TOP DE LA MUSIQUE 2011

Trois mois après la nouvelle année, voici donc, à nouveau, pour la 8ème année consécutive (!!), mon Top des sorties de musique actuelle de 2011. Les délais et les articles sont toujours bien trop longs. Mais l’exercice s’avère au final doucement jouissif.

2011, année de transition ? 2011, année en tout cas historique niveau actualité, avec nous comme témoins, plus ou moins la tête dans le guidon, assistant à des soulèvements de peuple de diverses formes (révolution, indignations, émeutes), à des tueries collectives, à des catastrophes environnementales et technologiques ou encore à des scandales sexuels abjectes.

Niveau musique, je me demande d’ailleurs si on ne peut pas qualifier aussi 2011 d’année de transition. Pas de grosses sorties (à part un Coldplay et un Lil Wayne hélas vraiment ratés), la séparation d’un des grands groupes d’indie rock (REM), et un foisonnement relatif.

2011 aura été pour moi la consécration d’une certaine « 80 isation », voire d’une « synth popisation« , des musiques actuelles. 8 ans après « Welcome to the monkey house » (à mon sens, premier album rock des 00s à tout miser sur les 80s), des années après les Bloc Party, Hot Hot Heat, The Rapture (qui ont fait un come back fracassant en 2011), Killers et consorts, les 80s ont éclaboussé pop rock, films et même … hip hop. Ainsi le très prometteur The Weeknd sample magnifiquement Siouxies (et son Happy House ouvrant les années 80) pour son weird r ‘n’b. Ainsi, un groupe indie pur jus tel Destroyer se met aux nappes de synthé et aux saxos cheesy avec brio. Ainsi le film Drive, ode aux 80s (ce blouson blanc !), avec sa bande originale phénoménale, a bénéficié d’un gros succès critique et public. Ainsi les Strokes ne sont plus que l’ombre rock d’eux-mêmes et ont opté (sans retour ?) pour les synthés chers à Julian Casablanca.

En matière de pop rock, le groupe superstar en Europe a sans conteste été Metronomy. A mon sens, cette ascension fulgurante est un bon révélateur de cette 80isation. Dans le même sillon, une succession de disque de synth pop, dans la continuité de ce qu’ont pu faire d’autres groupes des 00s tels Ladytron, La Roux, The Knife ou Goldfrapp, sont venus accompagnés le succès commercial de Metronomy : Saints Go Machine, Austra, Zola Jesus, Planningtorock ou encore Cold Cave. Le point commun ? Les boites à rythme, les synthés, le fait que tous ces opus auraient pu paraitre il y a 20 ans.

Mais alors, 2011, année synthétique ?

En tout cas, après avoir passé des années à dégobiller sur les années 80 et leurs synthés (moi y compris), 2011 consacre une redécouverte collective toujours plus importante des boites à rythme, de l’esthétique rétro futuriste et des synthés cotonneux. Et même si ce revival ne date pas d’hier, le disque en première place de mon top confirme que 2011 m’aura en tout cas permis de redécouvrir et d’apprécier les 80s, par procuration.

Parallèlement, je suis obligé de constater « l’eurodancisation » (on va même jusqu’à reprendre le terme que je pensais péjoratif) de la pop music avec David Guetta comme prophète mondial. Guetta et son armée de producteur sont impressionnants tant ils écrasent et homogénéisent actuellement tout ce qui peut se qualifier d’easy listening. Via le hip hop (parfaitement résumé par un magnifique Skit de Cuizinier il y a 3 ans déjà), les USA ont redécouvert cette période douteuse que l’on tentait encore d’oublier. Jamais je n’aurais misé sur le retour si rapide d’un courant dont DJ Bobo fut le magnifique ambassadeur. Il est curieux d’ailleurs de constater que les Etats-uniens pensent être novateurs (il faut voir Rihanna sur des beats que Dr Alban n’aurait pas reniés) tandis qu’en France, on profite de l’aubaine pour faire de la nostalgie adulescente pour les « pas encore trentenaires », consacrée par une tournée des ex stars de Dance Machine animée par Charly et Lulu. Après Casimir pour la génération d’avant, me voilà donc assez âgé pour verser dans la nostalgie de mes années jeunesse et de ma fan attitude envers Ace of Base. Je crois que c’est ce qu’on appelle un coup de vieux. Allons bon.

Retour à nos moutons : 2011 n’aura pas été un très grand cru de mon côté. Des disques honnêtes, comme d’habitude, mais pas de grande excitation comme ça a pu être le cas en 2010. Ce qui n’empêche pas les bons lps (dont un nombre impressionnant de 3ème albums…) d’être nombreux. 2011 en musique aura finalement été l’anti thèse de 2011 en actualité. Soit une année tranquilou, qui laisse présager de très bonnes choses, pas franchement mémorable mais très loin d’être vide. De transition je vous dis.

30 – Austra – Feel It Break

Pure Synth Pop de Toronto (Toronto est le nouveau Montréal, au niveau musical). Avec quelques moments de grâce digne de The Knife. Ouais.


29 – The Dodos – No Color

Improbable Come Back de mon groupe préféré de 2008, après la grosse déception que fut Time to Die. On retrouve les élans de « Visiter » (« No Color » pourrait d ailleurs être un « Visister » bis), la fraicheur en moins. La spontanéité est toujours là, il serait par conséquent bien dommage de bouder son plaisir.

28 – The Horrors – Skying 

Là encore, un autre grand favori d’antan dont le 3ème album me déçoit un chouilla. Les Horrors ont tombé le look gothique pour opter pour le Fleet Foxisme (comprendre : la chemise à carreaux). Ca s’en ressent dans leur musique plus calme, moins anxiogène mais, ma foi, toujours de qualité.

27 – Keren Ann – 101

Nouvel album de Keren Ann dans la continuité des opus précédents mais en plus … 80s (pop racée qui plait à Magic RPM). Une claire réussite, peut être son meilleur album après Not Going Anywhere.

26 – The Rapture – In The Grace Of Your Love

Retour fracassant pour les Rapture, 5 ans après leur 2ème album (encore un troisième Lp donc). Le groupe est moins nerveux et post punk, plus posé et fin 80s. Cause ? Apparemment, la bonne vieille paternité. Dans tous les cas, The Rapture passe désormais sur France Inter, est devenu un groupe « adulte » et parait être heureux. Tant mieux pour eux.


25 – Lykke Li – Wounded Rhymes

Deuxième effort de la suédoise. Plus électrique, rythmique, toujours aussi pop. Une victoire sur tous les terrains (artistique, commercial). Quelque chose me dit que dans 5 ans, même ta grand-mère connaitra Lykke Li.


24 – When saints go machine – Konkylie

Autre nouveau groupe dont le premier album est de la synth pop pur jus. Sauf que celui-ci vient du Danemark et a un nom pour le moins douteux. En tout cas, la réussite est là : Konkylie ne lasse pas.


23 – The Pains of Being Pure at Heart – Belong

TPBPH n’ont pas inventé l’eau chaude : leur pop, à base de guitares saturées et de mélodies catchy est une fine déflagration acidulée, une sucrerie qui pique. Si leur musique était une couleur, ça serait rose ou vert pomme. Flashy, teenager, hyper efficace, du bonheur.


22 – Lalcko – L’eau lave mais l’argent rend propre

Du bon gros rap français. Politisé, gangsta, intelligent, virulent, conscient. Flow clair, instrus impec, Lalcko régale et démontre à nouveau que le hip hop est un des grands joyaux des musiques actuelles françaises. Il serait temps qu’on s’en aperçoive.


21 – Drake – Take Care

Toronto est devenu un épicentre des musiques actuelles en 2011. Et c’est en grande partie grâce à Drake, et ses fidèles producteurs. Car la musique de Drake est reconnaissable entre 1000 : de longues nappes de synthé, une voix sensuelle disant souvent des insanités, une assurance hallucinante (pour un type qui vient a fêté ses … 25 ans en 2011) et qui s’en ressent dans sa musique. La touche « Drake » est tel que le New Yorker y est même allé de son petit concept et parle post hip hop (je préfère réserver l’appellation à Kanye que je trouve autrement plus inventif).

Et donc ? Cela donne des joyaux comme ce « doint it wrong » que Steevie Wonder n’aurait pas renié (et pas seulement pour l’harmonica). Cela donne surtout une influence non négligeable sur l’ensemble de la musique noire nord américaine actuelle (comme le montre les featurings sur cet lp). Take Care est son 3ème album (!), c’est aussi la consécration. Et c’est loin d’être fini.


20 – Ane Brun – It All Starts With One

Ane Brun est une sorte de Tom McRae norvégienne. Sa musique vous tire des larmes dont on ne sait si elles sont de joie ou de tristesse. Ce nouvel lp est une franche réussite grâce, notamment, à une production fouillée, à une profusion d’instruments qui enrichissent le disque de manière admirable. Le tout prend une dimension bouleversante en live.


19 – Youth Lagoon – The Year Of Hibernation

Dans la catégorie des « albums enregistrés à l’âge de 22 ans dans ma chambre de la maison de maman », je voudrais donc « The Year of Hibernation » du « Lagon de la Jeunesse ». Le genre d’album qui force l’admiration tant les chansons sont à nue et ne reposent que sur la qualité d’écriture. Le genre d’album qu’on jalouse pour son talent précoce et qui touche par sa spontanéité et son côté foutraque. A fleur de peau.


18 – The Roots – Undun

Les Roots continuent eux leur chemin et sont plus ambitieux que jamais. Undun n’est rien de moins qu’un concept album sur la vie d’un certain Redford Stevens, du nom d’un personnage de … Sufjan Stevens (période « Michigan »). « Undun » est exceptionnel en cela qu’il est le premier opus du groupe qui fait un cross over total entre hip hop et … musique classique, lors du dernier 1/3 de ce disque court et concis. Sans en faire des tonnes (la partie hip hop est largement accessible et peu de chansons dépassent une durée conventionnelle), The Roots vient de livrer un OVNI audio, y compris dans leur discographie, qu’on considèrera peut être dans 20 ans comme un tournant. Un tour de force ?


17 – St. Vincent – Strange Mercy

Avant d’être une des plus belles (au propre comme au figuré) promesses de l’indie rock, St Vincent a tourné avec The Polyphonic Spree et Sufjan Stevens. Des premiers elle a gardé le côté foutraque et la générosité, du deuxième le gout pour l’expérimentation et les chansons alambiquées. Ce troisième album (si si) creuse un peu plus le sillon du joyeux bordel maitrisé mais exigent, accroit la maitrise. Il est tellement fourni qu’on l’appréhende difficilement (seul un grand nombre d’écoutes le permet).


16 – Handsome Furs – Sound Kapital

L’autre génie de Wolf Parade continue de faire son chemin avec son side groupe (sa femme et lui). Le songwriting est toujours aussi brillant, les tracks toujours aussi efficaces. La différence avec ce troisième album ? Je vous le donne en mille : les synthés !


15 – The Antlers – Burst Apart 

Ce disque fut d’abord une déception. Après une découverte tardive de leur deuxième album, “Hospice”, qui fut une véritable baffe, j’attendais « Bust Appart » comme un des disques importants de 2011. Malgré les enflammades de certains, et pas des moindres, je n’ai pas réussi à être franchement captivé par « Bust Apart ». Malgré cela, The Antlers restent parmi les « tout bon ». Et ce troisième album s’inscrit dans la continuité de leur œuvre. Sans nous surprendre, on reste totalement captivé par le côté aérien, par cette voix si particulière. Surtout, le disque se finit en apothéose par une chanson comme seuls les Antlers peuvent le faire.


14 – SBTRKT – SBTRKT

SBTRKT (prononcer Subtract) a été une grosse sensation au Royaume Uni, et la BO 2011 des teenagers branchouilles européens (un concert à Bruxelles m’a permis de saisir l’envergure du truc). S’apparentant à l’idée qu’on pourrait se faire de pop music du nouveau millénaire, SBTRKT s’inscrit dans l’élan dubstep qui n’a pas fait trop d’émules outre manche.
A écouter cet lp, on comprend l’amour des kidz. Raccord avec son esthétique, la musique de SBTRKT a quelque chose d’envoutant : elle mélange électro pseudo tribale à une voix magique d’un chanteur recruté par le DJ Producteur pour le projet. Hyper accessible et immédiat, l’exercice est une superbe réussite qui ne sombre pas dans la facilité.


13 – The Weeknd – House of Balloons

Parait que The Weeknd est le nouveau … Drake. En tout cas, avec Frankie Ocean, The Weeknd fait partie de ces artistes qui ont engendré un monstrueux buzz en 2011, sans aucune sortie officielle. A la place, The Weeknd a préféré esquisser un rnb du futur, à base de samples improbables et de lyrics franchement bizarres, sur pas moins de 3 mixtapes qui forment une trilogie de l’irréel (à télécharger gratuitement sur son site Internet). Musicalement, on retrouve carrément une influence « Drakienne » (The Weeknd est aussi canadien) mais avec un gros côté « freak » en plus qui ne peut pas laisser indifférent. Parait que c est le futur. Personnellement je n’en sais rien, mais l’attente sur son premier album est immense. Attention, on a peut être là un futur très très grand de la musique actuelle.


12 – King Creosote & Jon Hopkins – Diamond Mine

Dans la catégorie chialure en règle, je voudrais ce “Diamond Mine” sorti d’un peu nulle part et que j’ai découvert, pour le coup, grâce aux tops de fin d année. Les Tom McRae, et autres Damien Rice peuvent en prendre de la graine : King Creosote et Jon Hopkins (improbables noms), soit un folkeux et un producteur plutôt tourné électro, se sont alliés pour nous faire pleurer toutes les larmes de notre corps. Le pire c’est qu’ils ont réussi : ce disque nous plonge dans une très profonde mélancolie, peu importe l’état initial. Il nous prend aux trippes et ne nous lâche plus pendant une demi heure. Il nous ravage pour notre bien.


11 – Jay Z and Kanye West – Watch The Throne

Une pochette couleur or massif, des samples hors de prix (Otis Redding), des superlatifs à tout bout de champ dans les lyrics, une rhétorique princière : le Throne ? Jay Z et Kanye West se sont assis et s’auto érigent en rois du hip hop. Pas con, le coup du duo, c’est tellement plus simple de flatter un pote. Mais « watch the throne » est aussi une prise de position : « vous du hip hop, admirez ce que les génies peuvent faire en 2 – 3 sessions à l’arrache, prenez en de la graine mais sachez que jamais vous ne nous égalerez ».

Au final, ce qui n’aurait pu être qu’un vain ego trip est un sacré disque qui force l’admiration. A l’instar du dernier album de Kanye qui m’a tant retourné l’année dernière, on est, à nouveau, obligé de constater qu’ils ont raison, que « oui », il faut un peu être un génie pour livrer un tel truc après 3 nuits d’enregistrement. Ce disque est un parfait instantané du hip hop mainstream actuel. The Sky is the limit.


10 – Wilco – The Whole Love

Si on m’avait dit il y a 5 ans que je remettrais un disque de Wilco, groupe qui a tant compté pour moi autour des années 2000, dans mon top 10, je ne l’aurais pas cru. Car la déception a été si grande depuis A Ghost is Born, que j’avais même arrêté de les suivre.

Et puis, sans crier gare, est arrivé ce 8ème album (!). L’écoutant pour la forme, je suis resté scotché par cette première chanson rappelant le Très Grand Wilco, celui de Yankee Hotel Foxtrot : à savoir le Wilco aventurier, expérimentant en torturant ses chansons, pour se rendre dans contrées musicales inexplorées et exigeantes, requérant une attention maximale.

2 pépites ouvrent et ferment ce disque de haute tenue. Wilco ne se renouvelle pas complètement, les compositions sont toujours ce folk country alternatif mâtiné de guitares saturées, dont on ne sait si il est accessible ou alambiqué. Sauf que cette fois ci, je ne sais pas pourquoi, la mayonnaise reprend enfin. Wilco nous régale littéralement, rappelant à quel point il a été un géant dans l’histoire récente du rock. Comme si Jeff Tweedy avait composé les deux albums précédents pour mieux nous endormir et nous remettre une monumentale claque. Wilco est de retour, 15 ans après son premier album. Un tour de force en soit. En tout cas une source de joie immense pour le « die hard fan » que j’ai pu être.


9 – EMA – Past Life Martyred Saints

Premier album qui m’a pris totalement par surprise. EMA fait le cross over parfait entre Cat Power et Sonic Youth, soit deux artistes/groupes que je n’ai jamais vraiment portés dans mon cœur. Concrètement, « Past life Martyred Saints » est un album de 9 chansons cohérent où chaque titre nous retourne graduellement. EMA compose des titres lancinants, fascinants, où les guitares folk côtoient la saturation à l’extrême, où une voix de femme posée étale sa haine de la Californie ou ses expériences sous drogue. La musique d’EMA joue ainsi sur une espèce de dichotomie permanente où les moments de douceur ne paraissent qu’annoncer la tempête (auditive) éminente. Un petit joyau oui.


8 – Planningtorock- W

Planningtorock est un peu la marraine de tous les nouveaux groupes vouant un culte à la synth pop dont je parle dans l’intro. Avant tout le monde, creusant son sillon depuis 5 ans, l’Anglaise installée à Berlin, s’est retrouvée catapultée comme mentor par la génération redécouvrant les nappes et les saxo de leurs parents. Et ce statut de porte étendard est loin d’être usurpé.

Si différence il y a avec tous les petits cousins, c’est peut être dans l’ambiance installée par l’album. On est ici assez loin des chansons pop catchy que peuvent faire When Saints go Machine par exemple. On est plus dans quelque chose de dérangé, de bizarre et finalement à l’image du look de la chanteuse (gothique?). Un album relativement exigeant mais qui vaut vraiment la peine qu’on s’y attarde. Même si l’on n’aime pas les synthés, ni les boites à rythme.


7 – Beyoncé – 4

Je crois qu’on peut désormais le dire : Beyoncé est la nouvelle Diana Ross. Rien de moins. Concilier une telle popularité avec une telle qualité de composition relève du tour de force.

Ce nouvel album est tout simplement magique. Mieux même, il contient 4 singles absolument implacables, véritables uppercuts pop qui nous enlèvent toute nostalgie possible de la période dorée du Motown.
Car c est bien là que réside le génie de Beyoncé : dans sa capacité constante (et c’est là sa différence avec, disons, une Rihanna qui n’a fait qu’un « umbrella ») à sortir des singles d’anthologie, qui marqueront durablement l’histoire de la pop black US. « Crazy in Love » fut la Première, et l’on peut raisonnablement dire qu’elle est une des chansons les plus importantes de la première décennie écoulée. « Single Ladies » n’est cependant pas loin, tant son aspect innovant à constitué un tournant.

Et sur « 4 » ? C’est « Countdown » qui fait office de nouveau chef d’oeuvre. La chanson est accessoirement la véritable pierre angulaire de ce lp certes un peu inégal, entourée sur l’album de deux autres bijoux que sont « Love on Top » et « End on Time ». « Countdown », mieux que « Crazy in Love » ? Je serais presque tenté de l’affirmer. Il faut absolument écouter cet OVNI mêlant des dizaines d’influences, des cuivres des marching bands aux rythmiques désarticulées que l’on retrouvait déjà sur « Single Ladies ». Après tout, disons le tout de go : « Countdown », dont Beyoncé est le principal compositeur, est simplement la preuve irréfutable que l’ex Destiny’s Child est une des plus grandes pop star de son temps. C’est aussi une raison suffisante pour que le lp figure en si bonne place. « 4 » est d’autant plus marquant qu’il respire une joie de vivre non feinte, illustrant l’idylle que la chanteuse vit avec Jay Z et sa nouvelle condition de mère. Là où on la remercie, c’est pour sa faculté hors norme à nous la communiquer. Car au final, c’est aussi simple que ça : Beyoncé nous fait aimer la vie.


6 – Radiohead – The King Of Limbs

Alors là. Ca sort de nulle part. Une précision en prélude : Radiohead est le groupe de musique actuelle que j’ai le plus aimé . Au-delà de leur musique, de l’émotion qu’elle m’a procuré, Radiohead m’a permis de découvrir plus de musique actuelle qu’aucun autre groupe. Ayant vénéré ses déviances aventureuses (période Kid A), Radiohead a été une porte d’entrée vers bien d’autres horizons.

Mais Radiohead est aussi finalement un symbole de mon adolescence. Et j’ai vécu mon désamour croissant pour les dernières sorties du groupe comme un éloignement critique de cette période déterminante pour tout un chacun. La surprise donc, c’est que ce King of Limbs m’a plu au-delà de toute attente. Et pas seulement car ce fut une sorte de retour dans ces années de fan attitude démesurée.

Bizarrement, la critique ayant encensé « In Rainbows » a été unanime pour dire que ce 8ème opus fut celui de trop. Je dirais au contraire qu’il ouvre une nouvelle période où le groupe se contrefout de la nécessité de renouvellement, de la volonté de se démarquer. King of Limbs est la démonstration du fait que Radiohead n’a plus rien à prouver à qui que ce soit.


5 – Metronomy – The English Riviera

LE groupe de 2011 donc. Un succès phénoménal que je n’arrive toujours pas à saisir (je me demande si eux même saisissent). Il fallait voir ces affiches immenses, dans le métro parisien, faisant la promotion d’un concert au Zénith alors que 6 mois auparavant, ils étaient un groupe à l’estime enviable mais se limitant, somme toute, aux spécialistes du genre. Et puis tout d’un coup, l’explosion : curieux moments où le feu prend, où l’on entend leur nom dans toutes les bouches et tous les médias, bref, où il est tout simplement impossible de passer à côté.

Comment l’expliquer ? Premièrement la qualité de leur musique : ce troisième opus est racé, tout simplement classe. Les chansons sont alambiquées mais immédiates, le disque est un sans faute total, homogène. Les synthés sont très présents, c’est sautillant, et la basse est fulgurante.
Et c’est là, à mon humble avis, une autre raison du succès. Le groupe a recruté un bassiste hors pair, autant par son jeu aussi fulgurant que créatif que par sa classe immédiate. Il faut voir Metronomy en concert pour saisir à quel point son charisme est gigantesque. Il faut comparer l’esthétique de la pochette du précédent album et de The English Rivera pour saisir le pas franchi.

Le transfert est un succès total : l’arrivée de Gbenga Adelekan a permis à Metronomy d’entrer dans la cour des grands grâce à une nouvelle esthétique, une nouvelle classe, fondamentale pour l’image mais aussi pour la musique du groupe. Reste à savoir si c’est une stratégie marketing délibérée. Si c’est le cas, il faudra veiller à théoriser la chose, tant la réussite est totale. Chapeau bas.


4 – Thurston Moore – Demolished Thoughts

Sonic Youth n’a jamais été ma tasse de thé. 2011 aura été l’année de l’annonce de la séparation de Moore et Gordon, couple phare de ce groupe phare des années 80 et 90, et donc de la fin du groupe. 2011 fut aussi la sortie d’un énième album solo de Moore, « Demolished Thoughts » étant une prolongation de son album de 2007, « Trees Outside The Academy ».

J’ai toujours dit que je n’avais jamais disposé de la clé d’entrée vers l’œuvre de ce groupe dont les délires saturés et noisy m’ont ennuyé. Peut être que je l’ai enfin trouvée, tant ce lp solo m’a marqué par ses compositions atypiques.

On garde donc ici le côté foutraque et explorateur, les modes d accordage si particuliers (on pense au Pink Moon de Nick Drake), mais sans les saturations qui m’ont tant donné mal à la tête. Moore chante comme si il était sur une rocking chair. Un violon indépendant brode, tisse autour de Moore, apportant un son pour le moins caractéristique. Le tout donne un court album, magique, qui permet à l’esprit de vagabonder vers des « pensées démolies ». Plus qu’un  objet d’attention en soi, ce disque permet, un peu comme la marche,  de faire le point sur le moment, de s’évader si nécessaire ou de filer un raisonnement. Un disque outil ? Peut être. Une pépite ? Assurément.


3 – Destroyer – Kaputt

Destroyer est un groupe de pop rock de Vancouver des années 2000. Un de ces groupes certes charmants, de la superbe Wolf Parade connexion, mais au final assez anecdotique dans le sens où il n’a pas inventé l’eau chaude.
Et puis Destroyer a redécouvert, lui aussi, les 80s. Les nappes de synthé, les cuivres magnifiques, les synthés cheesy. C’est peut être d’ailleurs le groupe qui a le mieux su le faire dans le sens où il en a pris la substantifique moelle, se l’est appropriée, mais jamais ne verse dans le cliché, comme ont pu le faire les Dandy Warhols (encore eux) avec leur 4ème album.

En résulte un album magique qui nous plonge dans une ambiance cosy, cotonneuse. Où une voix légèrement nasillarde, douce comme un caramel mou, nous chante ses rencontres d’un soir ayant mis fin à ses éventuels désespoirs ou encore son amour des yeux bleus. On pense vraiment à The Cure période post Pornography, mais sans la dépression latente (sur « Head on the door » par exemple) et avec une extase parfaitement retranscrite dans les compositions. « Kaputt » est un album qui s’écoute lors d’un dimanche ensoleillé d’hiver, au lendemain d’une soirée où l’on a fait une charmante rencontre et que tous les espoirs sont permis.


2- Kendrick Lamar – Section.80

Kendrick Lamar, sauveur de la West Coast version gangsta rap (cette pochette) ? Nouvelle sensation hip hop en tout cas. Et à entendre ce premier album, on comprend pourquoi. Rien à jeter, une immédiateté admirable et un talent évident. On devine l’influence de Drake sur le flow. Niveau beat, c’est fourni, inventif, bien loin du G Funk. Niveau Lyrics, on est auusi loin du gangsta rap, Lamar déclamant tant son aversion des 80s version US que du communautarisme ou encore … du maquillage. Synthèse assez parfaite de tout ce qui se fait en ce moment en hip hop, Lamar détonne aussi par la reconnaissance que lui ont adressé ses paires, l’érigeant comme le futur du hip hop. En même temps, avec un premier album si maitrisé, fourni et inventif, on comprend tous ces espoirs placés en lui. Après un tel uppercut, Kendrick Lamar pourrait bien devenir le nouveau sauveur du hip hop s’il continue dans la même voie. Vivement.


1 – M83 – Hurry Up, We’re Dreaming

Redécouverte des 80s oblige, le premier album de ce top sans fin devait obligatoirement être un artiste leur rendant hommage de la meilleure des façons, et ce d’une manière admirablement constante depuis ses débuts, en 2001.

10 après, 2011 aura été la consécration pour ce petit gars d’Antibes (!) vivant désormais à Los Angeles. Consécration venant de la Bible de l indie rock qu’est Pitchfork mais aussi du grand public tant « Midnight City », soit LE tube de ce double album, passe, encore aujourd’hui, en boucle sur les radios grand public.

Pourtant M83 creuse le même sillon 80s depuis un bail. Et ce n’est pas les tubes sur les albums précédents qui ont manqué. Tentative de théorisation : et si le succès magnifique de M83 en 2011 (et 2012) n’était pas la meilleure preuve de la re 80isation de la pop music actuelle ? M83 n’a pas vraiment changé de style, il n’y a pas eu de redécouverte au fur et à mesure, il semble donc légitime qu’il récolte les lauriers du succès.

Au-delà, « Hurry Up, We re Dreaming » (très beau titre) justifie bien sur cette percée. C’est une véritable réussite, une preuve de la maturité acquise et d’une maitrise parfaite du songwriting. Conceptuel, articulé autour de la thématique du rêve et de l’enfance, ce 6ème album à la musique toujours aussi grandiloquente et baroque démontre qu’Anthony Gonzalez est au sommet de son art. Il se magnifie même à l’occasion de ce fameux single, au gimmick imparable que même ton grand père connait désormais. Le format double n’enlève d’ailleurs en rien la cohérence de ce disque qui, a posteriori, semble un peu être la volonté manifeste du Français de démontrer, une fois pour toute, son talent, y compris dans son pays d’origine où il n’a jamais vraiment percé. Et de fait, l’objectif est très largement atteint. Il a non seulement réussi à s’imposer mais il nous replonge dans un monde onirique enfantin qu’on pensait loin. Et c’est là finalement que réside le génie de l’album : au-delà de toute considération critique, il touche simplement son but, à savoir être la bande originale d’un voyage intérieur dont on ressort emprunt d’une douce mélancolie des temps révolus.

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Comments
3 Responses to “TOP DE LA MUSIQUE 2011”
  1. J’aime bien ton top mais…et Bon Iver et The Black Keys?

  2. Pierre-Jean dit :

    Disqualification immédiate de Bon Iver pour l’hideuse dernière chanson de l’album. Les Black Keys, j’ai arrêté d’écouter depuis Thickfreakness !

  3. Davidoff dit :

    Bon je vais étudier ça de plus près (j’ai tout lu quand même :), parce que j’en connais pas les 3/4, même pas de nom, (enfin le No1 si quand même, ouf!).
    Que tu aies zappé Lana del rey, n’est que logique, mais par contre il y a une omission de taille: Quid de ’21’ (Adele)? Qu’il ne figure pas dans ton top, ok, mais pas le moindre commentaire sur l’album No 1 dans le monde entier en 2011 (20 millions d’exemplaires), 2 Brit Awards et 6 Grammy… Come on, PeeJay…

    (euh Mylo Xyloto 31e? Non? bon bon d’accord…)

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