Un jour historique au Salvador

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Pour la première fois de son histoire depuis la fin de la guerre civile, la gauche vient de remporter les élections présidentielles du Salvador (Amérique Centrale). Depuis la signature des accords de paix en 1992 entre le Front Farabundo Marti de Libération Nationale (FMLN) et les Forces Armées du Salvador (FAS), un seul a parti (d’extrême droite) a en effet occupé le pouvoir exécutif : l’Alliance de Républicaine Nationaliste (ARENA).

Plusieurs choses, brièvement.

Depuis 2000, le FMLN a remporté un certain succès aux élections législatives, jusqu’à être majoritaire en 2003. Jamais cependant, le peuple n’a osé voter lors des présidentielles pour le FMLN. Et ce pour plusieurs raisons. D’une part, le leader du FMLN, Shafik Handal, candidat à la présidence jusque là a été un des acteurs les plus notables de la guerre civile. Extrémiste, staliniste, celui-ci n’inspirait aucune confiance à la population. Sa mort en 2006, a largement débloqué la situation, permettant au FMLN de faire un pas vers le centre, comme on a pu le voir aujourd’hui avec la désignation de son candidat pour les présidentielle de 2009. Le choix de Mauricio Funes (journaliste indépendant non affilié jusque là) comme candidat à la présidence démontre en effet la profonde rénovation idéologique qu’a entrepris le FMLN après la mort de son leader historique (ce qui lui permet aujourd’hui d’être victorieux).


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Rares sont les pays encore tant marqués par la Guerre Froide. Il faut dire que les guerres civiles ayant eu lieu dans toutes l’Amérique Centrale (Guatemala, Salvador et Nicaragua, la plus connue) ont été, si l’on peut dire, les dernières guerres liées directement au conflit entre les deux blocs (avec l’Afghanistan). La vie politique salvadorienne est encore aujourd’hui profondément marquée par l’affrontement idéologique issu de la guerre froide. La campagne présidentielle particulièrement violente de cette année l’a encore démontré. La rhétorique d’ARENA notamment fut d’un autre temps, mettant en garde contre le péril rouge, alors que le FMLN affirmait à tout va que le gouvernement allait commettre des fraudes pour empêcher sa victoire.

Une des caractéristiques du système politique salvadorien est d’ailleurs qu’il est un des plus polarisé au monde. Le FMLN comme ARENA se considèrent respectivement d’extrême droite et d’extrême gauche. Pendant 20 ans, ARENA a ainsi mené une politique ultra sécuritaire de lutte ouverte contre le problème endémique de la délinquance juvénile, couplée à une politique économique néolibérale (avec l’Equateur, le Salvador est d’ailleurs le seul pays d’Amérique Latine à avoir « dollarisé » son économie). Le spécialiste Manuel Alcantara Saez voit d’ailleurs la crise financière comme un des facteurs ayant favorisé la victoire du FMLN.

Dire que le résultat des élections de dimanche dernier est historique n’est pas trop fort. Enfin, la gauche accède au pouvoir après avoir été majoritaire au niveau municipal et au niveau législatif (je le répète, la mort de Handal y est pour beaucoup). En raisonnant selon les termes de la transitologie (courant de la science politique étudiant les transitions démocratiques), on peut aussi affirmer que le Salvador a finalement accompli sa transition vers la démocratie, en vivant aujourd’hui une alternance politique réelle.

Déjà, les observateurs soulignent que la gauche est minoritaire au Congrès (les élections législatives et municipales ont eu lieu en décembre 2008), si tous les partis de droite effectuent une coalition. Il sera donc difficile pour le FMLN de faire passer ses lois. Gageons tout de même que le FMLN entreprendra et réussira des réformes absolument nécessaires pour le pays, notamment en matière de sécurité et de politique fiscale (le Salvador est un des pays ayant le taux d’imposition le plus bas au monde). Dans tous les cas, l’accession de la gauche à la présidence du Salvador est un fait qui marquera à coup sur l’histoire de ce petit pays.

Remarquons pour finir qu’à l’annonce des résultats, les deux candidats ont eu des mots de paix, tentant de mettre fin au très âpre combat qu’a été la campagne présidentielle. Funes a d’ailleurs fait référence à Lula et Michelle Bachelet, plutôt qu’à Chávez, comme pour faire taire ses adversaires lui reprochant de vouloir adopter le socialisme du XXIème siècle. Encore une fois, gageons que Funes n’aura pas les mêmes dérives – catastrophiques – que Daniel Ortega au Nicaragua.

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Comments
5 Responses to “Un jour historique au Salvador”
  1. Funes a d’ailleurs fait référence à Lula et Michelle Bachelet, plutôt qu’à Chávez, comme pour faire taire ses adversaires lui reprochant de vouloir adopter le socialisme du XXIème siècle

    Peut-être il espère aussi eviter le même fin que Omar Torrijos de Panama, ou Jaime Roldas d’Equateur, ou bien Mossadec en Iran dans les années 50, quand ils ont essayé des intraduire des reform sociale.
    Mais assez des ces vieux commentaires cyniques. C’est une bonne nouvelle pour le pays des tes ancetres

  2. Pierre-Jean dit :

    Tu as oublié Jacobo Arbenz au Guatemala !! Le plus tragique, honteux, pitoyable de tous les assassinats. Intéresse toi à l’Opération Condor, tu vas être horrifié. Le journaliste US John Dinges a écrit un chic livre là dessus.
    Bref, ce que je voulais dire, c’est qu’il a avant tout tenté d’apaiser les mœurs dans son discours de victoire. Après, le rapprochement avec Chavez n’est pas automatiquement une mauvaise idée. Certains s’en sortent très bien (Correa en Equateur, en mettant toujours une certaine limite). Le problème de notre cher Hugo est qu’il aime bien s’immiscer dans les affaires internes des autres, il a même fait perdre le candidat de la gauche de la gauche (Humala), il y a 2 ans au Pérou, à force d’ouvrir sa gueule.

  3. J’ai oublié Arbenz mais la liste de ceux qui ont été assassiné par les ‘Jackels’ du CIA est tellement longue qu’on peut pas tous mentioner.
    Je connais l’operation Condor. En parlant des livres, as tu lu le livre de John Perkins, « Confessions of an Economic Hitman ». Il a passé pas mal du temps en Amerique Latine à escroquer (souvent dit Economiste) des pays en cours de developement. Un très bon livre, je te le recommende.
    C’est vrai ce que tu dit par rapport de le bon vieux Hugo. C’est marron mais je vois un certain élément de Sarko dans ses manières (ou vice-versa). Grande guele, tendence à se méler de ceux qui lui regarde pas. Si seulement Sarko pourrait faire perdre ses alliés…

    P.s. Bon St. Patrick

  4. Loulou dit :

    Si ce n est deja fait, je vous conseille de voir Voces Inocentes. Un film bouversant montrant bien la violence et l absurdite de cette guere civile… et l honteuse attitude yankee.

  5. Loulou dit :

    Ah oui… et perso je prefere 100 fois Chavez a ces Bachelet Kirchner Lula et compagnie qui sont de gentils socio democrates n ayant pour moi aucune sympathie car aucun projet revolutionnaire.
    Meme si bon au niveau de la methode, Chavez c est quand meme bien populiste…enfin faudrait discuter de si la fin justifie les moyens, tout ca, et aussi prendre en compte le contexte interne, voir contre qui et quoi se bat le pauvre Chavez…
    Autre fim, je me rappelle plus du titre, mais sur le coup d Etat manque de 2002 je crois. ca vaut le detour.

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