Hip hop is dead ? (pt 2)

B – Le popop intelligent et conscient

Kanye fait encore une belle transition puisque qu’il a longtemps été producteur de cette mouvance du hip hop qu’on a nommé « conscient », car plus politisé que les chercheurs d’or, abrutis et vaincus idéologiquement par KO par le capitalisme débridé (j’exclue Outkast de cette catégorie, car leur talent n’est tout simplement pas monnayable). Forcément, quand on commence sans rien, on a envie de tout avoir. Mieux que tout album dans ce cas là, je ne peux que conseiller la meilleure série de tous les temps, un objet télévisuel bouleversant et qui fera date (à l’instar d’Outkast) : The Wire (« sur écoute » en français). Soit une série véritablement touchée par la grâce sur Baltimore traitant pas mal des quartiers défavorisés et de la culture hip hop qui en est issue.

Mais bref, si l’on part du constat que le rap ultra capitaliste est le rap du pauvre, doit on assumer le rap conscient est celui de la classe moyenne (à l’instar de Kanye) ? En voilà un bon sujet de thèse. On peut dans tous les cas constater que le rap bling bling est détectable avec les pochettes : voir le post précédent où la quasi totalité des albums met en scène les popopeurs pas peu fiers de leur torse (à part Kanye finalement). Alors que pour les disques qui vont suivre, c’est pratiquement l’exacte inverse (et si c’est le cas, les artistes sont montrés sous un autre jour, comme pour l’album de Common).

Common – Be (2005)

Si on me demandait de conseiller un album hip hop poétique, je ne penserais pas à Grand Corps Malade mais à Common. En voilà un joli disque (lp ? ep ?), ampli de nostalgie, de bons sentiments et d’espoir. 11 chansons, 38 minutes, un rêve éveillé. Des contrebasses par là, les Last Poets en featuring postume (certains disent de ce groupe des 70’s proche de la mouvance « back panthers/Malcolm Xienne/nation of islam » qu’il est l’inventeur du hip hop – Common ose sampler leurs voix pour en faire une magnifique chanson sur le hip hop d’avant), une énergie positive, bref, un petit joyau. Certains disent que BE est en fait l’abréviation de Before Erykah. Car Common est aussi sortie avec la diva soul. Et il ne s’en est apparemment pas remis.

Talib Kweli – Quality (2002)

Talib Kweli est l’autre ponte du rap conscient (on peut aussi citer The Roots, Mos Def, et dans une certaine mesure Dilated People et Dead Prez, toute cette connexion présente dans le docu de Gondry).  La question est de savoir pourquoi il n’est pas plus connu que ça. L’autre question est de savoir comment Akhenaton a réussi à la faire figurer sur la BO de Comme un Aimant. Le flow de Kweli est relativement hors du commun, les paroles sont à lire et à traduire, les beats sont martiaux.

The Coup – Party Music (2001)

Bizarre que le karma de cet album. Censé sortir début septembre 2001, la pochette du disque montrait les deux membres du groupe devant un World Trade Center… en flamme. Prémonitoire ? Avec cette pochette, The Coup comptait surtout montrer sa haine du capitalisme. Très politisé, le groupe se décrit d’ailleurs comme marxiste (rare aux USA). Il n’y a par contre rien de moraliste dans la musique : les lyrics très virulents (5 millions way to kill a CEO…) sont couplés à des beats … dansants. Car le disque porte bien son nom. Tout amateur non anglophone de popop écoutera Party Music en se demandant comment il ne connaissait pas le groupe auparavant, tellement c’est « radio friendly ». La réponse est dans le texte…

Buck 65 – This right here is (2004)

Ce lp est une sorte de best of du rappeur le plus écouté par les amateurs d’indie. Buck 65 fait un peu penser à Tom Waits pour la voix, version white trash canadienne (non, ce n’est pas un oxymore). Buck 65 sample du XTC en live, Buck 65 est beau, il a bon gout en reprenant et en mettant à sa sauce une chanson de Wodie Guthrie (la mythique Talkin Fishin Blues, soit la vie d’un hillbilly pêcheur) ou encore en se mettant dans la peau d’un … centaure perçu comme un freak magnifique et que l’on démarche pour jouer dans des films pornos (!!). Hélas, Buck s’est perdu depuis 2 – 3 ans. Lorsqu’on écoute cette galette, on est d’autant plus nostalgique. Pour tous les fans d’Arcade Fire qui n’aime pas le rap parce que c’est que des gros mots. Buck, la parfaite clé d’entrée dans le hip hop.

Cannibal Ox – The Cold Vein (2001)

Et voilà qu’on entre dans le popop underground. Pourquoi « sous terre » ? Car les beats sont plus expérimentaux, que les lyrics s’apparentent parfois plus à l’écriture automatique, qu’on est ici dans un univers pas forcément accessible (cf Dälek par exemple). Il parait que Cannibal Ox (ce nom déjà !) fait du « hip hop abstrait ». Si c’est ça l’abstrait, ça donne vachement envie. Il parait aussi que CO s’est séparé. Ce qui glorifie un peu plus cet unique album qui fera date. Parfaitement homogène, pas vraiment expérimental pour qui s’intéresse à autre chose que le hip hop, « la veine froide » est un album magique.

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Blackalicious – Blazing Arrow (2002)

Le pendant underground de Outkast. L’autre groupe mêlant soul/r’n’b et hip hop parfaitement. Un autre album qui s’écoute d’une traite, en savourant chaque minute, en se relevant difficilement devant tant de maitrise. Avec en prime une avant dernière chanson hallucinante (Release) feat l’ex future RATM Zac de la Rocha et surtout Saul Williams (Release est accessoirement la meilleure chanson du troubadour poète hip hopeux).

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Quasimoto – The Unseen (2000)

Autre drôle de disque, OVNI. Quasimoto, c’est le mythique producteur hip hop madlib. Celui-ci n’aimant pas sa voix a décidé de la trafiquer et de revêtir un nouveau nom de scène. Résultat : des petites scénettes sonores de 2 minutes avec des jeux de mots et beaucoup de psychotropes.

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MF DOOM aka VICTOR VAUGHN aka KING GEEDORAH aka MADVILLAIN (2003 – 2004)

Last but not least, le meilleur rappeur solo de la décennie (rappelons qu’Outkast est un duo), ma plus grosse découverte. Problème ? La discographie pléthorique où l’on trouve à boire et à manger. Il faut picorer ici et là, essayer de tout écouter pour ne rien oublier. L’autre solution : « se procurer » le best of en 3 cd non officiel pour avoir une bonne vue d’ensemble. MF Doom est un espèce de mythe underground. Portant un masque systématiquement, s’étant construit un univers MArvel Comicsien, envoyant des sosies à sa place pour ses (piètres) prestations scéniques, le rappeur intrigue. Ce qui n’en est que plus bénéfique pour son œuvre. Car il s’agit bien d’une œuvre. Partant dans tous les sens. Et pour compliquer le tout, Doom s’est affublé de 10 000 surnoms. Entre 2003 et 2004, Daniel Dumile a sorti pas moins 10 albums (en comptant les instrumentaux) sous 4 pseudos différents. TOUS, je dis biens TOUS, sont dignes d’intérêt, ce qui rend particulièrement difficile d’en retenir un seul pour ce top (et prouve de facto la limite intrinsèque du concept « top »). J’en retiens donc 3 (!)+ un ep, dans un difficile exercice de synthèse.

Mais à part un génie, Doom, c’est quoi ? Tellement difficile à expliquer. Des lyrics absolument géniaux, des featurings magnifiques, un flow pas forcément abordable, faussement monotone, des beats hors du commun. A l’instar d’Outkast, les superlatifs ne suffisent pas. MF Doom, comme il le dit lui-même, est « le best MC with no chain you’ve ever heard ».

Vaudeville Villain (Victor Vaughn) et Take me to your leader  (King Geedorah) sont chics. Hyper accessibles (c’est une autre constante), ce sont deux « sans faute » absolus. Et puis vient Madvillainy (Madvillain), soit Doom featuring Madlib (dont j’ai parlé juste en dessus). La rencontre du producteur old school génial avec le MC touché par la grâce. Soit un disque d’anthologie, inoubliable, mêlant les univers des deux artistes (comics sur fond de beat jazzys). En a découlé un ep encore plus bouleversant  : 4 titres remixés par le parfait Four Tet (j’y reviendrai) ou l’invention en 20 minutes du hip hop organique. Tout. Tout. Tout est parfait. Doom, un des rois de la décennie.

 

A suivre le hip hop français qui n’est pas en reste !

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Comments
3 Responses to “Hip hop is dead ? (pt 2)”
  1. Nordingue dit :

    Si tu es censé me remercier pour t’avoir passé MF Doom, je te remercie pour m’avoir inciter à l’écouter! jajaja
    J’aurais peut-être plutôt mis MF Doom – Mm…Food mais bon c’est pas très important.
    Je me souviens de l’enthousiasme qui t’habitait en découvrant Blackalicious mais je ne pensais pas le retrouver dans cet classement de la décennie! Idem pour Quasimoto…mais c’est une façon de rendre hommage au travail de Madlib dans son ensemble!
    Et Cannibal Ox: tu as découvert ça il y a peu de temps non?!

  2. Pierre-Jean dit :

    MERCI ALORS. Et sinon, ba ouais, y a pas mal d’albums qui m’ont marqué dans ma période « salamanque ». Finalement, ces posts sur le hip hop, je les dois un peu à toi ! Tu m’as plongé dans la redécouverte du truc. Et Cannibal Ox, c’est récent ouais. Mais j’ai été soufflé direct.

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