Cancun : la Bolivie persiste et ne signe pas

Je me permets de faire rapidement suite à cet article que j’ai écrit il y a quelques semaines sur la position bolivienne dans les négociations internationales sur le changement climatique.

La conférence de Cancun a, à nouveau, démontré à quel point la Bolivie souhaitait être le principal pays contestataire des négociations sur le climat. Il est à ce titre frappant de constater l’espace médiatique occupé, Morales étant par exemple le seul politique de plus haut rang à avoir fait le déplacement (les autres pays ont préféré envoyerleur ministre après le fiasco de Copenhague). Au final, l’ensemble des articles de presse relatant l’accord de Cancun souligne que ce dernier a été adopté à la majorité des pays (194 au total) moins un, la Bolivie.

Alors, stratégie réussie ?

Tout dépend. Il est clair que si l’on adopte un point de vue « cynique », on peut dire que la Bolivie a réussi son pari : avoir une visibilité à l’international (qui ne va pas forcément de soi pour un pays de cette envergure). Non seulement la Bolivie est le seul pays à avoir refusé de signer l’accord, mais le pays andin amazonique a d’or et déjà déclaré qu’il allait introduire un recours à la Cour Internationale de Justice étant donné que le texte n’a pas été adopté par consensus.

La Bolivie parait cependant bien isolée, y compris au sein de son propre camp. Ainsi, l‘Alliance bolivarienne des peuples (ALBA), soit l’Équateur, le Venezuela ou encore le Nicaragua, a décidé de se désolidariser de Morales, à l’inverse du front uni qui avait prédominé à Copenhague. Ces pays avaient pourtant apporté leur soutien à la déclaration de Cochabamba

Au niveau des négociations, les résultats obtenus sont peu significatifs. Très peu de propositions émanant de la Conférence des peuples sur le changement climatique de Cochabamba d’avril dernier (sommet initié par la Bolivie en réaction au fiasco de Copenhague) ont été introduites dans le processus des Nations Unies. Restent au final un discours remarqué de Morales , quelques mots sur l’importance des peuples indigènes ainsi que l’obtention du retrait de la mention des mécanismes de marché pour freiner la déforestation (selon H Kempf dans le Monde).

Mais la communauté internationale a décidé de passer outre le refus bolivien  et c’est là un autre enseignement. Celui ci a été relégué à « une note en bas de page », ce qui en dit long sur l’influence réelle de La Paz sur le processus. Cancun risque aussi d’être un précédent permettant de ne plus tenir compte à l’avenir de cette voix contestataire… Soit un effet contre productif de la position radicale bolivienne refusant tout compromis (le recours à la CIJ peut d’ailleurs être perçu comme un moyen d’éviter qu’une telle chose se concrétise).

Si on adopte cependant le point de vue « vertueux » (et c’est celui ci qui devrait prédominer), on peut dire que la Bolivie est finalement le seul pays à être cohérent dans le temps. Car, certes, l’accord de Cancun relance le processus et le multilatéralisme, mais on ne peut pas dire qu’il soit une bonne nouvelle pour la Planète…  Comme l’a dit Pablo Solon, négociateur de la Bolivie, l’accord n’empêchera pas la température moyenne d’augmenter de 4°C. Fond vert géré par la Banque Mondiale, aucun mot sur la façon dont l’argent sera réuni, pas d’engagements de baisse d’émission précis, consécration du mécanisme REDD en l’état, c’est à dire sans prise en compte des indigènes et en consacrant le mécanisme de marché, etc. Sous cet angle, on peut considérer que la Bolivie a non seulement eu raison de s’opposer mais qu’elle st aussi le dernier porte parole des contestataires les plus radicaux.

Reste à savoir si sa stratégie se basant sur la virulente (certains diront « aveugle ») contestation du processus en l’état et la constitution d’un front alternatif de débat portera ses fruits. Seul le multilatéralisme permettra de parvenir à un accord à l’échelle mondiale. Des négociations à 194 sont forcément lentes et parviennent à des consensus mou, ce que refuse pour le moment d’accepter le pays andin.  On verra si ce processus tortueux sera suffisant pour éviter le pire (à l’heure actuelle, on a toutes les raisons d’en douter). Comme le dit si bien un communiqué bolivien, « l’histoire sera la seule juge de ce qui est arrivé à Cancun« 

Publicités
Comments
One Response to “Cancun : la Bolivie persiste et ne signe pas”
Trackbacks
Check out what others are saying...
  1. […] infine un passaggio dal post di Pierre-Jean, dal suo blog neitherdoi.wordpress.com,  intitolato «Cancun: la Bolivia non desiste e non firma»: Comme l’a dit Pablo Solon, négociateur de la Bolivie, l’accord n’empêchera pas la […]



Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :