IV – BLACK IS BEAUTIFUL : r’n’b, soul, hip hop et autres réjouissances sonores : roller coasters des 00’s.

Quelle belle décennie. Notamment en matière de soul, les 00’s furent synonyme de l’apogée d’un renouveau du genre. Peut être pas jusqu’à trouver un nouvel Otis Redding (quoique), mais on s’en est fichtrement approché. En matière de popop, on a assisté à l’apogée du dirty south, à la naissance du crunk, à la montée et la chute (brutale) de Timabaland,  à l’abus dans le mainstream de l’infâme voicoder/auto tune et de samples des horribles hymnes eurodance des 90’s (Kanye West a créé un précédent en reprenant les Daft Punk, tout le monde s’y est engouffré. Kanye West a créé un précédent en découvrant le voicoder, Lil Wayne l’a perpétué). J’ai aussi pu entendre de magnifiques albums de hip hop français, souvent bien supérieurs aux grands cousins ricains.

Pour un bien bel aperçu de ce qu’a été la décennie, voir absolument le superbe documentaire de Gondry : Dave Chappelle’s Bloc Party.

A – SOUL, NU-SOUL, R’N’B, VOIX MAGIQUES ET ACCORDS ONIRIQUES

Autant je peux à la limite me prétendre un minimum exhaustif sur l’indie, autant là je suis à peu près sur que je suis passé à côté de joyaux. Je n’ai qu’une connaissance limitée de musique noire américaine de 00’s. Voici donc les albums de la décennie qui m’ont marqué en gardant l’esprit qu’il y en aura surement d’autres que je découvrirai plus tard.

Si il y a un courant qui a fait parlé de lui dans les 00’s, c’est bien la nu-soul. Des artistes géniaux ont dépoussiéré le genre tout en lui redonnant ses lettres de noblesse : ils ont perpétué la tradition des voix cristallines en les mâtinant de beat hip hop magiques. Le futur de la black music s’est ainsi matérialisé au milieu des 90’s pour toucher les sommets au tout début de la décennie.

Principale caractéristique : sa proximité extrême avec le milieu du hip hop, les porte-étendards de la nu-soul étant régulièrement en featuring sur des galettes popop, et inversement. Séduisant aussi bien les amateurs de hip hop que de black music, et c’est là une des autres caractéristique de la nu soul, les disques qui suivent se sont vendus par millions.

Erykah Badu – Mama’s Gun (2000)

Bag Lady, le premier single de ce lp, résume bien les choses : il repose sur un fameux riff samplé par Dr. Dre (sur Xxplosive) dans son épuisant « Chronic 2001 ». La boucle se retrouve ainsi bouclée : le r’n’b pillé par le hip hop pendant des années a effectué le chemin inverse en allant à son tour piocher chez les rappeux…

Mama’s Gun (et l’œuvre intégrale de Badu) est un chef d’oeuvre. Il faut entendre cette voix si unique, reconnaissable entre 1000, tellement plus classe que Lauryn Hill, tellement plus raffinée que Milly Jackson (dans le même registre, mais version 70’s). Mama’s Gun est bien plus vindicatif que nombre d’albums hip hop de la même période. Pas question de savoir qui a la plus grosse, Badu disserte sur l’héritage laissé par les Black Panthers ou sur la nature de la parfaite relation amoureuse. Un deuxième album en forme de coup de point, aussi bien artistique que commercial. A noter l’incroyable « Green Eyes », ultime chanson du disque, ou comment résumer un pan entier de la musique populaire noire américaine en 10 minutes.

D’ANGELO – Voodoo (2000)

Le pendant masculin de Mama’s Gun. L’autre chef d’œuvre de la nu-soul. A l’instar de Badu, il s’agit ici du deuxième album de l’artiste. C’est aussi le dernier en date : D’Angelo a depuis sombré dans le brown sugar et n’a jamais vraiment réussi à se relever. Quelques featurings ici et là, un label qui sort des best of ( !) histoire de rentabiliser, une mystérieuse mixtape en 2007, point barre.

Le bien nommé Voodoo s’écoute d’une traite. Il constitue LA bande son parfaite d’un diner en tête à tête en amoureux (et détrône ainsi Marvin Gaye). Contrairement à Mama’s Gun, il faut tout de même un petit temps d’adaptation pour s’imprégner du côté minimaliste du disque. Car tout est fait pour mettre en avant cette voix touchée par la grâce. A écouter « Send it on » et « How does it feel », de très très haute volée. Un autre chef d’œuvre.

India Arie – Acoustic Soul (2001)

Toujours une voix magnifique, toujours des chansons sensuelles, un autre sommet de la nu-soul. Comme le dit très justement le titre, le son est ici plus acoustique, les guitares folks accompagnent les claviers réconfortants. Peut être moins novateur que les deux précédents, mais sacrément bon. A écouter absolument « Wonderful », vibrant et magnifique hommage sans retenue à un des dieux de la musique noire américaine, Stevie Wonder.

Jill Scott – Beautifully Human- Words and Sounds, Vol. 2 (2004)

Selon certains, Jill Scott est la plus grande artiste du courant nu-soul. C’est surement pousser le bouchon un peu trop loin. Ce disque force cependant le respect. Dans la droite lignée des disques ci-dessus. A écouter Family Reunion, une superbe chanson sur le sentiment de réconfort que provoque une réunion de famille (!).

Les disques qui suivent ne sont pas directement liés au courant nu-soul à proprement parlé.

Cody Chesnutt – The Headphone masterpiece (2002)

Alors là, énigme foudroyante. En 2002, sort ce disque absolument hallucinant, de par son côté DIY (on dirait qu’il a été enregistré dans une chambre, sur un vulgaire 4 pistes), soul lo fi et surtout SURTOUT grâce à cette voix incroyable. Le son est parfois tellement bancal qu’on croirait écouter une démo du début 60’s. Je n’arrive d’ailleurs toujours pas à savoir si ce côté  « amateur » est volontaire ou non.

Chesnutt a sorti ce double album … et puis plus rien. Une apparition (magnifique) dans documentaire cité en intro, un featuring remarqué sur un single des Roots (The Seed 2.0, soit une version hip hop de la version sur ce disque) et voilà tout. Même son article wikipedia est désespérément vide. Une énigme, je vous dis. En attendant, ne pas hésiter à abuser de ce faux disque vintage d’anthologie.

Gnarls Barkley – The Odd Couple (2008)

Gnarls Barkley (ce nom !) est à l’origine d’un des singles de la décennie (Crazy). Le lp éponyme ayant suivi était pourtant plutôt irrégulier et finalement pas si réussi que ça. En revanche, the Odd Couple (le deuxième du groupe) est une succession de joyaux soul, de petites sucreries auditives s’étendant sur 35 minutes passant comme un quart d’heure. C’est catchy et la voix de C-lo fait toujours le même effet. Paradoxalement, je trouve qu’il n’a pas vraiment bénéficié d’une couverture médiatique adéquate et a finalement sombré dans un relatif anonymat. Quel dommage ! Que le tort soit rétabli avec cette présence dans ce top de la décennie.

Prince – The Rainbow Children (2001)
Prince – One Night Alone…Live ! (2002)

Et si Prince avait sorti ses meilleurs albums depuis 15 ans en 2 ans ? Et si Rainbow Children était son travail le plus abouti ? Et si One Night Alone était le meilleur live de tous les temps ? Et si Prince avait ainsi prouvé définitivement que le King, ce n’est pas (feu) Michael Jackson (qui se rappelle de son dernier opus, Indestructible ?) mais bien lui ? Les fans hardcore me diront peut être que je déraille complètement. Il n’empêche que… Il n’empêche que The Rainbow Children est la meilleure chose que j’ai entendue du Kid de Mineapolis. Et que j’ai fait 300km pour aller acheter le magnifique coffre live (3 CD, un fascicule magnifique, un objet à posséder quoi !) à l’époque. Et que je ne le regrette même pas. Je ne suis pourtant pas un fan absolu de Prince. Les faits sont néanmoins là, imparables, indéniables : The Rainbow Children est un disque soul jazz virtuose et One Night Alone est  bien plus qu’un substitut parfait au (désormais mythique ?) concert du Grand Palais.

Gorillaz – Demon Days (2005)

–          Non mais tu dérailles complètement, Gorillaz c’est pas de la soul, ni du r’n’b !

–          Ouais. C’est quoi alors ?

–          Bonne question…

Ba oui, où mettre Gorillaz ?

J’ai décidé unilatéralement de le faire figurer ici. Pas besoin de trop s’attarder sur ce tour de force. Juste de redire une fois de plus que Damon Albarn est un génie.

Justin Timberlake – FutureSexLoveSound (2006)

Qui l’eut cru ? Qui pouvait raisonnablement penser en écoutant N’Sync au début de ce siècle qu’un de ses membres deviendrait le successeur légitime de Michael Jackson ? Pas moi en tout cas. Les faits sont pourtant là, ce disque de 2006 a érigé Timberlake en nouveau roi de la pop teintée de r’n’b. Loin devant tous les autres. Ne pas l’admettre relèverait soit de l’ignorance, soit de la mauvaise foi.

J’aimerais aussi profiter de l’occasion pour mentionner deux compiles qui ont fait mon bonheur absolu en la matière.

Return of the Pusherman est une compile en 3 volumes de « Hustlin Soul ». C’est à posséder ABSO-LU-MENT pour qui prétend aimer la musique noire des années 60 et 70. Le concept de Shaolin Soul (deux volumes) est différent : reprendre les standards r’n’b les plus samplés par le Wu Tang. On se rend alors compte qu’avant d’être des DJ de génie, GZA et RZA sont de superbes dénicheurs de joyaux.

Publicités
Comments
2 Responses to “IV – BLACK IS BEAUTIFUL : r’n’b, soul, hip hop et autres réjouissances sonores : roller coasters des 00’s.”
  1. Vinsy dit :

    Ben mec, malgré ma connaissance très lointaine de la plupart des artistes que t’as cités ça m’a donné grave envie de tout écouter ^^

    Et même Prince, qui ne m’a jamais vraiment plu!

    Küsse

Trackbacks
Check out what others are saying...
  1. […] – BLACK IS BEAUTIFUL : (NU)SOUL, R’N'B et HIP HOP RICAIN MAINSTREAM, CONSCIENT ET […]



Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :