VII – Les Glorieux Anciens

Cette décennie a aussi vu quelques jolis albums des « glorieux anciens ». Kesako ? Les artistes ou groupes ayant percé il y a 25 – 30 ans ou plus et qui continuent leurs petits bonhomme de chemin. A la manière d’un Robert Plant (et à l’exception de Bowie), il est curieux de constater que les nouvelles sorties musicales de la majorité d’entre eux sont tombées dans le relatif anonymat (aucun buzz), n’ayant pour uniques acheteurs que des fans nostalgiques. Et pourtant, certains disques sont magnifiques. Démonstration.

Joe Strummer and the Mescaleros – Streetcore (2003)

Déjà 7 ans que Strummer est mort. Je ne comprends toujours pas pourquoi, mais celle ci fut pour moi un immense choc à l’époque. Surement lobotomisé par Rock’n’folk mais pas seulement, Strummer fut pour moi l’un des rares à avoir une éthique à toute épreuve. Un gars tout simplement touchant, de par son authenticité. Un gars qui a accessoirement mené une carrière post clash absolument brillante avec son groupe, les Mescaleros. Trois disques, trois pépites. Dont cet album posthume, remarquable en tout point. La plus belle épitaphe sonore (la majorité de l’album a été mixé après la mort de Strummer) qu’il m’ait été donner d’entendre, un disque absolument poignant qui restera dans mon panthéon personnel.

The Cure – Bloodflowers (2000)

Après Radiohead, The Cure fut l’autre grand groupe auquel j’ai dédié une grande partie de ma fan attitude. J’ai réellement découvert le groupe avec ce disque. A la manière d’un The Bends, je me rappelle exactement la première écoute, tant les émotions me submergèrent. Musicalement increvable, Robert Smith prouve que 24 ans après le chef d’œuvre Three Imaginary Boys qu’il est encore au sommet de son art. Les chansons sont lancinantes, magnifiques, longues et poignantes. Parfait pour tous les (wannabe) corbeaux du nouveau millénaire.

Nick Cave and the bad Seeds – Abattoir Blues/ The Lyre of Orpheus (2004)

Rien de moins qu’un double album. Dans son coin, tranquillement, Nick Cave continue de tracer son chemin, s’étant même mis à l’écriture (et il parait que c’est super bien). En 2004 est sorti ce qui est à mon avis un de ses meilleurs (le meilleur ?) disque. Un double album virtuose, oscillant toujours entre gospel, blues et crooning. Bien trop méconnu (estampillé« mojo »). Je rêve de les voir en live. A souligner aussi les très bons disques sortis avec Warren Ellis, violoniste du groupe qui a aussi son propre trio (Dirty Three), notamment la BO de « The Assassination of Jesse James… ».

Brian Wilson – Smile (2004)

On ne va pas refaire l’histoire du rock. Vous pouvez lire la légendaire histoire de ce disque mythique des Beach Boys censé, en son temps, détrôner Sgt Pepper. Pour la faire courte, disons juste que Wilson a perdu la tête et  est devenu persuadé qu’il a provoqué l’incendie d’un batiment de LA, suite à l’enregistrement d’une chanson (il est vrai pour le moins bizarre). Toujours est il que le génie est devenu fou, a fait des années en asile pour finalement ressortir sa propre version du disque maudit … 38 ans plus tard (dans l’entre temps, on ne compte plus les bootlegs de Smile).
Et alors, ça donne quoi ? Une sacré revanche. Wilson s’est entouré de jeunes gens aux voix virtuoses, Wilson a réussi à enfin achever le projet de sa vie. Les chœurs font frissonner, on a l’impression d’entendre l’histoire de la musique se dérouler en version posthume. Bon, ceux qui ne sont que moyennement passionnés par l’histoire du rock ou par les Beach Boys peuvent tout de même passer leur chemin je suppose.

Robert Plant and the strange sensation – Mighty ReArranger (2005)

Disons le tout net : je ne supporte plus Led Zeppelin. Je ne supporte pas las voix du jeune Plant et les solos cocaïnés des Page et Bonham. Leur virtuosité musicale ne me passionne guère. Idem pour leurs digressions bluesy. Dans un élan de curiosité, j’ai cependant écouté cet album solo de Plant. Et ma surprise fut de taille. Plant s’est passionné pour la musique orientale et il l’utilise largement pour ses nouvelles compositions. Surtout,  la voix est devenue plus rocailleuse, plus posée, plus agréable. Les grosses guitares sont moins présentes, les lyrics gentiment contestataires (c’en est parfois un peu niais). C’est rafraichissant.

Paul McCartney – Chaos and Creation in the backyard (2005)

D’abord il y a cette pochette, magnifique, qui prouve à elle seule la pertinence du format vinyl (sur cd, c’est vraiment trop petit pour admirer). Ensuite il y a la production de Nigel Godrich, chiadée, épurée, magique. Puis il y a cet éternel sens de la mélodie parfaite, de la composition de 3 minutes faisant mouche. Enfin, cette voix mythique, à jamais. En ressort un album court, virtuose, comme à la grande époque, sans synthés dégueulasses ni vaines prises de tête façon rock prog. Pas de mandoline, pas d’instruments de derrière les fagots. 13 chansons, 40 minutes, une grande réussite.

Johnny Cash – The man comes around (2002)

La pénible mode des biopics (piège à oscar) ainsi que la mort de « l’homme en noir » a remis Cash à la mode dans les 00’s. Soudainement, il est redevenu une influence majeure pour toute musique à guitare. On ne peut que comprendre un tel engouement. Surtout en considérant les derniers albums  (les American Recordings, merci Rick Rubin) : des reprises de standards pop rock enregistrées le plus souvent avec une guitare, et une voix d’outre tombe. C’est poignant, c’est une sacrée manière de tirer sa révérence. Quelle classe. Pourquoi cet album ? Car la chanson titre est une des dernières compositions de Cash. A la manière du « Long Shadow » de Strummer (d’aucuns disent d’ailleurs qu’elle lui est dédiée), il fait le point sur sa carrière. C’est absolument magistral. A écouter en boucle, toute une nuit. Le genre de chanson qui peut accompagner toute une vie.

Portishead – Third (2008)

Le trip hop, c’est bof. Ca a plutôt mal vieilli, ça correspond à une période qui n’est pas ma mienne (allez voir n’importe quel trentenaire, il vous avouera vénérer au moins un titre de Massive Attack) et qui ne m’intéresse guère (MTV, le grunge, le trip hop). L’air de rien, c’est un sacré tour de force qu’a réussi Portishead : s’affranchir de son image 90’s. A l’écoute de ce disque, on comprend largement pourquoi. Celui-ci glace le sang. Il en émane une émotion froide, il est aussi la bande son parfaite d’un fix dans un squat/décharge. Le genre de disque qu’on ne peut écouter que de temps à autres (au hasard tous les 6 mois), tant cette expérience se révèle intense et épuisante. Mystique.

Arno – Charles Ernest (2002)

Combien d’albums pour le chanteur belge ? 30 ? 40 ? Impossible de faire le compte. Toujours est il qu’Arno reste Arno : un Belge génial, à l’accent encore plus redoutable que celui de Stephan Eicher, complètement déluré, « plus rocker tu meurs ». La pochette résume de toute façon tout. On a donc ici du Arno pur jus : de grosses guitares, des paroles truculentes, du banjo par ci par là, la classe indéniable. En live, c’est d’ailleurs encore mieux.

.

Tom Waits – Orphans (2006)

Je parle de classe pour Arno. Mais LE détenteur de la classe universelle, la plus belle gueule du rock, c’est sans conteste Tom Waits. Musicalement, c’est régulier, parfois ennuyeux. Mais la baffe peut arriver, sans s’annoncer, comme c’est le cas avec ce triple disque, compilant raretés, face b et autres titres jamais sortis. 3 disques, 3 ambiances, ou un magnifique aperçu de la touche Tom Waits.

Publicités
Comments
One Response to “VII – Les Glorieux Anciens”
Trackbacks
Check out what others are saying...


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :