L’avant Obama

Barack Obama n’est pas le premier noir à se présenter à l’investiture du parti démocrate pour la présidence des Etats-Unis. Mais beaucoup disent qu’il est le premier à avoir ses chances de gagner.

On peut cependant en débattre.

En 1984 et 1988 (ainsi qu’en 2004 mais ce fut plus confidentiel), le révérend Jesse Jackson s’est lui aussi présenté. Vous me direz « ok mais en 1964 aussi, Shirley Chisholm, une femme noire s’est présentée, et ce ne fut pas la seule ». Sauf que Jesse Jackson, en 1988, a remporté pas moins de 7 primaires et 4 caucus. Tout de même pas mal pour quelqu’un qui n’avait pas ses chances. Mieux même, Jackson a été vu pendant un petit moment comme un possible présidenciable.

Meet Jesse Jackson…

Un article d’époque du New York Times (bénies soient les archives gratuites) nous le dit très bien : In the process, he became a contender for the Presidency and Vice Presidency, and shaped the national debate and the Democratic platform.

Pourquoi donc n’insiste-t-on pas plus que ça sur ce prédécesseur ? Car si on y regarde de plus près, il a gagné les primaires de la Viriginie, de la Louisianne, de la Georgie ou encore de la Caroline du Sud, bref, que des états à forte domination afro-américaine. De fait, le « problème » de Jesse Jackson est qu’il fut trop connoté communautariste extrêmiste « noir américain », de par son passé mais aussi de par sa campagne de 1984. Ses déclarations en faveur d’un Etat palestinien ou contre les Juifs qu’il qualifia de « Hymies » (terme péjoratif n’ayant pas de traduction littérale) et New-York de « Hymies Town » firent couler beaucoup d’encre. On l’a assimilé au sulfureux Louis Farrakhan, dirigeant de la Nation of Islam (association extrêmiste qui tint un grand rôle dans les années 60 lors du mouvement pour les droits civiques) et accessoirement homophobe et antisémite.

1988 fut une autre campagne. Clairement Jackson a tenté de se racheter une conduite, en changeant de look mais surtout de discours (to move into the mainstream comme on dit). Le but affiché était de panser les plaies (heal wounds). Il a tenté de parler au nom des opprimés et non plus uniquement des noirs américains, ce qui lui a valu un certain succès dans les états précédemment cités. Le discours était populiste (au sens états-uniens du terme), tel qu’on a qualifié cet année le programme de John Edwards. Jackson était en faveur de programmes sociaux, de subventions pour les plus pauvres, d’une sécurité sociale universelle. Après avoir été présenti pour la présidence et la vice-présidence, Jackson a finalement été vu comme trop à gauche du parti démocrate, un peu à l’image de Edwars là encore.

Comme on l’entend inlassablement, Obama transcende la question de la « race » (puisque c’est ainsi qu’on la nomme aux Etats-Unis), il réunit les gens à travers un discours fédérateur allant au delà de la couleur, voire, comme il le souhaiterait, au delà des tendances politiques. Yes we can… Tout l’inverse donc de l’image de Jesse Jackson. On a assez entendu qu’Obama venait d’une famille aisée immigrée, que son père était Kenyan, qu’Obama n’était donc pas un africain américain, au sens social du terme.

Mais bizarrement, on a observé plusieurs tentatives (après la primaire de Caroline du Sud) du côté du staff de Hillary Clinton ainsi que de la part de son mari d’assimiler Barack Obama à Jesse Jackson. Comme pour communautariser sa campagne (à noter qu’après l’avoir critiqué en Janvier, Jackson lui a apporté son soutien, le qualifiant de fils naturel).

Car finalement, si les Démocrates peinent tant à se départager c’est qu’Hillary et Bamack joue sur les même plates-bandes… Les deux tentent de rassembler le peuple états-unien, paradoxalement en s’appuyant sur leur particularisme (une femme d’un côté, un noir de l’autre). Là où les choses sont drôles, c’est qu’on peut voir en John McCain un candidat similaire, dans le sens où lui aussi apparait extrêmement modéré. L’élection de Novembre promet !

On parle en science politique de partis attrape tout (catch all party). Le terme parait plus que jamais d’actualité.

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One Response to “L’avant Obama”
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  1. […] Comme quoi, Bill n’est pas le seul à évoquer le passé !   […]



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