« Il n’y a plus de viande ! » – la première crise de Cristina et l’éternelle héritage Péroniste.

Cristina Fernández de Kirchner fait face à se première véritable crise, depuis 3 semaines en Argentine. Bien sur, on en entend très peu parlé en France. C’est bien compréhensible : il s’agit d’un problème strictement argentino-argentin, mettant en scène la Présidente récemment élue aux prises avec les agriculteurs/éleveurs.

A l’origine ?
La décision d’augmenter de 9 % l’imposition sur les exportations de soja. D’un côté Kirchner argumente que la hausse des prix du soja et des matières premières en générale a été significative. Le gouvernement a décidé que chaque tonne de soja exportée serait par conséquent taxée à hauteur de 44 %, contre 35 % auparavant.
De l’autre côté, les grands propriétaires sont outrés, crient au vol. Contre cette « une extorsion permanente », ils ont décidé de bloquer depuis 3 semaines des centaines de routes des principales provinces du pays… Ou quand une partie de la population réputée conservatrice se transforme en une horde de piqueteros, ces mouvements de blocage massifs des routes apparus à la fin des années 90 et ayant culminé lors de la dramatique crise économique de 2001. Doux paradoxe…

Résultat ? Une pénurie totale de viande, de lait, de fruits et légumes. Car le mouvement a pris de l’ampleur, il s’est transformé en une revendication anti Kirchner. Lorsque les grands propriétaires ont décidé de lacher du lest, la nourriture destinées aux villes a tellement mis temps à parvenir qu’elle est arrivée complètement avariée. Après avoir bénéficié d’un relatif soutien de l’opinion publique, l’absence de la sacro-sainte viande commence à sérieusement peser.

Cristina Kirchner, face à cela, a mis du temps à réagir. Plusieurs semaines même. Hier, elle a cependant livré un discours sur le sujet devant des milliers de personnes sur la Plaza de Mayo. « Nous, les Argentins, nous sommes éloignés de l’enfer et nous ne voulons pas y retourner« … « ce passé golpiste qui tente un retour ne peut pas revenir car l’Argentine est aujourd’hui un autre pays, plus ouvert, plus démocratique, plus tolérant« .

Au delà des faits « exposés à la va vite » ci dessus (prenez n’importe quel article digne de ce nom pour avoir plus de précisions), le plus intéressant dans tout cela est de voir combien l’héritage historico-politique de l’Argentine est encore présent aujourd’hui et divise la population de manière plus ou moins brutale.

Impossible de ne pas penser à Juan Domingo Peron, à l’origine du péronisme, mouvement politique ayant engendré le Parti Justicialiste auquel appartient Cristina Kirchner. Résumer ici l’histoire du péronisme reviendrait à résumer l’histoire de l’argentine depuis 1943, chose absolument impossible. Pour corser le tout, les spécialistes encore aujourd’hui n’arrivent à définir le péronisme : on l’a taxé de fascisme pour les plus extrêmistes, mais populisme c’est certain. Peron avait défini son mouvement comme une troisième voie. L’après Peron fut autre chose : nombreux furent les soit disant héritiers. Le Parti Justicialiste mena d’ailleurs directement à la crise dans les annés 80 et 90, à coup de politiques ultra libérales FMIesques et de parité $/peso…

Le péronisme était surtout connu pour avoir réussi à fédérer une grande partie de la société civile derrière lui, syndicats en tête. La manifestation d’hier ayant précédé le discours de Kirchner, cette convergence de milliers de personnes vers la Plaza de Mayo, a elle aussi été organisée par le gouvernement, notamment par Nestor Kirchner, le mari de Cristina et ancien président.
Pendant les premières semaines de crise, les commentateurs se demandaient comment allait réagir la présidente. Elle a opté pour le bras de fer et le rassemblement de masse contre ces « oligarques égoistes » tout droit venus du passé, qui ne veulent pas partager les richesses. Il serait aussi utile de parler de la politique de redistribution massive des Kirchner qui leur a valu leur succès électoral. On se bornera simplement à dire que, bien qu’assurrément clienteliste, elle a tout de même permis à la population de sortir la tête de l’eau mais nécessite de gros revenu, d’où l’augmentation des impôts.

Dès le départ du discours, Cristina a affirmé « qu’il ne s’agissait pas d’une confrontation entre les péronistes et anti péronistes« , signe que la population, aujourd’hui encore, est profondément marquée par ce phénomène qu’il est difficile pour un étranger de comprendre. Depuis près d’un siècle, la vie politique a été rythmée autour de ce mouvement fondateur (qu’on le veuille ou non).

Hier cependant, Cristina Kirchner a tenté de dire dès le début que la crise actuelle n’était pas un énième phénomène liée au péronisme. Elle a préféré livrer un discours de classe. Cependant, beaucoup de médias nationaux ou internationaux basent leurs analyses sur le justicialisme, voire attribue la pénurie de viande à un clivage sociétal quasi centenaire. Et à juste titre, la meilleure preuve étant que la Présidente a, à plusieurs reprises, agité le spectre d’un passé douloureux que personne ne veut revivre.

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