C’est la crise.

Dernier message en date sur ce blog : début juillet. On peut parler d’une mort momentanée de ce blog. La crise était profonde :

– tout d’abord, ce blog est un cas classique, typique, de blog d’étudiant de science politique : un petit peu d’avis sur tout, des analyses pas toujours très judicieuses, la nécessité de mettre en avant sa propre perception du monde acquise pendant les années, dans le cadre des études, comme pour légitimer le dur labeur (pas vraiment quantifiable il est vrai). D’où la crise non pas d’utilité mais peut être bien, toute proportion gardée, d’identité.

– Et puis d’écrire des articles pas trop cons (quand même), ça prend aussi du temps, de la réflexion. Ce que je n’ai pas eu depuis bien longtemps. Le boulot l’été, les études à la rentrée. Je profite d’un mini break pour m’y remettre. Crise de conjoncture.

CRISE. CRISE donc. On entend que ça, tout le temps, partout. Le problème est que lorsqu’on n’a pas de solides bases d’économies, on a beau tenter de s’y mettre, nos opinions seront toujours conditionnées par ce que l’on entend (ce que l’on veut entendre). Question donc : comment faire dans ce cas de figure où l’information est tout simplement assommante (de par sa profusion) et où l’on entend plus ou moins tout et son contraire ?

Et bien on attend. Ou plutôt j’attends. Puisque de toute façon, j’ai bien l’impression que c’est comme la météo : tout le monde en parle car tout le monde la subit. Nous n’avons pas les cartes en main. J’éprouve pour ma part un sentiment plutôt contradictoire : je suis bien content que personne dans mon entourage n’ait rien en bourse. De l’autre coté, je me dis que c’est peut être le moment d’acheter en masse des actions. Ca m’incite presque à la spéculation. Bizarrement, je n’arrive pas à ramener tout ça à un simple « je vous l’avais bien dit que le monde marchait sur la tête ».

Hier dans le Monde (le quotidien cette fois), en première page :

Humour noir ? Je n’ai pas pu m’empêcher de rire aux éclats. Certes, le titre en dessous nous permet de nous faire une idée d’où ils veulent en venir. C’est tout de même un peu poussé, un tel dessin en couverture ! Surtout que rien n’est là pour sous entendre que c’est de l’humour. Les USA deviennent communistes, un point c’est tout. C’est drôle (on peut percevoir le dessin autrement aussi, certes, en argüant que les fonds de pension chinois – et pas seulement – sont depuis quelques années très très présent dans l’économie américaine). Mais on pourrait aussi rétorquer qu’au moins aux USA, les républicains ont de sacrés états d’âme. Qu’ils ne savent plus où ils en sont. A l’inverse de la France où c’est comme si les discours libéraux de la droite âgé de moins d’un an n’avait JAMAIS existé (je caricature un peu, mais c’est tout de même largement notable). C’est assez stupéfiant même si certains protestent tout de même.

Je ne me lancerai pas dans une analyse économique quelconque. Je n’en ai pas les moyens. Vous pouvez aller voir , ou encore par ici.

C’est autre chose m’a frappé.

Connaissez vous cet homme ?

Feu Arthur Schlessinger Jr, très grand historien décédé il y a un peu plus d’une année. J’ai eu quelques occasions, lors de divers travaux académiques, de le lire, pour mon plus grand plaisir. Olivier DUHAMEL la semaine dernière, dans sa chronique matinale sur France Culture mettait en avant le pouvoir du Congrès états-unien (en opposition à l’Assemblée Générale française par exemple) après son non vote du Plan Paulson (les évènements s’enchainent à telle vitesse que ça parrait déjà très loin). Il évoquait le Président des USA WILSON en faisant appel à un de ses concepts théoriques les plus connus, à savoir le Congressional Government datant de 1885. Grosso modo, la séparation des pouvoirs exécutifs et législatifs étant réelle, le Congrès a toujours son mot à dire, spécialement dans le domaine de la politique intérieure.

