Et notamment l’immense rôle du lobbying Au-delà de l’enjeu environnemental fondamental, .

Le projet a d’abord était présenté comme très ambitieux, étant d’abord crédité (noté) par les greens (écolos) d’un honorable B + pour ensuite petit à petit se voir reléguer à un médiocre B -, suite aux nombreuses concessions faites par les parlementaires Waxman et Markey aux industries.

Tout d’abord, je vous propose un bref résumé des principaux points de l’ACESA, dans son état actuel, après avoir subi de nombreux changements suite aux longues négociations avec les lobbies. Si vous voulez connaître en profondeur les modalités du texte, vous pouvez trouver un ici un long résumé ainsi qu’un très bon résumé du résumé sur lequel je me suis appuyé ici (en anglais).

Principaux points du projet de loi Waxman-Markey :

  • 20% de l’électricité produite par les entreprises de service dans le domaine devra être propre (efficacité énergétique, énergies renouvelables) d’ici à 2020.
  • Des investissements conséquents dans les nouvelles technologies. D’ici à 2025,  $90 milliards sont prévus pour les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique, $60 milliards pour la séquestration de carbone, 20 milliards pour les véhicules propres et $20 milliards pour la recherche/développement.
  • De nouveaux standards d’économie d’énergie pour les secteurs du bâtiment, de l’industrie ou encore de l’électro ménager.
  • Protéger le consommateur de l’augmentation des prix de l’énergie. Selon l’Agence de Protection de l’Environnement US, les dispositifs mis en place par le projet de loi permettrait de limiter les couts : le cout de revient quotidien pour chaque foyer états-unien serait l’équivalent du prix d’un … timbre poste.
  • La réduction des émissions de carbone états-unienne de 17% d’ici à 2020 et de 80% d’ici à 2050 par rapport aux taux de 2005. A ce titre, et à l’instar du schéma de l’Union Européenne (EU-ETS), le projet prévoit l’établissement d’un marché du carbone à partir de 2012. Les entreprises des principaux secteurs émetteurs (pétrole, électricité) émettant plus de 25 000 tonnes de carbone par an se verront attribuer des quotas d’émission afin d’atteindre les pourcentages cités. Un marché de permis sera ainsi créé : les entreprises étant en dessous de leur limite pourront revendre leur permis tandis que les entreprises en excédent seront dans l’obligation d’en acheter pour respecter leurs quotas (pour chaque tonne de carbone ou équivalent en excédent, l’entreprise devra acheter un permis). C’est ce que l’on appelle un système « cap and trade ». Les entreprises pourront aussi utiliser les mécanismes de compensation (système « baseline and credit ») type Mécanisme de Développement Propre du Protocole de Kyoto (« carbon offsets ») pour atteindre leurs quotas. Ils ne pourront cependant pas acheter plus de 2 milliards de ce type de certificat par an, la moitié devant provenir des Etats-Unis.

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Après toutes ces années de déni, après toutes ces années d’inaction, nous avons enfin l’opportunité de faire un immense pas en avant en matière de changement climatique. Le projet de loi Waxman-Markey est imparfait, il est parfois décevant mais il représente une avancée concrète et immédiate. La planète n’attendra pas Paul Krugman

Malgré de fortes critiques, le projet de loi reste aujourd’hui le texte le plus important en la matière dans l’histoire du pays. Hélas, comme je l’ai écrit peu avant, absolument rien ne certifie qu’il sera adopté, ne serait ce qu’à la chambre basse. Il doit tout d’abord être approuvé par pas moins de 8 comités de la Chambre des Représentants (sortent de Commissions de l’Assemblée Nationale en France). Les médias ont largement couvert son approbation par le Comité de l’Energie et du Commerce le 21 mai, sans toutefois préciser que la route était encore longue. Nancy Pelosi, présidente de la Chambre, table sur une approbation ce vendredi ou lors de la première semaine de juillet. Le texte doit être voté au plus vite, au risque de se voir enterré dans des négociations sans fin et de voir d’autres textes d’envergure (le projet de loi sur le système de santé) prendre les dessus.

catLes débats sur le sujet ont été houleux. Les principaux lobbies du pétrole, du charbon et des autres grands pollueurs ont tout fait pour que le projet soit abandonné ou en tout cas vidé de son contenu.  A noter tout de même que l’ensemble de l’industrie US est loin d’être contre le projet de loi (ils sont réalistes), à l’instar du géant CATERPILLAR.
Il y a quatre points d’accroche majeurs : les limites globales fixées ainsi que les délais de la mise en place du marché du carbone, l’utilisation des systèmes de compensation pour faciliter l’atteinte des quotas, les contenus des standards fixés pour les différents secteurs et enfin, le plus important, l’attribution de rabais ou de crédit gratuit lors des premières années pour les entreprises les plus « en danger ».

L’objectif initial du texte était une réduction globale des émissions de 20% par rapport aux taux de 2005, d’ici à 2020. Finalement, les négociations sont tombées d’accord sur 17%. Soulignons aussi que la référence de l’année 2005 est largement contestable, le Protocole de Kyoto prenant par exemple appui sur les taux de 1990. Certes, il prône d’ici à 2012 une réduction globale de 5% des émissions, mais pour nombre d’observateurs, 17% est un taux encore bien trop faible. Même si certains affirment que c’est avant tout la mise en place le plus rapidement possible d’un tel dispositif qui est le plus important.

Mais la question la plus polémique est celle suscitée par les rabais ou plus précisément l’attribution de crédits gratuits, inévitables selon Waxman pour pouvoir faire voter le texte. On estime que pas moins de … 55% (!) des crédits seront donnés gratuitement lors des … 10 à 15 premières années de fonctionnement du marché ! Le principe est d’accorder des crédits gratuitement pour permettre aux entreprises de dépasser leur limite sans avoir à payer. Le but fondamental de ces « cadeaux » est de protéger le consommateur contre une subite hausse des prix. Les industries de l’électricité, plus grandes émettrices, répercuterait en effet leurs couts de transition vers les énergies propres sur les factures, ce qui provoquerait, on s’en doute,  une grogne générale. Ce secteur bénéficierait de la plus grand part du gâteau (30% du total des émissions prévues). Outre l’accompagnement de la transition vers la propreté, le but de ces rabais est aussi de limiter les « délocalisations » vers les pays où il n’y a pas de limites. On craint en effet l’émergence de « paradis fiscaux » du carbone (en premier lieu la Chine) où un grand nombre d’entreprise déplacerait leur production pour ne pas avoir à subir le joug des limites fixées par les Etats-Unis. A noter que ce risque est global et est largement pris en compte dans les négociations actuelles pour, espérons le, le prochain traité signé lors du décisif sommet de Copenhague à la fin de l’année.

Voilà les taux d’attribution, alloués selon des modalités et des périodes différentes. On observera que presque l’ensemble des secteurs concernés reçoit sa petite ristourne… Nombre d’écolos ont de ce fait largement fustigé voire condamné ces concessions. Ils ont notamment fait référence à l’échec qu’ont été les deux premières années de l’EU-ETS (2005 – 2007), lorsque le marché du carbone n’a servi à rien si ce n’est à permettre à nombres d’entreprises de grassement se payer. Le nombre de crédits délivrés avaient été trop grand : les entreprises, sans changer leurs stratégies, avaient atteint leurs limites facilement et revendu tous les crédits censé les aider (ce qui avait par conséquent entrainé une chute vertigineuse du prix du carbone)… Cependant, comme l’explique très bien le meilleur blog US sur le changement climatique, l’Union Européenne, grâce à ce système qui aujourd’hui marche du tonnerre, respectera ses engagements vis-à-vis du Protocole de Kyoto.

Et puis, le Climate Change Bill a appris des erreurs du passé… 80% des crédits gratuit seront octroyés à des entreprises régulés. Grâce à un scrupuleux contrôle, le bénéfice des crédits sera entièrement pour le consommateur, il n’y aura pas moyen d’en tirer un quelconque bénéfice.

krugmanEn dépit de tous ces cadeaux et ces concessions (il y en eu d’autres notamment sur les standards d’économie d’énergie), le très écouté Krugman affirme que cette loi doit absolument passer car elle créera un stimulus pour une réduction des émissions et l’adoption de nouvelles stratégies vertes. Et puis il parait que malgré tout ça, la loi permettrait une réduction des émissions équivalente aux émissions de la moitié des voitures sur terre, soit 500 millions de véhicules. Si ça, ce n’est pas un argument en béton armé franchement…

La volonté d’Obama de faire absolument passer la loi n’est pas que de l’angélisme écologique. Le vote du projet va bien au-delà du niveau domestique, conditionnant le sort des Etats-Unis au niveau international, économiquement et politiquement parlant.

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La nation leader dans les énergies renouvelables sera la nation qui dominera l’économie globale du XXIème siècle – Barack Obama

Tout d’abord, comme on le voit avec la citation, Obama lie l’écologie avec l’économie au niveau national. Il a très bien compris que le green business est l’avenir et qu’il est temps de s’y mettre après les huit années Bush. Les USA ont clairement un train de retard sur l’Union Européenne, voire sur la Chine qui mise depuis bien longtemps sur le secteur, ayant parfaitement compris qu’est en jeu leur future position au niveau de l’économie mondiale. Les anti « Climate Change Bill » ont trop peur des conséquences des ajustements qu’il faudra faire à court terme. Cependant, ce petit effort permettra à court et long terme de sauver l’environnement en faisant plein d’argent ! (J’entends les décroissants hurler. De savoir si la croissance verte est un mythe ou non est un autre débat – j’aurais pour ma part plutôt tendance à penser que c’est une chimère ou en tout cas qu’elle seule ne résoudra pas tout)

L’enjeu est donc double : l’ACESA permettra de créer moult emplois et aidera les USA à gagner le leadership dans le domaine de la construction et de la vente des technologies propres. A ne pas oublier non plus l’argument géopolitique : la loi Waxman-Markey permettrait de largement réduire la dépendance aux énergies fossiles…

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Je suis aujourd’hui plus optimiste que je ne l’étais auparavant sur le fait que les Etats-Unis puissent jouer un rôle majeur sur ce sujet, de paire avec l’Europe qui a été devant nous ces dernières années – Barack Obama

Dernier point de ce billet fleuve (et oui, ça me passionne !) : l’enjeu international. Le changement climatique peut aussi être un moyen de revenir sur le tout-devant de la scène internationale. Quoiqu’on en dise, les mandats de Bush ont été un désastre pour l’hégémonie US. La crispation de ‘l’Empire’ et son usage de la force (Irak) a donné une impression très vivace que celui-ci était sur le déclin et qu’on vivait les derniers soubresauts du monde unipolaire post-URSS. La stratégie de reconquête des cœurs d’Obama depuis son arrivée au pouvoir traduit, à mon humble avis, un changement total d’orientation. Fini le « vous êtes avec ou contre nous », les USA tente de redevenir un grand frère admiré de tous (c’est bien parti !). En ce sens, il doit faire preuve d’exemple. Aucune leçon ne peut être donnée tant qu’on ne balaye pas devant sa porte… On peut stigmatiser autant qu’on veut la Chine pollueuse, la désastreuse situation environnementale actuelle de notre belle planète est avant tout due aux émissions des 50 dernières années de « l’Occident » (et de la défunte URSS). Les Républicains affirment ne pas vouloir bouger tant que la Chine ne bouge pas. Obama a bien raison de penser que c’est l’inverse qui est vrai : pour arriver à ce que la Chine accepte d’adopter des limites d’émission, il faut que les Etats-Unis montrent l’exemple, et non l’inverse. Pour entrer dans toute négociation, la Chine exigeait cependant que les pays développés s’engagent à réduire leur réduction de 40% d’ici à 2020.

L’ACESA permettrait donc aux USA de dire au niveau international : « nous faisons nous aussi des efforts, nous voulons jouer les premiers rôles dans les négociations actuelles pour le futur Traité ».

Nous touchons donc à la fin de ce pavé. Bravo à ceux qui sont arrivés jusqu’au bout. La question à 10 000 $ est de savoir si ce projet va être voté par la Chambre des Représentants. Et si oui, quand et dans quel état. Les tractations continuent et je me dis parfois que je n’aimerais pas être à la place du député Waxman en ce moment qui se bat sans répis pour arriver à ses fins sans vendre son âme au diable (certains disent que c’est déjà fait). Il parait que ce sera pour ce vendredi, la semaine en cours ayant été qualifiée de rien de moins que « l’energy week ». La pression vient d’ailleurs d’être mise avec la sortie d’un nouveau rapport gouvernemental sur les conséquences du changement climatique aux Etats-Unis. En tout cas, le sujet est passionnant. J’espère avoir aidé à un peu mieux comprendre que ce projet est un bien plus qu’une loi en devenir. A mon humble avis, elle conditionne la future situation politique, économique et géopolitique des Etats-Unis dans les années à venir.

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Obama OD et le pouvoir à travers ses outils de communication.

janvier 22, 2009

Obama par ci, Obama par là, Obama partout, Obama omniprésent. Aux Etats Unis, c’est normal. En Europe, je ne sais pas. Je commence personnellement à over doser. Et je ne pense pas que ce soit de l’anti américanisme. Je vois plus ça comme un ras le bol de la démesure (et de l’absence totale de nuance de la part des médias). Comme si la haine collective contre Bush venait de se transformer en idolâtrie sans réserve. Comme si la personne d’Obama transcendait le village monde, réunissait les occidentaux en une nation. On dirait qu’Obama est notre président, qu’il va changer la scène politique internationale voire notre propre situation. Finalement, cet engouement massif en France pour le nouveau président états-unien me parait être la plus belle des preuves de l’occidentalisation de notre monde.

Mais bref, rendez vous dans 8 ans pour un bilan sur la place qu’occupe l’OTAN, le conflit Israëlo palestinien, les évolutions de l’ONU ou encore l’attitude des Etats-Unis en matière de droit international. On verra si le multilatéralisme a triomphé.

En attendant, je viens de voir que le site de la Maison Blanche avait été modifié à l’occasion de l’entrée en fonction du 44 ème Président.

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Plutôt que de parler d’Obama qui transcende les clivages, je me suis amusé à comparer les différents sites Internet des pouvoirs exécutifs occidentaux afin de voir de quelle manière la symbolique des institutions (censée unir le peuple qu’elles gouvernent) était mise en avant. En l’occurrence ici, un logo de la maison blanche, pas de trace d’Obama dans l’en tête. Voyons voir les autres.

Le Royaume Uni fait dans le moderne, sobre et classieux. Pas de trace de Gordon Brown non plus.

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L’Espagne fait aussi dans le sobre.

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Je suis aussi allé voir du côté de l’Amérique Latine, où les régimes sont présidentialistes, en prenant tout d’abord le Venezuela, censé être gouverné par un homme plutôt autoritaire et certainement populiste : Hugo Chavez. Pas une photo de lui comme on peut le voir.

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Je suis ensuite allé du côté de “l’ennemi limitrophe”, la Colombie, dont le régime est surement le plus à droite de tout le continent actuellement. Pas de trace d’Alvaro Uribe, même si j’ai personnellement beaucoup ri de l’en tête. Après tout, ça résume assez bien la ligne politique du gouvernement.

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Retour en Europe avec Barlusconi dont j’étais prêt à parier qu’il se mettrait au premier plan. Même pas tant que ça, comme on peut le voir.

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Et puis, vous vous doutiez de la chute, il y a la France. Voici le site à l’époque de Chichi…

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…qui a été “retravaillé” par le Président actuel.

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Et bim. Je trouve ça tout de même vraiment révélateur de l’état d’esprit de Nicolas Sarkozy. L’Elysée, symbole de l’exécutif français est au second plan. La présidence de république, la France, les institutions, la République, c’est Nicolas Sarkozy avant tout.  Après avoir vu les autres en tête, je trouve ça limite caricaturale. Non ?

Afin d’être exhaustif, j’ai trouvé dans ma, très rapide recherche, deux autres cas similaires. L’Allemagne dont le site Internet est carrément http://www.bundeskanzlerin.de/, à savoir “la chancelière fédérale”.  Merkel va encore plus loin que Sarkozy. Il aurait été bon de voir le même site à l’époque de Schröder, pour comparer. Notons que le régime allemmand est parlementaire…

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Autre exemple similaire, le Canada.

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Au delà de la curiosité de l’exercice (j’avoue que c’était assez drôle de spéculer sur les différentes en tête a priori), on  constate une chose : les sites Internet des pouvoirs exécutifs où l’individu au pouvoir est mis en avant émanent de gouvernements conservateurs. Pour Merkel, Sarkozy, Harper voire Berlusconi, il semble que la personnalisation du pouvoir soit importante. Après, ce serait un peu bête de tirer des conclusions d’ensemble uniquement sur la base de simples captures d’écran. Il n’empêche, je trouve tout cela assez parlant. Surtout pour Sarkozy, puisque c’est finalement le cas avec lequel je suis le plus familier. Pourtant, la République en France, je croyais que c’était sacré. La rupture, au moins ici, est belle et bien présente.

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C’est la crise.

octobre 8, 2008

Dernier message en date sur ce blog : début juillet. On peut parler d’une mort momentanée de ce blog. La crise était profonde :

- tout d’abord, ce blog est un cas classique, typique, de blog d’étudiant de science politique : un petit peu d’avis sur tout, des analyses pas toujours très judicieuses, la nécessité de mettre en avant sa propre perception du monde acquise pendant les années, dans le cadre des études, comme pour légitimer le dur labeur (pas vraiment quantifiable il est vrai). D’où la crise non pas d’utilité mais peut être bien, toute proportion gardée, d’identité.

- Et puis d’écrire des articles pas trop cons (quand même), ça prend aussi du temps, de la réflexion. Ce que je n’ai pas eu depuis bien longtemps. Le boulot l’été, les études à la rentrée. Je profite d’un mini break pour m’y remettre. Crise de conjoncture.

CRISE. CRISE donc. On entend que ça, tout le temps, partout. Le problème est que lorsqu’on n’a pas de solides bases d’économies, on a beau tenter de s’y mettre, nos opinions seront toujours conditionnées par ce que l’on entend (ce que l’on veut entendre). Question donc : comment faire dans ce cas de figure où l’information est tout simplement assommante (de par sa profusion) et où l’on entend plus ou moins tout et son contraire ?

Et bien on attend. Ou plutôt j’attends. Puisque de toute façon, j’ai bien l’impression que c’est comme la météo : tout le monde en parle car tout le monde la subit. Nous n’avons pas les cartes en main. J’éprouve pour ma part un sentiment plutôt contradictoire : je suis bien content que personne dans mon entourage n’ait rien en bourse. De l’autre coté, je me dis que c’est peut être le moment d’acheter en masse des actions. Ca m’incite presque à la spéculation. Bizarrement, je n’arrive pas à ramener tout ça à un simple “je vous l’avais bien dit que le monde marchait sur la tête”.

Hier dans le Monde (le quotidien cette fois), en première page :

Humour noir ? Je n’ai pas pu m’empêcher de rire aux éclats. Certes, le titre en dessous nous permet de nous faire une idée d’où ils veulent en venir. C’est tout de même un peu poussé, un tel dessin en couverture ! Surtout que rien n’est là pour sous entendre que c’est de l’humour. Les USA deviennent communistes, un point c’est tout. C’est drôle (on peut percevoir le dessin autrement aussi, certes, en argüant que les fonds de pension chinois – et pas seulement – sont depuis quelques années très très présent dans l’économie américaine). Mais on pourrait aussi rétorquer qu’au moins aux USA, les républicains ont de sacrés états d’âme. Qu’ils ne savent plus où ils en sont. A l’inverse de la France où c’est comme si les discours libéraux de la droite âgé de moins d’un an n’avait JAMAIS existé (je caricature un peu, mais c’est tout de même largement notable). C’est assez stupéfiant même si certains protestent tout de même.

Je ne me lancerai pas dans une analyse économique quelconque. Je n’en ai pas les moyens. Vous pouvez aller voir , ou encore par ici.

C’est autre chose m’a frappé.

Connaissez vous cet homme ?

Feu Arthur Schlessinger Jr, très grand historien décédé il y a un peu plus d’une année. J’ai eu quelques occasions, lors de divers travaux académiques, de le lire, pour mon plus grand plaisir. Olivier DUHAMEL la semaine dernière, dans sa chronique matinale sur France Culture mettait en avant le pouvoir du Congrès états-unien (en opposition à l’Assemblée Générale française par exemple) après son non vote du Plan Paulson (les évènements s’enchainent à telle vitesse que ça parrait déjà très loin). Il évoquait le Président des USA WILSON en faisant appel à un de ses concepts théoriques les plus connus, à savoir le Congressional Government datant de 1885. Grosso modo, la séparation des pouvoirs exécutifs et législatifs étant réelle, le Congrès a toujours son mot à dire, spécialement dans le domaine de la politique intérieure.

DUHAMEL lui opposait le concept de Présidence Impériale de Schlessinger Jr. Grosso modo (là encore), la Présidence Impériale (titre d’un de ses ouvrages étant depuis passé à la postérité) faisait surtout référence à la présidence de NIXON, où l’historien démontrait comment tous les pouvoirs étaient concentrés dans l’exécutif (je résume vraiment très vite), notamment et surtout pour la politique extérieure (à ce propos, je ne peux m’empêcher de penser à un très bon billet récent d’Yves Surel, professeur de science politique – lisez et vous comprendrez).

DUHAMEL démontrait de par l’actualité (le protagonisme du Congrès dans l’histoire du Plan Paulson) que ce concept de Présidence Impériale est aujourd’hui obsolète, vu le désoeuvrement de W Bush et de son ministre de l’économie (le fameux Paulson donc) ainsi que leur incapacité d’action (on pourrait cependant tenter d’argüer que le 11 septembre fut au contraire synonyme d’un renouveau de la présidence impériale, mais là n’est pas le sujet).

Tout ça pour dire quoi ? Que pas plus tard qu’il y a deux semaines, j’ai acheté une réédition d’un autre livre de Schlessinger Jr que j’aime beaucoup : The cycles of the american history (sorti en 1984, avant la fin de la Guerre Froide, pendant REAGAN). L’historien y présente notamment la thèse suivante : tous les 30 ans (correspondant à une nouvelle génération), il y aurait une reprise en main massive de l’Etat face à la Crise. Teddy Roosevelt et l’ère progressive en 1901, Franklin D Roosevelt et le New Deal en 33 (après la crise de 29 donc), John F Kennedy et la Nouvelle Frontière en 1961 et … et … rien. De fait, en 1993, avec CLINTON, “seemed to foreshadow an epoch, not of progressivm but of conservatism. Schlessinger dans une préface datant de 99 (à l’occasion de la réédition de son ouvrage), parle donc de cyclical change du fait d’un changement de technologie (l’avènement de l’informatique), de la fin de la Guerre Froide mais aussi de l’importance qu’ont eu Reagan et Thatcher dans le système actuel (JL ANDREANI dans une analyse dans le Monde d’hier parle d’ailleurs “du double effet Thatcher-Reagan, et plus encore après l’effondrement du mur de Berlin en 1989, la vague idéologique néolibérale a eu une telle puissance qu’elle a balayé les prévention).

Mais laissons plutôt SCHLESSINGER parler ici.

Today the United States is the world’s only superpower. It must take the lead in the search for remedies against war and terrorism and weapons of mass destruction, agains poverty and diseases. Nor is negative governement – deregulation, devolution and privatization – likely to cure our troubles at home. From race relations and the reform of education to the extension of health care, the protection of the environment and the modernization of infrastructure, our problems call for public initiatives. The cycle, though derailed, is not necessarily dead.

Impressionnant non ? A la lumière de l’actualité financière, cette citation de 1999 prend une toute autre mesure. Vous voyez où je veux en venir ? Et si la théorie des cycles tenait toujours (à 15 ans près) ?

Non pas Obama pour sauver le monde hein. Mais prenons le pari qu’Obama donnera raison à Schlessinger. Du fait de la situation critique des USA aujourd’hui. Et de la profonde remise en question de son système. On aura beau me rétorquer que Bush sera président jusqu’au 21 janvier 09 et qu’il aura donc largement le temps de prendre toutes les initiatives possibles contre la crise, je répondrai que Franklin Roosevelt a accédé à la Présidence en 1933 (soit 4 ans après l’illustre ancêtre de la crise actuelle, à savoir la crise de 29). Finissons par des mots de JL ANDREANI (encore lui) : “Sera-t-il possible de recommencer comme avant , ou presque ? Ou bien un nouveau cycle, fondé sur le retour de la puissance publique et la réhabilitation de la philosophie régulatrice, est-il sur le point de s’ouvrir ?

Fin de ce billet démesuré. Rendez vous dans 10 ans ?

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Idéologies

mai 16, 2008

Malgré toute la bonne volonté du monde, ce blog est tombé en désuétude au bout de 2 mois. Dommage. Ce n’est pas que je n’ai plus d’idées. C’est juste que je n’ai plus de temps.

Dès le départ, j’ai dit que je ne voulais pas être esclave de mon blog. Poster pour poster n’amène pas à grand chose. Le fait est que depuis quelques semaines, je n’ai plus vraiment le temps de réfléchir plus largement à des questions qui me tiennent à coeur. Entre le boulot, un mémoire à écrire et l’été, les choses sont devenues nettement plus difficiles… Ce qui ne veut pas dire que j’ai abandonné toute tentative !

Les primaires/caucus démocrates aux Etats-Unis paraissent arriver à terme. Enfin ?
Pour être franc, j’étais intimement persuadé dès le départ que H. Clinton l’emporterait au final. C’était une fatalité. Je ne pouvais tout simplement pas concevoir qu’un candidat noir se retrouve adoubé par un des deux partis états-uniens. Les évènements autour de son deuxième prénom (Hussein), de Jeremiah Wright (son pasteur – et l’incroyable discours en réponse) ou encore de sa soit disante position vis à vis d’Israël (et le message de Bush) ne faisaient que renforcer cet espèce de présentiment gênant. Et puis non. On dirait qu’il va vraiment avoir une chance de devenir président d’un pays dont la puissance hégémonique est chaque jour remise un peu plus en cause (et que certains commentent d’une façon particulièrement drôle).

Mais là n’est pas ma la motivation initiale de mon post.

Je viens de voir cette vidéo (désolé, pas le temps de découvrir comment insérer un lien youtube). Elle m’a beaucoup fait rire mais elle m’a fait penser à autre chose : l’idéologie. Résumons d’abord ladite vidéo : d’autres le font bien mieux que moi (j’ai déjà mis un lien vers ce blog de très bonne facture sur la campagne aux USA).

Au delà des mots, on se rend compte ici à quel point le discours politique est de plus en plus creux et a, avant tout, une volonté hégémonique (l’idéologie était communément considéré comme l’apanage du communisme et plus largement de la gauche jusqu’à il n’y a pas si longtemps). Il ne s’agit plus de débattre sur du concret (à ce titre la connerie sur la détaxation du pétrole me contredit, mais c’est bien trop rare), il s’agit de dire si l’on est ou non un islamiste, si l’on est ou non, du côté de la liberté. Le sujet a été traité et retraité. Les néo conservateurs paraissent cependant avoir perdu la bataille idéologique (même si on nous promet régulièrement que Mc Cain et surtout ses conseillers sont de la pire espèce, ce dont personnellement, au vu du background du candidat républicain, j’ai plutôt tendance à douter). Comme on le voit grâce à la vidéo, il est pourtant encore fréquent, facile, normal (?) aujourd’hui de livrer des idées toutes faites dont on ne connait même plus l’origine. Le plus souvent d’ailleurs, on n’a pas la présence d’esprit pour contester les absurdités qui peuvent être dites sur le coup.

L’idéologie. D’autres appellent ça la pensée unique (Marianne fait d’ailleurs sa une là dessus cette semaine, je ne sais pas ce que ça vaut ni si ça va dans le même sens). C’est comme on veut.

Le problème c’est que ce serait trop facile de fustiger les USA sur ce thème. L’encore plus gros problème c’est qu’aujourd’hui on en est presque fier. En France en tout cas. Quand Fillon dit “On a emmené les Français sur le terrain idéologique que nous souhaitions et je pense que c’est une grande satisfaction“, il y a de quoi s’inquiéter. On a pourtant vu que le “travailler plus pour gagner plus” n’était pas si simple !

Le raccourci entre les 2 propos est facile et ne va pas vraiment de soi. Mais l’un (la vidéo) m’a fait penser à l’autre (l’aberration que constitue la déclaration du premier ministre). Je ne les apparente pas. Je souligne juste qu’aujourd’hui, de l’aveu même des principaux concernés, la bataille semble plus que jamais se jouer sur la forme.

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L’avant Obama

mars 6, 2008

Barack Obama n’est pas le premier noir à se présenter à l’investiture du parti démocrate pour la présidence des Etats-Unis. Mais beaucoup disent qu’il est le premier à avoir ses chances de gagner.

On peut cependant en débattre.

En 1984 et 1988 (ainsi qu’en 2004 mais ce fut plus confidentiel), le révérend Jesse Jackson s’est lui aussi présenté. Vous me direz “ok mais en 1964 aussi, Shirley Chisholm, une femme noire s’est présentée, et ce ne fut pas la seule”. Sauf que Jesse Jackson, en 1988, a remporté pas moins de 7 primaires et 4 caucus. Tout de même pas mal pour quelqu’un qui n’avait pas ses chances. Mieux même, Jackson a été vu pendant un petit moment comme un possible présidenciable.

Meet Jesse Jackson…

Un article d’époque du New York Times (bénies soient les archives gratuites) nous le dit très bien : In the process, he became a contender for the Presidency and Vice Presidency, and shaped the national debate and the Democratic platform.

Pourquoi donc n’insiste-t-on pas plus que ça sur ce prédécesseur ? Car si on y regarde de plus près, il a gagné les primaires de la Viriginie, de la Louisianne, de la Georgie ou encore de la Caroline du Sud, bref, que des états à forte domination afro-américaine. De fait, le “problème” de Jesse Jackson est qu’il fut trop connoté communautariste extrêmiste “noir américain”, de par son passé mais aussi de par sa campagne de 1984. Ses déclarations en faveur d’un Etat palestinien ou contre les Juifs qu’il qualifia de “Hymies” (terme péjoratif n’ayant pas de traduction littérale) et New-York de “Hymies Town” firent couler beaucoup d’encre. On l’a assimilé au sulfureux Louis Farrakhan, dirigeant de la Nation of Islam (association extrêmiste qui tint un grand rôle dans les années 60 lors du mouvement pour les droits civiques) et accessoirement homophobe et antisémite.

1988 fut une autre campagne. Clairement Jackson a tenté de se racheter une conduite, en changeant de look mais surtout de discours (to move into the mainstream comme on dit). Le but affiché était de panser les plaies (heal wounds). Il a tenté de parler au nom des opprimés et non plus uniquement des noirs américains, ce qui lui a valu un certain succès dans les états précédemment cités. Le discours était populiste (au sens états-uniens du terme), tel qu’on a qualifié cet année le programme de John Edwards. Jackson était en faveur de programmes sociaux, de subventions pour les plus pauvres, d’une sécurité sociale universelle. Après avoir été présenti pour la présidence et la vice-présidence, Jackson a finalement été vu comme trop à gauche du parti démocrate, un peu à l’image de Edwars là encore.

Comme on l’entend inlassablement, Obama transcende la question de la “race” (puisque c’est ainsi qu’on la nomme aux Etats-Unis), il réunit les gens à travers un discours fédérateur allant au delà de la couleur, voire, comme il le souhaiterait, au delà des tendances politiques. Yes we can… Tout l’inverse donc de l’image de Jesse Jackson. On a assez entendu qu’Obama venait d’une famille aisée immigrée, que son père était Kenyan, qu’Obama n’était donc pas un africain américain, au sens social du terme.

Mais bizarrement, on a observé plusieurs tentatives (après la primaire de Caroline du Sud) du côté du staff de Hillary Clinton ainsi que de la part de son mari d’assimiler Barack Obama à Jesse Jackson. Comme pour communautariser sa campagne (à noter qu’après l’avoir critiqué en Janvier, Jackson lui a apporté son soutien, le qualifiant de fils naturel).

Car finalement, si les Démocrates peinent tant à se départager c’est qu’Hillary et Bamack joue sur les même plates-bandes… Les deux tentent de rassembler le peuple états-unien, paradoxalement en s’appuyant sur leur particularisme (une femme d’un côté, un noir de l’autre). Là où les choses sont drôles, c’est qu’on peut voir en John McCain un candidat similaire, dans le sens où lui aussi apparait extrêmement modéré. L’élection de Novembre promet !

On parle en science politique de partis attrape tout (catch all party). Le terme parait plus que jamais d’actualité.