V – Une chanson française ?

La question résonne. N’importe qui répondra qu’il existe bien sur une chanson française. Et que celle-ci s’est même renouvelée lors de cette décennie. Allant de succès en succès, les Benabar, Delerm and co. ont célébré pendant 10 ans la France d’avant, à coup de chansons légères (certains disent réactionnaires) et efficaces. Il est d’ailleurs intéressant d’écouter à la suite deux « premiers disques » datant de la même année (2002) : celui de La Rumeur et de Vincent Delerm. Le contraste est tel qu’il prend la forme d’une baffe. Ces deux instantanés nous font découvrir deux Francesn’ayant absolument rien en commun, tellement loin d’une de l’autre qu’on ne voit pas vraiment comment elle pourrait ne serait-ce que se croiser. Il serait néanmoins injuste de fustiger ces nouveaux artistes. Si ces ritournelles fonctionnent, c’est aussi car les gens ont besoin de remontants en période de sinistrose aigue. La France n’a jamais (et ne sera jamais) rock. Les Renand Luce est assimilés s’inscrivent finalement dans une tradition qui pourrait remonter jusqu’à Tino Rossi. Reste que ces « pure players » ne m’intéressent guère. Tout comme la scène « roots tout le monde il est joli, la droite c’est nul et on est tous des citoyens du monde » (les ogres de barback, la rue kétanou, les trapezistes, nombre de groupes de ska/reggae/alter qui m’ont pour la plupart laissé de marbre tellement la démarche artistique est douteuse).

Jp Nataf – Plus de Sucre (2004)

Jp Nataf, ex co leader des Innocents a bénéficié de pas mal de couverture médiatique ces derniers temps, à l’occasion de la sortie de son dernier album, qui est, en passant, une petite perle. Idem avec ce premier effort solo (4 ans auparavant !), passé relativement inaperçu. Et pourtant… quel tour de force. On est tellement loin des stéréotypes néo chanson française, tellement près des 60’s (Dylan en tête). Paroles parfois sans queue ni tête, architecture des chansons chiadées et complexes, accords complètement bancals, voix magnifique. Depuis la première écoute, ce disque n’a jamais cessé de me quitter. Surement mon préféré dans cette catégorie.

Anis – La Chance (2006)

Jolie histoire que celle d’Anis. Jouant dans le métro, se faisant repérer par une fille qui a décide de tout plaquer pour devenir sa manager. Je l’ai découvert en première partie de Tété, il y a quelques années. Ou la première fois où je voyais un artiste demander à la foule de le huer pendant toute une chanson. Drôle. Ce premier disque est une franche réussite. Hyper jazzy, pleins de cuivres, très France Inter dans l’esprit.

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Mickey 3D – La trêve (2001)

On ne les présente plus. Idem que pour Anis, je les ai découverts sur scène (période La Trêve). Jamais je n’aurais pensé qu’ils perceraient de la sorte. Encore aujourd’hui, leur démarche est réglo. Mickey 3D cependant est le groupe hexagonal qui a le mieux su digérer ses influences 80’s (The Cure en tête). Sur cet album trop méconnu, il y a un côté bricolé, prolo … rêveur.

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Dominique A – L’horizon (2006)

Le grand Mr de la chanson française des 90’s/00’s. Celui qui est le plus proche de notre génération, dans la démarche. Il faut d’ailleurs lire ses interviews, toujours très intéressantes. Son analyse de l’évolution du support de la musique, du paysage indie actuel, de la chanson française, tout sonne extrêmement juste. Dominique A est érudit, cela s’en ressent dans sa musique, chiadée, recherchée, mais aussi poignante, à l’instar de la chanson titre de ce magnifique album.

Mathieu Boogaerts – I love you (2008)

Boogaerts est injustement méconnu. On peut dire que sa célébrité est inversement proportionnelle à son génie. Il est aussi la meilleure preuve de l’existence d’une indie française. On navigue ici entre afro beat, cuivres débridés, guitares funky. Le tout servi par un chant censé être en anglais mais tellement parasité par un accent français démesuré que ça en devient une autre langue. Clairement, les paroles sont accessoires. C’est peut être pour cela que Boogaerts est hors catégorie. A la manière d’un Nino Ferrer (dont la mort fut l’un des évènements tragiques de la décennie), les mots sont ici au service d’une musique bancale, afro, géniale.

Christophe – Aimer ce que nous sommes (2008)

Surement le Mr. le plus sous estimé de la chanson française (pas sur que ça le dérange d’ailleurs). Vivant de ses royalties, à la manière d’un Coppola, on dirait que Christophe fait ce qu’il veut. Il se laisse aller, il expérimente, sans vraiment se soucier des ventes. Tout cela donne un disque baroque, foisonnant, difficilement accessible. Un disque qui se mérite, qui s’écoute à petite dose sous peine d’overdose. Le genre de disque qui s’emmène sur une ile déserte, car des années sont nécessaires pour saisir la totalité les détails, émanant d’arrangements complexes. Pas étonnant que Christophe ait mis 7 ans à le sortir. Il faudra  surement 7 autres années pour le saisir entièrement.

Daniel Darc – Crèvecœur (2004)

Si Darc est encore en vie aujourd’hui, c’est surement grâce à la religion. Disque mystique s’il en est, Crèvecœur est synonyme de renaissance, soit un opus tour à tour angoissant et joyeux, se situant quelque part entre Les Nourritures Terrestre et une nouvelle de Poe. Il respire la mélancolie et la reconnaissance, fait le point sur une vie mouvementée qui aurait aussi bien pu s’achever dans un caniveau. La paix du brave. Le disque de la résurrection. Poignant.

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Noir Désir – Des visages des figures (2001)

Au-delà de la « nouvelle chanson française », cette décennie a aussi été marquée par la mise sous silence de Noir Désir. Le groupe le plus important du rock français (le seul digne de ce nom ?) s’est trouvé de facto dans l’incapacité de tenir son rang. Reste ce dernier disque en forme de testament. Un disque visionnaire annonçant tout simplement les côtés les plus noirs et désabusés de cette décennie. Un disque survolant tous les autres de par son génie musical et surtout de par son intelligence et sa remarquable conscience des enjeux contemporains (du 11 septembre annoncé à la désillusion européenne en passant par la poussée des extrêmes).  Noir Désir prouve qu’il est un des groupes les plus importants de l’histoire de la musique française. Rappelons d’ailleurs que lors de sa sortie, le disque a caracolé de nombreuses semaines en tête des ventes (comme Kid A), en dépit de son exigence et de sa morosité. Un chef d’œuvre.

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Comments
4 Responses to “V – Une chanson française ?”
  1. Francky 01 dit :

    Noir Désir – Des visages des figures, Daniel Darc – Crève cœur, Christophe – Aimer ce que nous sommes = 100 % d’accord.
    Dominique A – L’horizon (je préfère son dernier de 09), Mickey 3D – La trêve = d’accord !
    Les 3 autres, j’aime moins !

    Mais où est Alain Bashung, encore + que Christophe le Mr de la chanson française, le Boss, notre « men in black » !??! Et les têtes Raides ??

  2. Pierre-Jean dit :

    Ahlalala, ne pas aimer JP Nataf relève de la profanation !
    Pour Bashung, que dire ? Tu as entièrement raison. Seulement, sous ses couverts d’objectivité, ce top reste mon top. Et je n’ai jamais réussi à me plonger dans Bashung, aussi fou que cela puisse paraitre. D’où son absence ici : je ne peux pas parler de disques que je ne connais pas.
    Pour les têtes raides, c’est un peu The Clash à la française. Je suis d’accord avec toi. Mais je n’aime pas au point de les faire figurer ici.

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  1. […] que NON Christophe ce n’est pas que Aline et les Mots Bleus, que le dernier album est somptueux, qu’il est surement l’un des M. les plus respectables/innovants/géniaux de la chanson […]



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