DUHAMEL lui opposait le concept de Présidence Impériale de Schlessinger Jr. Grosso modo (là encore), la Présidence Impériale (titre d’un de ses ouvrages étant depuis passé à la postérité) faisait surtout référence à la présidence de NIXON, où l’historien démontrait comment tous les pouvoirs étaient concentrés dans l’exécutif (je résume vraiment très vite), notamment et surtout pour la politique extérieure (à ce propos, je ne peux m’empêcher de penser à un très bon billet récent d’Yves Surel, professeur de science politique – lisez et vous comprendrez).

DUHAMEL démontrait de par l’actualité (le protagonisme du Congrès dans l’histoire du Plan Paulson) que ce concept de Présidence Impériale est aujourd’hui obsolète, vu le désoeuvrement de W Bush et de son ministre de l’économie (le fameux Paulson donc) ainsi que leur incapacité d’action (on pourrait cependant tenter d’argüer que le 11 septembre fut au contraire synonyme d’un renouveau de la présidence impériale, mais là n’est pas le sujet).

Tout ça pour dire quoi ? Que pas plus tard qu’il y a deux semaines, j’ai acheté une réédition d’un autre livre de Schlessinger Jr que j’aime beaucoup : The cycles of the american history (sorti en 1984, avant la fin de la Guerre Froide, pendant REAGAN). L’historien y présente notamment la thèse suivante : tous les 30 ans (correspondant à une nouvelle génération), il y aurait une reprise en main massive de l’Etat face à la Crise. Teddy Roosevelt et l’ère progressive en 1901, Franklin D Roosevelt et le New Deal en 33 (après la crise de 29 donc), John F Kennedy et la Nouvelle Frontière en 1961 et … et … rien. De fait, en 1993, avec CLINTON, « seemed to foreshadow an epoch, not of progressivm but of conservatism. Schlessinger dans une préface datant de 99 (à l’occasion de la réédition de son ouvrage), parle donc de cyclical change du fait d’un changement de technologie (l’avènement de l’informatique), de la fin de la Guerre Froide mais aussi de l’importance qu’ont eu Reagan et Thatcher dans le système actuel (JL ANDREANI dans une analyse dans le Monde d’hier parle d’ailleurs « du double effet Thatcher-Reagan, et plus encore après l’effondrement du mur de Berlin en 1989, la vague idéologique néolibérale a eu une telle puissance qu’elle a balayé les prévention).

Mais laissons plutôt SCHLESSINGER parler ici.

Today the United States is the world’s only superpower. It must take the lead in the search for remedies against war and terrorism and weapons of mass destruction, agains poverty and diseases. Nor is negative governement – deregulation, devolution and privatization – likely to cure our troubles at home. From race relations and the reform of education to the extension of health care, the protection of the environment and the modernization of infrastructure, our problems call for public initiatives. The cycle, though derailed, is not necessarily dead.

Impressionnant non ? A la lumière de l’actualité financière, cette citation de 1999 prend une toute autre mesure. Vous voyez où je veux en venir ? Et si la théorie des cycles tenait toujours (à 15 ans près) ?

Non pas Obama pour sauver le monde hein. Mais prenons le pari qu’Obama donnera raison à Schlessinger. Du fait de la situation critique des USA aujourd’hui. Et de la profonde remise en question de son système. On aura beau me rétorquer que Bush sera président jusqu’au 21 janvier 09 et qu’il aura donc largement le temps de prendre toutes les initiatives possibles contre la crise, je répondrai que Franklin Roosevelt a accédé à la Présidence en 1933 (soit 4 ans après l’illustre ancêtre de la crise actuelle, à savoir la crise de 29). Finissons par des mots de JL ANDREANI (encore lui) : « Sera-t-il possible de recommencer comme avant , ou presque ? Ou bien un nouveau cycle, fondé sur le retour de la puissance publique et la réhabilitation de la philosophie régulatrice, est-il sur le point de s’ouvrir ? « 

Fin de ce billet démesuré. Rendez vous dans 10 ans ?

Publicités
Comments
One Response to “C’est la crise.”
  1. noémie dit :

    ca faisait longtemps que je n’étais pas venue sur ton blog. C’est pour le plus grand plaisir que je te retrouve !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :