Législatives en Espagne, J-3 : la nation, l’aérosol et Rajoy.

Un certain nombre de pays de l’Union Européenne est à l’aune d’élections législatives décisives. C’est notamment le cas en Italie mais surtout en Espagne où le premier ministre socialiste José Luis Rodriguez Zapatero cherche la réelection.

La photo met en scène son principal opposant, le leader de Partido Popular (PP) Mariano Rajoy Brey. On le voit ici au côté de José Maria Aznar López, président du gouvernement espagnol de 1996 à 2004 (soit 2 mandats de 4 ans chacun). Comme chacun le sait, le PP a perdu les législatives de 2004 suite aux dramatiques attentats du 11 mars 2004 à Madrid.

De fait, grand nombre d’Espagnols sanctionèrent la droite pour deux raisons contingentes :
– l’envoi en Irak de troupes espagnoles alors que l’immense majorité de la population était contre
– le mensonge délibéré de Aznar suite aux attentats, blamant l’ETA alors qu’il s’agissait en réalité d’Al Quaida.

La clé des élections de samedi prochain réside dans la deuxième raison.

Il faut savoir que le PP n’a jamais digéré sa défaite de 2004. Pour la droite, le pouvoir lui revenait naturellement de droit (sans blague aucune), après une très longue période du PSOE (Partido Obrero Socialista Español) de Felipe González Márquez au pouvoir. Rajoy n’a jamais accepté sa défaite, criant pendant 4 ans à l’injustice et à l’imposture. Jusqu’au verdict des juges sur les responsables du 11 mars en octobre 200è (et encore aujourd’hui – comme on a pu le voir dans le deuxième débat), le PP a juré que l’ETA était responsable, fantasmant sur une hypothétique alliance entre les 2 groupes terroristes. Rajoy est même allé jusqu’à affirmer qu’il avait des preuves, à savoir une bombe … d’aérosol trouvée dans un appartement de Salamanque censée justifier toutes les théories les plus folles.

Rajoy

Pendant 4 ans, l’oppostion entre les 2 leaders a été frontale, dramatique voire grotesque à certains moments. C’est bien simple, toute initiative du PSOE fut systématiquement critiquée par Rajoy.

Comme d’habitude, l’Espagne fut tiraillée par la question de la nation. Le PP reprocha au PSOE un nombre incalculable de fois la tentative de dialogue entreprise par Zapatero avec les membres de l’ETA qui se solda par un échec cuisant (l’attentat du 30/12/06 à l’aéroport de Madrid ayant fait 2 morts a largement corsé les choses). Cette question est au centre du vif débat politique actuel. Depuis la fin du régime franquiste (1975), la question a été de savoir comment se comporter face aux nationalistes basques. Aznar profita de l’impact du 11 septembre pour mener une chasse aux sorcières, avec l’appui des Etats-Unis. Celle ci cependant, se solda aussi par un échec.

La population est très fortement divisée sur le sujet. Des manifestations régulières sont organisées par le PP (il est d’ailleurs très intéressant d’observer que les manifestations sont initiées et coordonnées par les partis politiques).

Manifestation

Ici, il s’agit de la marche du 10 mars 2007 organisée par le PP contre le transfert d’un indépendantiste basque (Juana Chao) vers une prison des Pays Basque. L’affaire serait bien trop longue à exposer (le PP reprocha aux socialistes de faire le jeu de l’ETA en cédant à la demande du prisonnier en grève de la faim d’être rappatrié) mais l’image est parlante : une partie de la population est très nationaliste (au sens où elle ne veut pas que le territoire espagnol soit victime des multiples revendications autonomistes voire indépendantistes) et de telles démonstrations sont assez courrantes (au moins une par année).

Voir une telle démonstration patriotique me met plutôt mal à l’aise mais là n’est pas le sujet.

Retour à aujourd’hui : 2 débats télévisés ont opposé frontalement les 2 leaders. Selon les sondages, Rodriguez Zapatero fut donné largement vainqueur. Rajoy n’a apparemement pas réussi à convaincre la population de changer son vote. Difficile, il est vrai, d’arguementer devant un bon bilan économique (quoique en demi teinte dernièrement) et des larges avancées sociales. Surtout, il n’a pas réussi à mener une campagne cohérente, tentant dans un premier temps d’attaquer sur le terrain de l’économie avant de se rabattre sur l’immigration et l’unité de la nation, à l’aide d’un discours populistes.
Surtout, les analyses des scrutins électoraux précédents démontrent que la population espagnole vote pour la stabilité : a moins d’une crise politique majeure au sein de parti au pouvoir (comme ce fut le cas lors de toutes les autres alternances), le tendance politique se maintien.

Reste maintenant à savoir dans quelles proportions le PSOE va gagner. Une majortié absoluye le conforterait et lui permetterait de mener à bien des réformes qu’il n’a pas pu mener lors de son précédent mandat. Felipe Gonzalez est d’ailleurs en campagne et le martelle à qui veut : le PSOE doit gagner, certes, mais avec une très large majorité.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :